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À La Une - Commémoration

La colère des notables et des ulémas : « Tripoli n’est pas Abra, et l’État est complice du crime »

« L’État est complice du crime », a lancé le député Mohammad Kabbara en réaction au « silence officiel » face au discours du chef du Parti arabe démocratique. « Qu’ils agissent avec lui comme ils l’ont fait avec Ahmad el-Assir », ont lancé en outre les ulémas.

Derrière les députés et les dignitaires, la foule arborait des drapeaux noirs. Photo Naïm Assafiri

« Que justice soit faite », ce slogan, choisi par les ulémas et notables sunnites de Tripoli pour la cérémonie de commémoration des attentats contre les deux mosquées d’al-Taqwa et d’al-Salam, est révélateur de la frustration et de la colère exprimées dans les discours prononcés.


Au lendemain de la conférence de presse virulente de Rifaat Ali Eid, qui avait assimilé l’enquête sur le double attentat de Tripoli à « un projet de discorde » (lire par ailleurs), une foule d’habitants de Bab el-Tebbaneh s’est réunie au Centre international Rachid Karamé, en présence des deux députés Mouïn Merhebi et Mohammad Kabbara ; le président du Comité des ulémas, cheikh Salem Rafeï ; ainsi que plusieurs notables et cheikhs de la ville. Tous ont dénoncé la lenteur de la justice, à l’heure où le principal suspect, Ahmad Merhi, a été identifié et qu’un mandat d’amener a déjà été délivré contre Ali Eid, le père de Rifaat Eid, accusé d’avoir facilité la fuite de Merhi en Syrie.


S’adressant aux responsables, cheikh Salem Rafeï a affirmé que « les sunnites du Liban n’accepteront plus l’humiliation dans leur propre pays ». « Si les criminels se cachent derrière leur communauté religieuse (les alaouites, NDLR) pour se protéger, les victimes des attentats ont également une communauté qui les protège ainsi que des armes », a-t-il menacé. « Nous avons à nos côtés les héros de Damas (les rebelles syriens, NDLR) qui ont réussi à faire plier le régime de Bachar el-Assad », a-t-il encore déclaré, stigmatisant « le louvoiement de l’État ». « Le silence de l’État conduira à l’émiettement du pays », a-t-il insisté, revenant sur les détails de la tragédie humaine provoquée par le double attentat (« de nombreux pères n’ont pas pu identifier leurs fils tués »).
Dans ce contexte, le vieux Ahmad Abbous Abou Achir, qui a perdu trois petits-fils dans l’attentat de Tripoli, a appelé à « la dissolution du Parti arabe démocratique et l’exécution de son secrétaire général Rifaat Eid, un criminel dans notre ville ».


Insistant sur le refus par les sunnites de « toute nouvelle humiliation », cheikh Rafeï a appelé l’État à traiter avec les « criminels » fugitifs, « comme il avait traité avec cheikh Ahmad el-Assir » et comme il traite avec « nos frères détenus ». Cet appel a été accueilli par des cris de la foule en solidarité avec le cheikh islamiste qui avait été expulsé de Saïda après une intervention militaire.

 

(Lire aussi : Rifaat Ali Eid : « L’Arabie a infiltré l’armée par le biais des FSI »)

 


Critique agressive du mufti Chaar
C’est le représentant des habitants de Bab el-Tebbaneh, cheikh Khaled Sayyed, qui a rebondi sur ce rapprochement avec cheikh Assir, avec une agressivité qui n’a pas épargné même le mufti de Tripoli, cheikh Malek Chaar. « Tripoli n’est pas Abra (ancien bastion de Assir à Saïda, entièrement démantelé par l’armée) », a-t-il déclaré. « L’État n’assiège pas la petite zone (Jabal Mohsen) censée abriter les personnes poursuivies, ni ne bronche devant les menaces qui lui sont adressées », a-t-il dénoncé, déplorant surtout la « demande d’évacuation en 24 heures » qui aurait été adressée aux habitants de Bab el-Tebbaneh par le ministre sortant de l’Intérieur, Marwan Charbel, et le mufti de Tripoli, cheikh Malek Chaar, qu’il a surnommé « le mufti du pouvoir ». « Le mufti du pouvoir nous a demandé d’évacuer nos quartiers en 24 heures et n’a pas réclamé l’arrestation des criminels présents à Jabal Mohsen », a-t-il encore dénoncé, s’en prenant au même titre au « régime syrien, à l’État libanais, au ministre sortant de l’Intérieur et au mufti Chaar ». Ce dernier a veillé à répondre à ces propos hier (lire aussi par ailleurs). Cheikh Sayyed a enfin mis en garde contre « toute décision qui est prise sans coordination avec les habitants ».

