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Liban - La situation

Retour aux années noires des attentats-messages

L'ancien ministre Mohammad Chatah est mort vendredi dans un attentat à la voiture piégée, à quelques centaines de mètres du lieu où fut tué Rafic Hariri. Photo Hassan Assal

L'élimination d'un symbole de modération replonge le Liban dans le deuil. Force était de constater, en un jour comme celui que nous avons vécu hier, que ce deuil n'est pas encore fini, puisque des parts aimées de lui continuent de mourir, soufflées et carbonisées par des voitures piégées.


C'est, à entendre ses amis et proches collaborateurs, une pensée politique de grande envergure et un symbole de modération que la terreur a ciblés, hier, en Mohammad Chatah, notre drame étant de ne découvrir nos grands hommes qu'une fois morts.
Cet économiste libéral de gauche, ancien ambassadeur, ministre des Finances chargé d'un portefeuille dont il souhaitait éviter de nouveau les complexités, jouissait d'une qualité rare ; l'imagination politique. Elle manquera à ses amis autant qu'à ses ennemis. De ses années au FMI, de ses fonctions diplomatiques, ce modéré avait gardé de solides amitiés et une largeur d'horizon toute particulière. Il est mort dans un attentat à la voiture piégée, à quelques centaines de mètres du lieu où fut tué Rafic Hariri, l'homme qui avait réussi à le convaincre à revenir servir son pays, à une centaine de mètres du domicile de Saad Hariri, le chef du courant politique auquel il appartenait et où les ténors du 14 Mars s'étaient donné rendez-vous.

 

 

 

Le jeu des messages
Au jeu des messages, les Libanais sont passés maîtres. Que signifie cet assassinat ? Que dit-il, sans mots, mais avec plus d'éloquence que tous les mots ? Comme on s'en doute, il y a une dizaine de réponses à cette question, toutes plausibles.

 

(Repères : Le Liban dans l'engrenage du conflit syrien)


Le message s'adresse d'abord à Saad Hariri puisqu'en pleine mobilisation sécuritaire, on a pu tuer l'un de ses proches à quelques mètres du porche de sa maison. Le message en question le dissuade de revenir au pays, encore qu'hier, des rumeurs ont couru sur la possibilité qu'il assiste, dimanche, aux obsèques de son ami, qui se feront dans la mosquée Mohammad el-Amine, la dépouille devant être inhumée aux côtés de celle de Rafic Hariri.
Ce choix est symbolique. Il dit, il crie que pour le camp du 14 Mars, il ne fait pas de doute que « celui qui a tué Rafic Hariri a tué Mohammad Chatah », c'est-à-dire le Hezbollah. Solennellement réuni au quartier général du mouvement, le 14 Mars a été cette fois plus explicite que jamais.

Pour certains, Mohammad Chatah a même désigné à l'avance, dans une intuition extraordinaire, ses assassins, À l'appui de ces affirmations impulsives, sommaires, ils citent son dernier tweet dans lequel il accuse ouvertement le Hezbollah de chercher à contrôler sans partage, avec son allié syrien, la sécurité intérieure et la politique étrangère du Liban.


Le Hezbollah et la Syrie ainsi que leurs alliés locaux ont tous dénoncé l'attentat et ont nié catégoriquement toute responsabilité dans son exécution. À la télévision, Hikmat Dib a défendu cette ligne de défense en reprochant au 14 Mars ses « accusations politiques sans preuve ». « Attendons que la police ait analysé les caméras de surveillance, qui ont dû filmer l'arrivée et le départ des assassins, a-t-il fait valoir. C'est avec des arguments modérés qu'on doit défendre l'homme de la modération », a-t-il encore dit, sans réussir à convaincre ses vis-à-vis.

(Lire aussi: Le 14 Mars refuse de « se soumettre ou se faire assassiner »)


Aux réactions de la rue à Tripoli, et même à Beyrouth, rue de Verdun, il ne fait pas de doute que l'assassinat de Mohammad Chatah alimente un peu plus le sentiment d'animosité qui oppose les sunnites aux chiites au Liban même et contribue au climat malsain qui joue en faveur de la désintégration de la société libanaise.

