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France

Traitée de "guenon" par des enfants, Taubira déplore une "attaque au coeur de la République"

"Les réactions n'ont pas été à la mesure", regrette la ministre de la Justice.

La ministre française Christiane Taubira a de nouveau été la cible d'attaques racistes. De la part d'enfants cette fois... archives AFP

Comparée à un singe sur la page Facebook d'une candidate Front National, exclue depuis, et traitée de "guenon" par des enfants lors d'une manifestation contre le mariage homosexuel, la ministre française de la Justice, Christiane Taubira, s'étonne dans une interview publiée mercredi dans Libération qu'aucune "belle et haute voix (ne) se soit levée" pour pointer le danger pour "la cohésion sociale" que constituent les attaques racistes dont elle a été victime.

 

Tout en soulignant avoir "eu beaucoup de messages de soutien", elle assure que "le sujet, ce n'est pas ma personne" et que "ces attaques racistes sont une attaque au coeur de la République".

 

"Est-on encore capable de réagir lorsque la société est ébranlée sur ces fondations ? Les réactions n'ont pas été à la mesure. (...) Ce sont des analyses, pas une alerte, dans le sens où des consciences dans la société française pourraient dire: +Attention, ce n'est pas périphérique, c'est une alarme+".

 

"C'est la cohésion sociale qui est mise à bas, l'histoire d'une nation qui est mise en cause", poursuit-elle, jugeant qu'il "s'agit très clairement d'inhibitions qui disparaissent, de digues qui tombent".

 

"Je me ramasse depuis longtemps du +macaque+", du +Y a bon Banania+", poursuit la garde des Sceaux, tout en indiquant avoir dit à son cabinet "qu'on avait autre chose faire" que porter plainte.

 

"La réponse judiciaire est indispensable", estime toutefois la ministre, "il faut rappeler que le racisme n'est pas une opinion, c'est un délit". "Mais elle ne suffit pas: on ne peut pas demander à la seule justice de réparer les pathologies profondes qui minent la démocratie".

 

"Des millions de personnes sont mises en cause quand on me traite de guenon. Des millions de gamines savent qu'on peut les traiter de guenons dans les cours de récréation!"

 

 

Christiane Taubira insultée notamment par des enfants, lors d'un déplacement à Angers, le 25 octobre.

 

Le 18 octobre, une des candidates du Front national aux municipales, Anne-Sophie Leclere, avait assumé un photomontage qu'elle avait placé sur sa page Facebook et qui montrait d'un côté un petit singe et de l'autre la garde des Sceaux, avec les légendes "à 18 mois" et "maintenant". Elle avait assuré que "ça n'a rien à voir" avec du racisme et que "cette photo c'était de l'humour". Le Front national l'avait alors suspendue.

Saisi par le Défenseur des droits, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire après les propos de l'ex-candidate FN.

 

Le FN a, de son côté, porté plainte contre Mme Taubira devant la Cour de justice de la République pour avoir répliqué que la pensée du FN "c'est les Noirs dans les branches des arbres, les Arabes à la mer, les homosexuels dans la Seine, les Juifs au four".

 

 

Long glissement

Dans l'interview à Libération, Mme Taubira juge que cette dérive procède "d'un long glissement... Périodiquement, et encore sous le dernier quinquennat, on a construit un ennemi intérieur. Ceux qui sont incapables de tracer un horizon passent leur temps à dire au peuple français qu'il est envahi, assiégé, en danger."

 

Interrogée pour savoir si "l'institutionnalisation" du FN a favorisé cette montée, la ministre répond "incontestablement". "Même si Mme Le Pen fait semblant d'être présentable, les Français savent ce que représente son parti - et son idéologie, qu'elle n'a d'ailleurs jamais reniée," dit-elle.

 

"Lorsqu'on regarde les chiffres de l'immigration, il faut arrêter d'en faire un feuilleton quotidien! En quoi l'immigration est-elle un problème? En quoi met-elle en danger la société française ?".

