Nos Lecteurs ont la Parole

La vie tourmentée de l’homosexuel libanais

Dr Sami RICHA
OLJ
31/08/2013
Étiquettes, reproches, moqueries, exclusions, presque toutes les personnes homosexuelles en ont souffert et en gardent parfois une irritation amère.
Le sujet est délicat, brûlant, difficile même, et surtout une ignorance et une suspicion règnent entre les deux mondes, celui des hétérosexuels, retranchés derrière des idées reçues, et celui des homosexuels, fait d’épreuve et de honte.
Les deux récentes positions émanant de hauts dignitaires chrétiens nous laissent entrevoir une lueur d’espoir : le pape François, qui s’est prononcé, et pour la première fois depuis longtemps dans l’Église catholique à ce niveau, en ces termes admirables : « Qui suis-je pour juger les homosexuels ? » et l’archevêque anglican sud-africain, Prix Nobel de la paix en 1984, qui a eu ces mots tout aussi remarquables : « Je refuserais d’aller dans un paradis homophobe. Non, je dirais, désolé merci, je préférerais cent fois aller ailleurs. Je ne pourrais pas louer un Dieu homophobe. »
Deux éclaircies dans un monde toujours très empreint d’homophobie où des continents en entier, telle l’Afrique, sont toujours dans une ambiance d’intolérance, des pays toujours intransigeants à cet égard, tels les pays arabes, et surtout la Russie et les anciennes républiques de l’Union soviétique (Géorgie en tête) qui laissent toujours régner un vent d’homophobie insupportable pour des pays européens et soi-disant civilisés.
Le Liban, naguère plus tolérant que d’autres pays arabes, puisque les personnes homosexuelles n’y encourent pas la peine de mort ( ! ), continue à souffrir de cette loi scélérate de l’article 534 du code pénal libanais, qui déclare explicitement que la « pénétration sexuelle contre nature est punie par la loi » et qui fait donc des rapports entre personnes d’un même sexe un délit (sic!).
Nous avons, dans notre registre national récent, deux ignominies marquantes : un test anal dit «le test de la honte», pratiqué dans nos commissariats ; et des irruptions de la police municipale de certaines régions dans des boîtes de nuit pour arrêter les personnes dont l’orientation sexuelle ne plaît pas aux policiers.
On n’arrivera jamais à comprendre quel sous-fifre de la police de notre pays a le droit de s’immiscer dans le lit d’un citoyen et encore plus qui lui arroge le droit de considérer la sexualité d’autrui.
Mais plus que ces faits divers troublants, c’est toute une société qu’il faut peut-être repenser, pour que chacun de nous vive sa sexualité comme bon il l’entend, dans des relations entre adultes consentants.
Dans notre pays, les allusions sur l’homosexualité sont souvent dégradantes, et même notre langage courant, où se mêlent pêle-mêle des mots comme « pédé », « louti » (mot arabe), « pervers », «anormal », doit être revisité.
Ainsi, le parcours des personnes homosexuelles au Liban demeure celui d’un combattant. Cela commence à l’école où elles sont stigmatisées souvent pour leur seule présupposée attitude, au travail, postes-clés d’où elles sont souvent écartées, et même au sein de leur propre famille qui les rejette une fois au courant de ce qu’elles sont.
Nous avons eu récemment vent d’un jeune homme qui a été déshérité par sa famille à la mort de son père, lequel n’acceptait pas de son vivant l’orientation sexuelle de son fils !
C’est une tragédie humaine où tous les actes sont ceux d’une vraie pièce horrible de rejet, de violence et de cruauté.
Le père d’un jeune homosexuel nous disait au cabinet, lors d’un entretien, qu’il souhaiterait que son fils soit porteur d’un cancer qui tue, d’une tumeur plutôt que de cette tare dont la famille ne pourra jamais effacer la marque.
Les exemples pullulent de personnes homosexuelles qui visitent psychiatres et psychologues pour changer d’identité, sommées par leur famille d’intégrer le tout dominant cercle de l’hétérosexualité. Et quelle déception pour elles et pour leurs parents quand on leur annonce qu’il n’y a pas à changer, que rien n’est pathologique et qu’en médecine, l’on ne change qu’une anomalie.
C’est dire le chemin encore à parcourir partout dans le monde. Mais dans nos contrées, il y a urgence, car il y a un réel rejet, presque une négation.
Peut-être serait-il bon de relever certains points qui semblent désormais des constantes :
1.- L’homosexualité est présente dans tout le monde vivant. Des mouches drosophiles aux singes, elle est repérée dans un grand nombre d’espèces vivantes. Elle n’est point spécifique à l’être humain. Cette ubiquité laisse présager l’extrême complexité de sa genèse. Avec une différence de taille entre les hommes et les animaux : dans le règne animal, elle est beaucoup plus tolérée...
2.- Le choix de l’orientation sexuelle n’est pas un choix libre. Tout autant qu’on ne devient pas hétérosexuel, on ne choisit pas d’être homosexuel. Cela est un fait, même si des théories, toujours embryonnaires, essaient de retrouver des causes et des étiologies diverses. La sexualité humaine est d’une complexité telle qu’il serait presque impossible de pouvoir lui retrouver une seule vérité.
3.- Il n’existe et ne peut exister aucun traitement de l’homosexualité puisqu’elle n’est pas considérée comme maladie depuis belle lurette par l’Organisation mondiale de la santé, et tous les psychiatres et psychologues du monde entier. Les thérapies dites « réparatrices » sont une illusion de l’esprit fomentée par les médias et certains spécialistes illuminés qui, en l’annonçant sur les plateaux de télévision, voudraient leurrer les autres. En médecine, tout comme en psychologie, le charlatanisme est toujours de mise.
Voilà pourquoi il serait indispensable que nous puissions dès le jeune âge, lorsque l’éducation sexuelle commence dans les familles et les écoles, non pas seulement traiter de la rencontre fortuite d’un spermatozoïde et d’un ovule, mais aussi expliquer les différences dans la sexualité humaine, apprendre aux jeunes à accepter la variété des comportements sexuels, qui, s’ils sont pathologiques dans certaines de leurs formes (comme la pédophilie ou d’autres formes de paraphilie), ne sont pas nécessairement anormaux quand il s’agit d’un acte volontaire entre des adultes du même sexe.
Apprendre que le sexe est de l’amour et non pas seulement des interdits. Que l’acte sexuel est un acte intime et non un acte public où tout le monde doit avoir son avis. Et finalement que l’intolérance et la discrimination n’ont de corollaire que l’ignorance.

Dr Sami RICHA
Chef de service de psychiatrie à l’Hôtel-Dieu de France

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Tueni Myriam

Et on n'en dira jamais assez !! Plus on en parlera moins ce sera tabou. Merci pour cet excellent article qui j'espère ouvrira les yeux de plusieurs, mais le plus important serait de commencer par changer la loi! Une fois la loi changée, il sera plus facile d'instaurer des plans dans cette direction dans le milieu pédagogique, car finalement, c'est comme ça que nous éduquerons le peuple de demain ;) Et ça urge car la situation est non seulement dégradante, mais peut surtout provoquer de dangereuses réactions mettant aussi des vies en danger (suicides, emprisonnements, maladies, fugues etc... et j'en passe!) Bravo Dr. Richa, j'espère que vos confrères vous suivront!

Michele Aoun

Excellent Dr. Richa!!! Bravo pour toutes vos explications scientifiques et psychologiques! Ceux qui vont contrediraient sont simplement des IGNORANTS! Qu'on laisse les homosexuels en paix! Maintenant, une certaine internaute va me taxer de lesbienne, comme d'habitude:)

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