Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam (à gauche), lors d'une interview accordée à L'Orient-Le Jour, le 8 mars 2026, et le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem (à droite), lors d'une interview sur la chaîne NBC, le 18 avril 2024. Photos Mohammad Yassine / L'Orient-Le Jour et NBC
Dans une démarche inhabituelle, le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a fustigé mardi les propos du secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, qui avait critiqué plus tôt dans un discours l'État libanais, accusé de « servir Israël » et non « la souveraineté du Liban ». Ces déclarations surviennent à l'heure où s'ouvre la septième session de pourparlers directs entre le Liban et Israël, sous l'égide de Washington, visant à mettre un terme à la guerre.
« La vérité est pourtant que le plus grand service rendu à Israël l'a été par ceux qui ont unilatéralement entraîné le Liban dans les aventures guerrières absurdes du 'front de soutien', lui fournissant les prétextes pour agresser notre pays, bafouer sa souveraineté, détruire ses villes et ses villages, tuer ses habitants et en déplacer des centaines de milliers », a écrit M. Salam sur son compte X.
Le Hezbollah avait unilatéralement ouvert un « front de soutien » à Gaza depuis le sud-Liban, au lendemain de l'attaque de son allié du Hamas le 7 octobre 2023. Malgré un cessez-le-feu entré en vigueur en novembre 2024, violé quotidiennement par l'armée israélienne, la formation chiite avait repris ses attaques contre Israël le 2 mars 2026, deux jours après l'assassinat du guide iranien, Ali Khamenei dans une offensive menée par Washington et Tel-Aviv contre Téhéran. Une trêve précaire est entrée en vigueur mi-juin, mais Israël occupe toujours près de 700 km2 du Liban-Sud.
Le Hezbollah « cherche encore à confisquer la décision de l'État »
« Celui qui a monopolisé la décision de guerre et cherche encore à confisquer la décision de l'État, en arrimant le Liban à des calculs et à des axes extérieurs, au mépris des intérêts de son propre environnement comme de ceux des Libanais dans leur ensemble, n'est pas en position de distribuer des certificats de patriotisme, encore moins de souveraineté », a encore écrit Nawaf Salam. « Les Libanais ne sont pas dépourvus de mémoire », ajoute-t-il.
Mardi matin, Naïm Kassem avait appelé dans une allocution l'État à « cesser de faire des concessions gratuites » avec Israël, et « à ouvrir la porte au dialogue avec la résistance ». Réagissant à ces propos, Nawaf Salam a jugé que « le dialogue et l'unité ne peuvent se construire qu'avec le courage de reconnaître les faits, aussi amers soient-ils, et d'assumer la responsabilité des choix irréfléchis dont les Libanais continuent de payer le lourd prix ». « Renoncer au langage de l'accusation de trahison et faire preuve de sincérité dans l'appel au dialogue et à la solidarité nationale constituent la voie la plus efficace pour renforcer la capacité du Liban à faire face à l'ensemble de ces immenses défis », a exhorté le Premier ministre.
Dans une allusion à la décision de son gouvernement, en fonction depuis février 2025, de désarmer le Hezbollah, M. Salam a indiqué qu'il « ne peut y avoir de souveraineté au Liban qu'à travers une décision unique et indépendante, portée par un État doté d'une seule armée, exerçant son autorité sur l'ensemble de son territoire exclusivement par ses propres moyens ». L'État « demeure le refuge de tous les Libanais, en particulier de nos concitoyens qui ont subi de lourdes pertes », conclut le Premier ministre, qui rappelle que les objectifs des négociations directes avec Israël sont le retrait israélien du Sud, la libération des prisonniers, et la reconstruction du Sud.
Joseph Aoun accusé d'être « partial et diviseur »
Dans son allocution, tenue à l'occasion d'une fête religieuse, Naïm Kassem avait estimé que Joseph Aoun, qui a rencontré Donald Trump à Washington le 21 juillet en réitérant la volonté de l'État de désarmer le parti chiite, « n'avait pas agi en tant qu'arbitre, ni comme fédérateur, mais était devenu partial et diviseur, ce qui est incompatible avec son rôle et la force du Liban ». Plus largement, le dignitaire chiite a répété que les négociations directes entre le Liban et Israël n'apporteront « que honte, humiliation et compromis successifs » aux Libanais. Selon lui, « c’est la voie du mémorandum d’entente (signé mi-juin entre l'Iran et les États-Unis, Ndlr) qui mènera au retrait israélien. La République islamique d’Iran a triomphé », a-t-il clamé. Le premier article du mémorandum d’entente prévoit un cessez-le-feu au Liban. Ce dernier est régulièrement violé par l'armée israélienne, qui mène quotidiennement des dynamitages dévastateurs au sein des villages occupés. Le chef de la formation chiite pro-iranienne a par ailleurs surpris en se disant ouvert à une rencontre avec le nouveau pouvoir syrien.