 

Interrogée sur les polémiques autour des Roms, Mme Taubira regrette que "ça (fasse) un an qu'on débat là-dessus pratiquement tous les jours! On continue à dire aux Français : +Vous êtes 67 millions, mais continuez à mettre votre bouclier sur vos têtes parce que vous êtes assiégés+ au lieu de généraliser des réponses efficaces. La parole politique doit être plus claire, plus déterminée, plus ancrée historiquement et plus projetée dans l'avenir".

 

 

"Me voilà ramené à ma condition de nègre"

Cette tribune s'ajoute à celle publiée mardi dans Le Monde par le présentateur de télévision noir Harry Roselmack, animateur du magazine "Sept à Huit" sur TF1.

"Ce qui me chagrine, c'est le fond de racisme qui résiste au temps et aux mots d'ordre, pas seulement au sein du FN, mais au plus profond de la société française", déclare l'ex-présentateur du journal télévisé de TF1 dans cette tribune, intitulée "La France raciste est de retour".

 

Se disant affecté par les déclarations faites mi-octobre par Anne-Sophie Leclere, il affirme: "Elle m'a amené à m'interroger, en tant que Noir d'abord, en tant que citoyen, fils, père et mari ensuite". "Me voilà ramené à ma condition de nègre. Me voilà attablé avec d'autres noirs parce qu'ils sont noirs. Et me voilà en train de m'offusquer d'une idiotie qui ne m'atteignait guère: le racisme", ajoute-t-il.

 

Jugeant que "le fond de racisme" en France est "un héritage des temps anciens, une justification" pour "l'esclavage et la colonisation", dont témoignent par exemple les affiches "Y'a bon Banania", Harry Roselmack estime que "tant que l'on laissera ces peaux de Banania traîner dans nos cerveaux, des glissades et dérapages vers l'injure raciste sont à craindre".

 

Entré en 2006 à TF1, Harry Roselmack a été le remplaçant officiel de Patrick Poivre d'Arvor, puis de Laurence Ferrari au JT de 20H jusqu'en 2011, devenant l'un des premiers journalistes noirs à présenter un journal sur une grande chaîne nationale avec Audrey Pulvar, ex-présentatrice du "19/20" sur France 3. Il anime "Sept à Huit" depuis 2006.

 

 

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Comparée à un singe sur la page Facebook d'une candidate Front National, exclue depuis, et traitée de "guenon" par des enfants lors d'une manifestation contre le mariage homosexuel, la ministre française de la Justice, Christiane Taubira, s'étonne dans une interview publiée mercredi

commentaires (4)

Inadmissible,en effet...le racisme idiot (mais en est il d'intelligent?) a de nouveau pignon sur rue...des deux côtés (personne n'oublie les souschiens, expression employée dans les cités très colorés pour désigner les français "blancs"...pauvre république! Mais notez bien que Ségo Royal ne fait pas un foin d'être traitée de dinde tous les jours!

GEDEON Christian

15 h 44, le 06 novembre 2013

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Commentaires (4)

  • Inadmissible,en effet...le racisme idiot (mais en est il d'intelligent?) a de nouveau pignon sur rue...des deux côtés (personne n'oublie les souschiens, expression employée dans les cités très colorés pour désigner les français "blancs"...pauvre république! Mais notez bien que Ségo Royal ne fait pas un foin d'être traitée de dinde tous les jours!

    GEDEON Christian

    15 h 44, le 06 novembre 2013

  • DES "enfants?" à D é g u e u l a s s e s "parents?".... !

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    13 h 34, le 06 novembre 2013

  • Faut dire que les enfants singent souvent les grands...

    M.V.

    12 h 34, le 06 novembre 2013

  • On comprend bien la ministre française Christiane Taubira mais aussi l'indulgence de la France qui a changé sa couleur , ses habitudes et surtout ses origines . Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    12 h 23, le 06 novembre 2013