La nouvelle, rapportent ses proches, a provoqué la colère du président Sleiman, qui y voit une volonté machiavélique de provoquer « l'explosion » du Liban, d'y rallumer la flamme de la guerre civile. La colère de Nagib Mikati n'était pas moindre, dit-on, la seule consolation de MM. Sleiman et Mikati ayant été de constater la solidarité de la communauté et l'unanime condamnation de l'attentat par la communauté internationale. La seule fausse note dans ce concert de protestations internationales est venue de l'ambassadeur de Syrie au Liban, qui a pointé du doigt... l'Arabie saoudite.

 

(Lire aussi: Unanime, la communauté internationale compatit et condamne)


En tout état de cause, pour beaucoup, l'un des messages les plus évidents de l'attentat s'adresse au Premier ministre désigné, au chef de l'État et au chef du gouvernement démissionnaire, et leur donne la mesure de l'imprévu sécuritaire qui pourrait accueillir toute décision au niveau de la formation du prochain gouvernement que n'approuverait pas le Hezbollah.

 

Erreur sur la personne ?
Mohammad Chatah est-il mort par erreur ? Partant du fait que la réunion à la résidence de M. Hariri regroupait les ténors du 14 Mars, certains ont estimé que la cible réelle des terroristes était Fouad Siniora lui-même, et qu'il y a eu erreur sur la personne. Mais de telles spéculations sont condamnées à rester sans suite. Ceux qui connaissent Mohammad Chatah assurent, au contraire, que cet homme de modération jouait un rôle non négligeable dans la vitalité du courant du Futur et que ceux qui l'ont éliminé savaient très bien ce qu'ils faisaient, étant habitués à frapper à la tête, à cibler les élites. Mohammad Chatah n'était pas une simple « boîte aux lettres », mais a été ciblé « pour son efficience », a assuré hier Jihad Azour sur la LBCI.


Du reste, une télévision locale a prêté son micro à un homme qui a accusé Mohammad Chatah d'être « un agent des Américain et des sionistes ». C'est dire que l'homme ne manquait pas d'ennemis. De même source, on assure que la campagne médiatique d'intimidation du Hezbollah, à commencer par les menaces adressées par son chef à quiconque s'aventurerait à former un gouvernement « de fait accompli », a créé un climat propice à un attentat qui servirait d'avertissement...
Un élément sécuritaire qui a filtré hier a conforté un peu plus le 14 Mars dans sa conviction que l'élimination de Mohammad Chatah est l'œuvre du régime syrien : la voiture qui a servi à l'attentat, a établi l'armée, avait été volée à Saadiyate, en novembre 2012, en même temps qu'une autre de même type qui avait été retrouvée à Aïn el-Héloué aux mains d'éléments liés à Fateh el-Islam, un groupuscule fondamentaliste manipulé par le régime syrien et qui avait été écrasé par l'armée à Nahr el-Bared en 2008.

 

Le tribunal international
Un dernier message, et non des moindres, de l'attentat d'hier s'adresserait au tribunal international, dont les séances s'ouvrent à La Haye le 16 janvier, soit dans une vingtaine de jours. On sait que Saad Hariri a l'intention d'assister à l'ouverture du procès dont les cinq accusés sont des membres du Hezbollah, et, selon les proches de Mohammad Chatah, ce dernier comptait également s'y rendre. À défaut d'intimider le tribunal, a-t-on voulu intimider des témoins ? Ce n'est pas impossible, estiment les milieux du 14 Mars qui soulignent à nouveau la précarité des mesures de sécurité prises à proximité du domicile de M. Hariri.