 


De « vrais terroristes »
Pour sa part, le député Mouïn Merhebi a associé une nouvelle fois le double attentat de Tripoli au « complot Assad-Samaha-Mamlouk qui avait failli aboutir, à Dieu ne plaise, à des massacres sans fin dans le Akkar si les services de renseignements des Forces de sécurité intérieure n’étaient pas intervenues à temps ». Renvoyant au camp adverse (le régime de Damas et le Parti arabe démocratique) ses accusations de « takfirisme et de terrorisme », il l’a baptisé « gang de saints criminels qui agit par le biais de complots, de menaces, de meurtres et de destructions ». Il a laissé entendre par ailleurs que certaines formes de pression s’exercent sur Bab el-Tebbaneh par l’intermédiaire de l’armée, lorsqu’il a dénoncé « les tentatives d’aucuns d’exercer des pressions sur ce quartier opprimé par le moyen d’erreurs militaires répétées, sur lesquelles je ne dirai pas plus ».
En tout état de cause, Mouïn Merhebi a tenu à exprimer, à l’instar de tous les intervenants, l’importance de la justice pour préserver la paix à l’heure actuelle. « Nous nous ferons justice nous-mêmes si le double-attentat n’est pas qualifié de crime terroriste avec tous les effets que cela comporte », a-t-il souligné, appelant à ce que l’examen de l’affaire relève de la Cour de justice.
Il a dénoncé enfin « le silence des responsables face aux menaces (de Rifaat Ali Eid), comme si l’État avait remis ses armes et ses institutions aux gangs de collaborateurs et de criminels, ou, pire, comme si les responsables étaient complices de ces crimes ».


Le député Mohammad Kabbara a relancé pour sa part l’appel à soumettre l’affaire à la Cour de justice afin de faire tomber la prescription et d’écarter tout moyen de gracier les accusés « . » Nous ne tolérerons pas la justice dérisoire », a-t-il martelé, estimant que le mandat d’amener émis contre le leader alaouite Ali Eid pour avoir abrité un fugitif n’est pas suffisant », au regard des crimes et massacres qu’il a commis depuis 1981 ». « Nous n’accepterons pas que la justice complote avec Bachar (el-Assad), (Rifaat Ali) Eid et (Hassan) Nasrallah contre nous », a-t-il martelé, allant jusqu’à accuser l’État de « complicité du crime contre les habitants de Tripoli ».

 

 

Eclairage

Les alaouites du Liban : une minorité fragilisée par la crise syrienne

 

« Que justice soit faite », ce slogan, choisi par les ulémas et notables sunnites de Tripoli pour la cérémonie de commémoration des attentats contre les deux mosquées d’al-Taqwa et d’al-Salam, est révélateur de la frustration et de la colère exprimées dans les discours prononcés.
Au lendemain de la conférence de presse virulente de Rifaat Ali Eid, qui avait assimilé l’enquête sur le double attentat de Tripoli à « un projet de discorde » (lire par ailleurs), une foule d’habitants de Bab el-Tebbaneh s’est réunie au Centre international Rachid Karamé, en présence des deux députés Mouïn Merhebi et Mohammad Kabbara ; le président du Comité des ulémas, cheikh Salem Rafeï ; ainsi que plusieurs notables et cheikhs de la ville. Tous ont dénoncé la lenteur de la justice, à l’heure où le principal...
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