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Culture

Design vintage et art contemporain en « Squat (à) Beirut »

Exposition

Des œuvres d'artistes contemporains internationaux et des meubles de designers de renommée mondiale « squattent » la Metropolitan Art Society* de Beyrouth jusqu'à fin décembre.

02/12/2013

Installées dans les différents espaces de cette belle maison patricienne (reconvertie en galerie des galeries), les pièces mobilières et artistiques signées Giò Ponti, Paul Evans, Zaha Hadid, Sam Falls, Alexander May, Neil Beloufa, Isabelle Cornaro ou encore Karen Chekerdjian (pour ne citer que les plus connus) mélangent les styles et les époques, le vintage des années 50 et 60 au contemporain le plus pointu, avec une insolente harmonie.


Présentés à la manière d'une scénographie de plateau de cinéma – voulue par la curatrice Nina Yashar, à la tête de la galerie milanaise Nilufar, qui a collaboré sur ce projet avec la galerie parisienne Balice Hertling –, les meubles et œuvres d'art ainsi assemblés déclinent différentes atmosphères.
À commencer par le souffle futuriste apporté dans le grand hall, au dallage de marbre ancien et plafond haut, par les impressionnantes « architectures mobilières » de la célébrissime Zaha Hadid (d'assez déroutants sièges-tabourets en résine acrylique aux formes organiques et une console aux lignes profilées), placées sous d'énormes suspensions en cuivre (réalisées par les designers de la galerie Nilufar) à proximité d'un mur barré d'un gigantesque X en aluminium rosé attribué à Gian Pietrochino (membre du regroupement Arte Povera des années 60).


Au fond de la même grande salle, une sculpturale table haute en fusion de bronze composée, façon puzzle, de plusieurs tables juxtaposées et modulables à souhait (également une œuvre d'architectes milanais produite en exclusivité pour Nilufar) se marie – sans déchoir ! – avec une peinture performative à l'huile sur feuille transparente de Christine Brastch, une artiste américaine dont le travail (présenté à la Biennale de Venise en 2011) joue sur l'ambigüité de sa perception : peinture, photo ou impression ? Des questionnements : l'œuvre particulière (une image d'un roc, en fait un Chicken Nugget), vissée sur une applique (!) de Neil Beloufa, accrochée sur le mur d'en face, en soulève aussi des tas. Autant sur sa perception, sa conception ou son propos que Danièle Balice, de la galerie parisienne du même nom (également présent à Beyrouth pour l'inauguration), définit comme « une expérience mêlée de sculpture, photo et installation ». Une combinaison de techniques dont se sert ce jeune artiste franco-algérien, très remarqué à l'édition 2013 de la Biennale de Venise, pour dénoncer la dichotomie de notre monde contemporain, en déconstruire les idées reçues et les systèmes de croyances.

 

De Giò Ponti et Paul Evans à Zaha Hadid et Sam Falls...
Ambiances nettement plus intimistes dans les 4 salles latérales qui déclinent les thèmes du salon, de la bibliothèque, du fumoir ou encore de la salle à manger à travers toujours un mixage de mobilier vintage, de nouvelles créations design et d'œuvres d'artistes contemporains.


Parmi les pièces d'importance : un petit salon-fumoir en provenance de l'hôtel Parco dei Principi de Sorrente (Italie), constitué de 4 fauteuils aux lignes géométriques accompagnés de tables basse et d'appoints signés Giò Ponti, « un maître du design italien des années 50, au style à la fois très sophistiqué et très pur », signale Nina Yashar. Et une salle à manger des années 60 d'Igniacio Gardella dont la table au plateau ovale en bois et piétement en métal industriel « représente parfaitement l'esprit du design italien », souligne la galeriste milanaise. L'ensemble est accompagné de suspensions en métal vernis et brossé du Suédois Hans Arne Jakobson, grand spécialiste des luminaires dans les années 60, d'un tapis contemporain au motif représentant un plan d'appartement signé Martino Gamper. Ainsi que de plusieurs toiles d'Alexander May, un jeune talent qui occupe déjà une place de choix sur la scène de l'art contemporain avec des œuvres picturales traitant symboliquement de la déconstruction du langage identitaire, pictural et textuel. À l'instar d'un panneau reprenant sur l'intégralité de sa surface les différents fragments du H décomposé ou encore d'une toile noire incluant les vêtements du peintre.


Toujours dans la même pièce, un intrigant tableau (dont le corollaire se trouve au Musée d'art moderne de Paris) d'Isabelle Cornaro réalisé en moulage d'objets divers (tapis à franges, tissus, napperons en crochet, papiers, feuillages et jusqu'au plateau rectangulaire en bois brut de la table sur laquelle ils étaient posés) évoque les bas-reliefs antiques. Et suggère un procédé d'archivage artistique de ce qui existe à l'époque présente, une sorte de fac-similé du quotidien de l'artiste française.


Autres salles, autre styles : collectionné par Elton John et Lenny Kravitz, le mobilier créé par Paul Evans se répartit au Metropolitan sur deux pièces différentes. Dans la première, un lourd coffre (en bois épais, bronze et plaques de métal oxydées) et un bahut (dans les mêmes matières), de la collection dite « brute » et fait main par le célèbre designer américain des années 50, se combinent avec des meubles plus légers et épurés, et des toiles ultracontemporaines, comme celle de Sam Falls réalisée sans peinture ni tableau par un procédé inverse à celui de la photographie. En fait, il s'agit d'un tissu à motif de feuillage que l'artiste californien (très en vogue, il a été désigné par le Modern Painter comme l'un des 100 artistes à voir !) a exposé au soleil durant plusieurs mois, en en cachant seulement certaines parties, pour en tirer une magnifique toile. Autrement plus séduisante d'ailleurs que deux autres, exploitant le même filon, accrochées deux murs plus loin.


Dans la seconde, une bibliothèque, une console et un tabouret en acier poli, également signés Paul Evans mais tirés cette fois de la collection « Cityscape », se conjuguent avec un ensemble 60's de Michel Boyer et une poétique suspension en bulles de verre soufflé sur ramifications de laiton de la talentueuse designer de luminaires new-yorkaise Lindsey Adelman.


Impossible de recenser et de décrire dans ces colonnes toutes les créations exposées dans ce « Squat Beirut ». Lequel rassemble aussi bien les réinterprétations en matières pauvres de la marqueterie par la Britannique Bethan Laura Wood, qui travaille le bois lamina en mille et une couleurs vives acidulées, que le design extrêmement épuré et pointu de la Libanaise Karen Chekerdjian (représentée à Milan par la galerie Nilufar)... Il y a dans cette exhibition de design, un peu façon « art et essai », beaucoup de choses à voir, à découvrir, à apprécier ou pas, selon les goûts et affinités de chacun. Comme une lucarne ouverte sur l'art et l'art de vivre de notre époque !

* Achrafieh, rue Trabaud. Horaires d'ouverture : de mercredi à dimanche, de 11h
à 19h. Informations au 70-366969.

 

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