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À La Une - Attentats de Tripoli

Ali Eid roule des biceps et boxe l'Etat

Avec l’appui du mufti alaouite, l’ancien député refuse la convocation des enquêteurs.

L'ancien député Ali Eid. Photo d'archives.

Le chef du Parti arabe démocratique Ali Eid a annoncé jeudi lors d’une conférence de presse qu’il ne répondra pas à la convocation que lui ont adressée les services de renseignements des Forces de sécurité intérieure. Le leader alaouite de Tripoli était convoqué pour un interrogatoire dans le cadre de l’enquête sur le double attentat meurtrier perpétré le 23 août contre deux mosquées dans la capitale du Liban-Nord.


« Je n’ai pas confiance dans cette branche (les services de renseignements des FSI, NDLR) (...) son histoire est connue, elle est pleine d’affabulations », a lancé l’ancien député lors d’une conférence de presse dans sa demeure dans le Akkar. Ali Eid a ajouté qu’il « était un petit soldat au service du président syrien Bachar el-Assad » et qu’il en « était fier ». « Je respecte la loi et je répondrai à toute autre convocation, a-t-il encore dit, mais pas à celle-ci, car les services de renseignements des FSI sont à la solde de l’Arabie saoudite et de Saad Hariri. »


L’ancien député a saisi l’occasion pour relater l’histoire de la convocation par les services de renseignements de l’armée de son chauffeur personnel, Ahmad Mohammad Ali, soulignant que ce dernier n’avait toujours pas été relâché trois jours plus tard. « Lorsque je lui ai envoyé un avocat, on lui a fait savoir qu’il n’avait pas besoin d’avocat, puisqu’il n’est pas considéré comme accusé. Par conséquent, il n’est pas possible de le défendre s’il n’y a pas d’accusations portées contre lui. Lorsque Sakr (le juge Sakr Sakr, commissaire du gouvernement près le tribunal militaire) a demandé qu’il soit remis au service des renseignements des FSI, j’ai compris qu’il s’agissait d’un complot », a-t-il poursuivi. Ali Eid a ajouté qu’il ne connaissait aucun des noms des suspects divulgués par les FSI. « Je n’écouterai que ce que dira le Conseil islamique alaouite et exécuterai à la lettre tout ce qu’il demandera, excepté une chose, celle de répondre à la convocation du service des renseignements des FSI », a poursuivi le chef du parti. Le Conseil islamique alaouite et le mufti de la communauté ont de leur côté rejeté toute convocation de M. Eid et les accusations portées contre les alaouites dans les attentats de Tripoli, refusant que Ali Eid, « chef et symbole de la communauté alaouite », soit convoqué par les FSI.

 

(Pour mémoire : Attentats de Tripoli : Rifaat Eid rejette les accusations contre Jabal Mohsen)

 


Contradictions et révélations...
Ali Eid a assuré par contre qu’il demandera la peine de mort contre les suspects détenus qui s’avéreraient impliqués à l’issue de l’enquête. « S’il est également prouvé que le Parti arabe démocrate est impliqué, nous serons en faveur de sa dissolution », a ajouté le chef du parti, qui reste convaincu qu’« il existe un complot » contre sa communauté « visant à provoquer une discorde ».


Des sources sécuritaires citées en soirée par la LBC ont cependant indiqué que contrairement à la déclaration de Rifaat Eid, le fils de Ali, qui avait affirmé avoir lui-même demandé au chauffeur de se rendre volontairement aux services de l’armée, les éléments de l’enquête réunis à ce jour démontrent en réalité que Ahmad Ali a été arrêté par l’armée le 25 octobre dernier, à l’issue d’un échange de tirs avec les soldats qui tentaient de l’arrêter. Ahmad Ali était secondé par un groupuscule armé qui a également affronté la troupe lors d’une bataille qui s’est accompagnée d’un mouvement de milices dans les localités de Hayssa et Mass’oudiya. Depuis son arrestation, Ahmad Ali a réitéré son témoignage devant les enquêteurs – de l’armée et des FSI – affirmant que l’un des accusés dans l’affaire de l’explosion de la mosquée al-Taqwa, Ahmad Merhi, a effectivement fui vers la Syrie, après avoir bénéficié de l’aide de l’ancien député Ali Eid.
Toujours selon les aveux du chauffeur, c’est Ali Eid qui lui avait demandé, immédiatement après le double attentat, de se rendre à Jabal Mohsen pour ramener Merhi à son village natal, la localité de Hikr el-Daher, dans le Akkar, tout près de la frontière syrienne. De là, l’ancien député lui a facilité sa fuite vers la Syrie.


Des sources judiciaires ont indiqué que Ali Eid pourra être convoqué une fois de plus. S’il n’obtempère pas, des poursuites seront engagées contre lui sur la base des résultats de l’enquête. Le dossier sera alors déféré devant le juge d’instruction qui émettra un mandat d’arrêt par contumace s’il refuse toujours de comparaître. Une source sécuritaire a assuré à ce propos que la communauté alaouite n’est en aucun cas visée dans cette affaire, soulignant qu’il n’y a aucune ligne rouge dès qu’il s’agit de la sécurité du Liban. À la mi-octobre, Rifaat Eid, fils de Ali Eid et chef du Parti arabe démocratique, avait rejeté les accusations portées contre des habitants de Jabal Mohsen dans le double attentat de Tripoli.


L’enquête des services de renseignements des FSI a montré que cinq personnes menées par Hayan Ramadan, de Jabal Mohsen, sont impliquées dans le double attentat de Tripoli qui a fait plus de 50 morts et des centaines de blessés.
Parmi les cinq suspects, figure Youssef Diab, 17 ans, également de Jabal Mohsen, dont l’arrestation par les services de renseignements des FSI avait causé une flambée de violence à Tripoli entre le quartier de Jabal Mohsen et celui de Bab el-Tebbané.

 

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