 

(Lire aussi: Le Liban a payé sa quote-part au TSL)

 

En tout état de cause, le « retour » des attentats à la voiture pigée sonne le glas d'une période d'armistice sécuritaire au cours de laquelle on avait cru abandonnée cette pratique barbare, et pourrait forcer les membres du 14 Mars à revenir à la vie de semi-clandestinité d'hommes traqués qu'à un certain moment, ils avaient été obligés de suivre.

 

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L'élimination d'un symbole de modération replonge le Liban dans le deuil. Force était de constater, en un jour comme celui que nous avons vécu hier, que ce deuil n'est pas encore fini, puisque des parts aimées de lui continuent de mourir, soufflées et carbonisées par des voitures piégées.
C'est, à entendre ses amis et proches collaborateurs, une pensée politique de grande envergure...

commentaires (4)

L'AVOCAT DU DIABLE : MÊME SI ON EST SÛR DE QUI SONT APRÈS CET ASSASSINAT... MAIS JE NE VOIS POUR L'INSTANT QUE DES SUPPOSITIONS... SUITE AU DISCOURS IRRESPONSABLE... MAIS QUI N'EST POINT UNE PREUVE... IL VAUT MIEUX POUR LE MOMENT DIRE QUE : C'EST UN COMPLOT D'OUTRE LES FRONTIÈRES DU SUD. LIBANAIS, LA SOLUTION N'EST POINT ENTRE VOS MAINS. FAITES PRESSION LÀ Où IL FAUT ! ENTRETEMPS, DIALOGUEZ ET ENTENDEZ-VOUS... LE PEUPLE L'EXIGE !!!

SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

11 h 52, le 29 décembre 2013

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Commentaires (4)

  • L'AVOCAT DU DIABLE : MÊME SI ON EST SÛR DE QUI SONT APRÈS CET ASSASSINAT... MAIS JE NE VOIS POUR L'INSTANT QUE DES SUPPOSITIONS... SUITE AU DISCOURS IRRESPONSABLE... MAIS QUI N'EST POINT UNE PREUVE... IL VAUT MIEUX POUR LE MOMENT DIRE QUE : C'EST UN COMPLOT D'OUTRE LES FRONTIÈRES DU SUD. LIBANAIS, LA SOLUTION N'EST POINT ENTRE VOS MAINS. FAITES PRESSION LÀ Où IL FAUT ! ENTRETEMPS, DIALOGUEZ ET ENTENDEZ-VOUS... LE PEUPLE L'EXIGE !!!

    SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

    11 h 52, le 29 décembre 2013

  • L'AVOCAT DU DIABLE : CE NE SONT PAS DES ASSASSINATS MESSAGES... MAIS DES ASSASSINATS DESTINÉS À FOMENTER UNE GUERRE CIVILE. LE HEZBOLLAH, QU'ON SOIT AVEC LUI OU CONTRE LUI, LA LOGIQUE DIT QU'IL N'A PAS INTÉRÊT À S'EMBOURBER DANS UNE TELLE GUERRE AU PAYS... À MOINS QU'IL AIT PERDU SES NERFS ET SES SENS COMPLÈTEMENT. LA THÈSE DE L'AU-DELÀ DES FRONTIÈRES DU SUD RESTE LA PLUS PLAUSIBLE ! LIBANAIS, IMPOSEZ LE DIALOGUE ET L'ENTENTE À TOUS LES ABRUTIS QUI JOUENT AVEC LE DESTIN DU PAYS ET CELUI DE NOS FAMILLES ET ENFANTS...

    SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

    13 h 58, le 28 décembre 2013

  • Triste dégoûtant et désolant .

    Sabbagha Antoine

    12 h 51, le 28 décembre 2013

  • "Le 16 janvier les séances du tribunal international s'ouvrent à La Haye" pour le jugement des assassaints de l'ancien chef du gouvernement, Rafic Hariri. "A défaut d'intimider le tribunaL, a-t-on voulu intimider des témoins ? Ce n'est pas impossible". Sans doute faudrait-il dire plutôt : c'est la thèse la plus plausible.

    Halim Abou Chacra

    10 h 50, le 28 décembre 2013

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