Les drapeaux turc et libanais côte à côte, au sommet d’un monument à l’entrée du village de Kouachra, au Liban-Nord. Photo d’archives João Sousa/L’Orient-Le Jour
Ce sont 280 tonnes de viande sous forme d’aide humanitaire en provenance de Turquie qui ont été remises mardi à des organismes libanais. L’association Sadaqa Stone (pierre de la charité) et des organisations civiles turques ont acheminé « de la viande congelée provenant des sacrifices de la fête de l'Adha » dans le cadre d'un projet humanitaire dont la valeur totale dépasserait deux millions de dollars selon l’Agence nationale d'information (ANI, officielle). Les denrées doivent bénéficier à environ 14 000 familles à travers le pays, d’après le communiqué publié mardi.
Une initiative qui s’inscrit dans le cadre d’un rapprochement diplomatique entre Beyrouth et Ankara, alors que le président de la République, Joseph Aoun, et le Premier ministre, Nawaf Salam, se sont succédé en Turquie le mois dernier, pour des réunions distinctes avec le président Recep Tayyip Erdogan et de hauts responsables turcs. En visite dans la capitale turque le 30 juillet, le président libanais avait activement cherché à obtenir le soutien de son homologue turc pour solidifier sur la scène internationale l’accord-cadre conclu avec Israël, le 26 juin dernier.
« Toucher plus largement les différentes régions du Liban »
L’association turque Sadaqa Stone a précisé que cette aide avait commencé à être distribuée mardi soir, en coordination avec les municipalités et les organisations de la société civile de différentes régions du Liban, afin de parvenir aux populations le plus dans le besoin. « Les portions de viande ont été distribuées dans tous les gouvernorats du Liban, par l’intermédiaire d’associations caritatives qui opèrent dans chaque zone », précise à L'Orient-Le Jour Kamal Maksad, représentant du Conseil mondial des affaires turc au Liban, alors que la viande aurait été initialement importée d’Inde.
La livraison s’est déroulée en présence du ministre de l’Économie, Amer Bsat, et du secrétaire général du Haut-Comité de secours, Bassam al-Naboulsi. Une délégation de l’ambassade de Turquie au Liban ainsi que le responsable de la Plateforme de soutien à la Palestine en Turquie, Osman Nuri Kabak, étaient également sur place.
« La provenance de l’aide turque s'est diversifiée avec le temps, souligne Kamal Maksad. Si la majorité de l’aide continue d’être fournie par l’Agence turque de coopération et de coordination (TİKA), qui constitue le principal organisme officiel, d’autres associations caritatives et des organisations civiles turques sont de plus en plus actives au Liban. »
Dans son discours, le ministre de l’Économie a également salué « la belle amitié entre le Liban et la Turquie », affirmant que « les frères se soutiennent dans les moments difficiles, et c'est ce que fait la Turquie aujourd'hui avec le Liban ». Une allusion aux cinq livraisons d’aide humanitaire qui ont eu lieu depuis la Turquie vers le Liban, depuis la reprise de la guerre entre Israël et le Hezbollah, le 2 mars dernier. « Grâce à cinq grandes traversées maritimes, une aide d’urgence d’un montant total de plus de 30 millions de dollars américains a été livrée au Liban », a d’ailleurs rappelé, lundi, le président de l’association « Sadaqa Stone, Kemal Ozdal. « La hausse des quantités distribuées a permis de toucher plus largement les différentes régions du Liban », complète Kamal Maksad, alors qu’historiquement la Turquie entretient plutôt des liens étroits avec des associations du Liban-Nord.
Le poids régional d’Ankara
Sur un plan politique et militaire, derrière ses efforts pour resserrer les liens avec la Turquie, Beyrouth espère que le poids régional d’Ankara et son contact privilégié avec le président américain Donald Trump permettront d’obtenir des garanties plus solides et fermes à l’égard d’Israël, en particulier sur le retrait des troupes de l’État hébreu au Liban-Sud et la mise en place d’un mécanisme multilatéral de surveillance. Joseph Aoun n'était que le troisième président libanais à effectuer une visite officielle en Turquie en soixante-dix ans.
De son côté, la Turquie s’est dite prête à participer à toute initiative pour garantir la souveraineté du Liban dès la fin du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), qui doit s’achever en décembre prochain, et soutenir les forces armées libanaises en matière de sécurité. À l’occasion de la visite du chef de l'exécutif libanais à Ankara, Recep Tayyip Erdogan avait même affirmé être prêt à ce que son pays contribue activement « à la reconstruction du Liban-Sud, durement touché par les attaques israéliennes ». Une détermination perçue d’un mauvais œil en Israël, alors que la Turquie d’Erdogan ne cache plus son ambition de s’ériger en contrepoids à l’expansionnisme israélien et de contenir l’influence iranienne dans la région.


