le Premier ministre Salam
À la veille du congé de l’Adha et du départ en vacances à l’étranger de nombreux responsables politiques, la stagnation politique qui dure depuis plusieurs mois trouvera au moins cette semaine un justificatif.
Ce sont néanmoins les dossiers sécuritaires qui continueront quand même de bouillonner : les mandats d’arrêt émis contre trois membres du Parti arabe démocratique dans l’affaire des deux attentats de Tripoli ont attisé les tensions entre Baal Mohsen et Bab el-Tabbaneh, à l’heure où le chef du parti, Rifaat Ali Eid, s’obstine à ne pas reconnaître les conclusions de l’enquête de renseignements des Forces de sécurité intérieure. Le même risque d’explosion existe dans le camp de Aïn el-Heloué, où la décision du président palestinien Mahmoud Abbas de limoger un des leaders de l’endroit Mahmoud Issa (al-Lino) pourrait augmenter les tensions latentes entre les factions du camp. Des sources palestiniennes sécuritaires, citées par l’agence d’information al-Markaziya, ont révélé l’existence d’une démarche libanaise auprès du membre du comité exécutif du Fateh au Liban, Azzam al-Ahmad, pour contenir la situation, à quelques heures de la notification officielle de la décision à al-Lino.
Pourtant, les milieux diplomatiques occidentaux se montrent rassurants : les tensions latentes au Nord comme au Sud ne devraient pas dégénérer en conflits violents, puisqu’il existe « une décision internationale claire de maintenir un parapluie de stabilité au-dessus du pays ».
En revanche, sur la question du gouvernement, l’immobilisme n’a jamais été aussi visible, alors que circulent des informations sur « l’échec » de certains efforts internationaux, enclenchés par les appels du président de la République à New York, à mener à son terme le processus de formation d’un nouveau cabinet. C’est en tout cas ce que rapporte notre correspondant au palais Bustros, Khalil Fleyhane, qui évoque clairement un échec des efforts entrepris « discrètement par une grande puissance via son ambassadeur » pour aplanir les obstacles à la naissance du nouveau cabinet.
L’ambassadeur en question aurait reconnu « l’extrême difficulté » de sa mission, en dépit de sa profonde connaissance des méandres de la politique libanaise, comme le rapportent des sources diplomatiques à notre correspondant. Cet ambassadeur aurait conclu à « l’impossibilité de mener à bien jusque-là la mission du Premier ministre désigné ». En effet, il aurait, toujours selon des sources proches du palais Bustros, tenté en vain de convaincre les principales autorités de la nécessité d’un nouveau cabinet, non seulement pour résoudre des dossiers socio-économiques fort sensibles, mais aussi pour honorer l’échéance présidentielle, le vide à Baabda n’étant point envisageable en raison de ses retombées extrêmement négatives sur le pays. D’ailleurs, l’idée d’une prorogation du mandat présidentiel continue de faire son chemin, le ministre sortant de l’Intérieur Marwan Charbel, un proche du chef de l’État, s’étant publiquement déclaré samedi en faveur de « la prorogation du mandat présidentiel, ce qui serait un moindre mal que le vide »
Quoi qu’il en soit, le récent repositionnement du chef du Front de lutte nationale, le député Walid Joumblatt, a fragilisé le dossier gouvernemental. Après avoir longuement défendu la formule des trois huit, préconisée par les présidents Sleiman et Salam, le leader druze invoque désormais la formule des 9-9-6 (neuf portefeuilles au 8 et au 14 Mars respectivement et 6 aux centristes) voulue par le 8 Mars et rejetée évidemment par le camp adverse, consacrant ainsi la crise. Cette position est critiquée par certains députés de son bloc, à savoir Marwan Hamadé, qui a dénoncé « l’attente meurtrière » et appelé à un cabinet neutre, l’accusant de vouloir « plaire aux autres ».
Les déclarations de figures du 8 Mars sur le dossier ministériel se sont en tout cas multipliées en fin de semaine. Le Hezbollah (les ministres sortants Mohammad Fneich et Hussein Hajj Hassan, le député Nawaf Moussawi, le vice-président du conseil exécutif du Hezbollah Nabil Kaouk), relayé par le bloc berryste (le député Kassem Hachem) a accusé le 14 Mars de paralyser la formation du cabinet, appelant une nouvelle fois à la nécessité d’un « cabinet fédérateur ». Le député du Baas, Assem Kanso, a estimé pour sa part que « les positions de Walid Joumblatt ne modifient rien à la réalité ». C’est que l’élément essentiel de cette réalité se situe en dehors du Liban et c’est l’incertitude entourant les développements régionaux qui continue d’entraver les concertations.
D’ailleurs, pour la première fois depuis sa désignation, le Premier ministre Salam semble près à accepter ouvertement que l’état des lieux actuel est peu favorable à son objectif. L’après-Adha devrait être décisif, à en croire les visiteurs de Mousseitbé : il faudrait s’attendre soit à la formation d’un cabinet consensuel, soit à la démission de Tammam Salam. Loin de lui l’idée d’adresser un ultimatum aux protagonistes se contentant de déclarer pour l’instant que « les événements qui nous entourent m’ont incité à la patience ». À en croire certaines sources diplomatiques citées par al-Markaziya, les préparatifs s’intensifient à nouveau en vue d’un prochain sommet irano-saoudien, réunissant le président iranien et le roi d’Arabie, prévu dans les deux semaines qui suivent, en vue de fixer les contours d’un compromis régional. De quoi rompre l’attentisme ?
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