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Scrutin

Le Front national, « premier parti de France » ?

La victoire à Brignoles de l’extrême droite symboliserait un ras-le-bol général et la paralysie du gouvernement comme de l’opposition.

Le candidat du FN, Laurent Lopez, a remporté dimanche l’élection cantonale de Brignoles avec 53,9 % des voix face à la candidate de l’UMP. Jean-Paul Pelissier/Reuters

Le Front national (FN, extrême droite) a remporté dimanche soir en France une élection locale, déstabilisant le gouvernement socialiste et l’opposition de droite qui s’accusaient mutuellement hier sans trouver de parade au ras-le-bol d’une population exaspérée par l’insécurité et la crise. Le candidat du FN, Laurent Lopez, ex-cadre commercial et ancien boxeur de 48 ans, a en effet remporté dimanche l’élection cantonale de Brignoles, dans le sud-est de la France, avec 53,9 % des voix face à la candidate de l’opposition de droite UMP. Divisée, la gauche avait été éliminée dès le premier tour dans cette ville dont le maire est pourtant communiste.


À cinq mois des élections municipales et sept des européennes, l’issue de ce duel sonne comme un « rappel à l’ordre pour tous », selon le ministre socialiste du Travail Michel Sapin, tandis que les éditorialistes y voyaient une expression du « ras-le-bol ». « C’est un virage (...), ça augure d’une volonté de changement des Français », s’est félicitée Marine Le Pen, qui revendique déjà pour le Front national le titre de « premier parti de France ». « Le FN a bénéficié d’un contexte local favorable : cela fait trente ans que le parti progresse dans le Midi, où il fait ses meilleurs scores. Sur le plan national, il y a un grand mécontentement et une grande déception, un an après l’arrivée de la gauche au pouvoir », explique Nonna Mayer, directrice de recherches au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Le président François Hollande lui-même avait dit la semaine dernière comprendre le « climat de pessimisme et quelquefois de colère et de frustration » des Français face à la crise, évoquant « les craintes des travailleurs face aux restructurations industrielles, la peur de beaucoup face à la montée en puissance des pays émergents, le conservatisme lié en partie au vieillissement de la population ». La France compte plus de trois millions de chômeurs et les inégalités et la pauvreté continuent de progresser en l’absence d’une véritable reprise de la croissance.

 


Vers le tripartisme PS-UMP-FN ?
Le scrutin de Brignoles représente aussi une victoire personnelle pour Marine Le Pen, qui a succédé en 2011 à son père Jean-Marie à la tête du Front national, engageant une stratégie de dédiabolisation de son mouvement pour en faire un parti apte à gouverner. « Le changement de direction à la tête du FN a lissé un peu l’image du parti, même s’il reste pour une majorité de Français un parti aux thèses racistes, d’extrême droite et qui n’est pas en mesure de gouverner. Mais Marine Le Pen a une meilleure image que son père et elle est plus populaire, car elle n’est pas associée comme lui à la Seconde Guerre mondiale et à l’antisémitisme », rappelle Nonna Mayer. L’élection de dimanche marque aussi l’échec du « front républicain », l’union des autres partis pour faire barrage au FN en soutenant le candidat adverse le mieux placé. À Brignoles, la gauche avait appelé à voter pour la candidate de droite au second tour.


Hier, le Premier ministre socialiste Jean-Marc Ayrault a directement mis en cause les dirigeants du parti d’opposition UMP, évoquant le « risque d’une alliance entre la droite française classique et l’extrême droite », tout en reconnaissant qu’on « ne fera pas reculer le FN si on n’améliore pas la vie des gens ». Le chef de file de la droite, Jean-François Copé, a, lui, jugé que « le résultat de Brignoles est d’abord une sanction d’une gestion désastreuse au niveau local et calamiteuse au niveau national ». Pour Nonna Mayer, « gauche et droite se renvoient aujourd’hui la responsabilité, car tous sont tétanisés, ils ne savent plus quoi faire ». Mais les responsabilités sont, selon elle, partagées : « La gauche, divisée, a été éliminée dès le premier tour et la stratégie de la droite brouille les lignes avec l’extrême droite sur les questions de l’immigration et de l’insécurité. » Pourtant, si le député socialiste Jean-Christophe Cambadélis voit arriver « le tripartisme » en France, alors que des sondages donnent le FN en tête des intentions de vote pour les élections européennes de 2014, avec 24 % devant l’UMP (22 %) et le PS (19 %), ministres socialistes et responsables de droite ont appelé à « relativiser ».

 

 

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