En début de soirée, le député du Hezbollah Ali Ammar a, pour sa part, vivement critiqué Nawaf Salam. « Il est pour le moins étonnant de voir le Premier ministre s'émouvoir à ce point après que les autorités ont été décrites comme rendant, sciemment ou non, service à l'ennemi israélien. Il s'est empressé de publier une déclaration reprenant le même refrain éculé. En revanche, nous ne lui connaissons ni le même empressement, ni la même détermination, ni le même ton lorsqu'il s'agit de condamner les crimes quotidiens commis par l'ennemi contre le Liban », a lancé le député.
Il a accusé Nawaf Salam « de se tenir à l'écart de la scène et de l'action » et, ce faisant, de ne plus être capable de « distinguer celui qui viole la souveraineté et occupe le territoire de celui qui le défend », préférant, selon lui, « lancer des accusations gratuites au lieu de répondre aux questions essentielles soulevées par le secrétaire général du Hezbollah, et saisir son appel sincère au dialogue et à l'unité de la position nationale face à l'occupation ». « Le Premier ministre est-il capable de citer aux Libanais un seul acquis national obtenu grâce aux négociations directes, en dehors de nouveaux reports, de nouvelles agressions et de nouvelles concessions ? », a encore dit le député.
Parallèlement à ces développements sur le plan politique, l'armée israélienne poursuit ses opérations de démolition au Liban-Sud. Mardi après-midi, une très forte et importante explosion a été provoquée entre Majdel Zoun et les terrains communaux de Mansouri, dans le caza de Tyr, rapporte notre correspondant au Liban-Sud. Un habitant a indiqué que « les portes ont tremblé dans la ville de Tyr et les villages avoisinants ». Les habitants de la région ont également ressenti des secousses dans le sol, tandis qu’une épaisse fumée s’élevait de la zone de l’explosion. Et en fin d'après-midi, une frappe de drone a touché la localité de Nabatiyé el-Faouqa. Dans la nuit de lundi à mardi, l'armée israélienne avait fait exploser plusieurs maisons à Haddatha (caza de Bint Jbeil), et procédé à des dynamitages à Kounine (caza de Bint Jbeil).
La journée de mardi a aussi été marquée par plusieurs mouvements de l'armée israélienne profondément en territoire libanais. Trois véhicules militaires ont ainsi progressé depuis Haddatha jusqu'aux abords de Haris, dans le même caza, qui ne se trouve pas pourtant dans la « zone tampon » décrétée unilatéralement par l'État hébreu au Liban-Sud. Un peu plus tard, des chars israéliens accompagnés d’un bulldozer D9 ont progressé en direction des abords de Haddatha et Aïta el-Jabal. L’un des chars a tiré un obus en direction d’une maison située dans le secteur, selon notre correspondant. Des véhicules militaires ont par ailleurs été aperçus progressant depuis la localité de Houla en direction de Wadi Slouki (caza de Marjeyoun), à environ dix kilomètres de la frontière. Là, l'armée israélienne a remorqué un véhicule militaire endommagé depuis les abords de la vallée en direction de la localité de Houla, selon notre correspondant.
Par ailleurs, l'armée israélienne a incendié mardi matin des oliviers et d'autres arbres fruitiers dans la localité de Adchit el-Qoussaïr, et ouvert le feu en direction d'un berger dans un champ de Wazzani, dans le caza de Marjeyoun, sans faire de blessés. Dans la même région, des tirs de mitrailleuses de moyen calibre ont visé les abords de Khiam. Et d'intenses tirs de ratissage israéliens à l'aide de mitrailleuses de moyen calibre ont visé Beit Yahoun (caza de Bint Jbeil). Lundi soir, puis dans la nuit de lundi à mardi, l'armée israélienne avait en outre mené des tirs d'artillerie vers la colline de Ali Taher, dans le caza de Nabatiyé. Et dans la soirée de lundi, Haddatha avait été la cible de tirs d'artillerie et de mitrailleuse, parallèlement à des tirs d'artillerie sur Beit Yahoun, dans la même région.

À Tony... plus facile à dire qu'à faire. On a beau décapiter la tête, une termitière peut perdurer sans reine pendant des années.
20 h 12, le 05 août 2026