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À La Une - Liban

Liban : Les députés ont prorogé leur mandat de 17 mois

"Qui vous a donné le droit de proroger votre propre mandat ?", demandent des manifestants.

Le Parlement libanais. AFP PHOTO / HO/ LEBANESE PARLIAMENT

Le Parlement libanais a prolongé son mandat vendredi et reporté les élections prévues en juin en raison de l'incapacité des partis politiques à s'accorder sur une loi électorale mais surtout des profondes divisions suscitées par la guerre en Syrie voisine.

La proposition de loi pour la prorogation, présentée par le député chrétien indépendant Nicolas Fattouche, a obtenu l'approbation de 98 députés, selon la LBC, sur la centaine de députés présents. Elle devrait être publiée dans le Journal Officiel jeudi prochain, toujours selon la LBC.

C'est la première fois depuis la guerre civile libanaise (1975-1990) qu'un tel report a lieu.

 

"La durée du mandat de la législature sera modifiée exceptionnellement pour prendre fin le 20 novembre 2014", indique le texte qui a été approuvé. La raison conduisant à cette prolongation est "la situation sécuritaire dans plusieurs régions libanaises, qui s'accompagne d'une escalade politique et une division qui prend souvent des formes confessionnelles menant à la dissension", explique la proposition de loi. "Les tensions sécuritaires et politiques empêchent la tenue d'une campagne électorale", ajoute-t-on.

La législature de quatre ans devait s'achever le 20 juin et selon la loi, les élections doivent être organisées dans les 60 jours précédant la fin du mandat.

 
Le Premier ministre démissionnaire Najib Mikati a signé la loi vendredi après-midi avant de la remettre au secrétariat général du Conseil des ministres pour qu'elle soit envoyée au palais présidentiel de Baabda. "Le Liban traverse par des moments difficiles, nous sommes tous de cet avis", a-t-il déclaré, peu après la séance plénière du Parlement.
En début de soirée, le président de la République Michel Sleiman a lui aussi signé la loi.

Tous les blocs parlementaires étaient présents à la séance du Parlement, qui a débuté à 15h heure locale, sauf le Courant patriotique libre de Michel Aoun qui refuse la prolongation du mandat du Parlement contrairement à son allié du Hezbollah.

A 15h, les députés du CPL ont commencé à se réunir à Rabieh. A l'issue de cette réunion, le chef du CPL Michel Aoun a déclaré que "les intentions (derrière cette prorogation) sont très mauvaises. Le patriarche maronite (Béchara Raï) et même le président de la République (Michel Sleiman) s'opposent à cette prorogation", a-t-il dit.

Selon M. Aoun, "les raisons présentées pour la prorogation du mandat (du Parlement) ne justifient pas le report des élections législatives". "Nous avons perdu l'équilibre de notre système interne à cause des intérêts externes", a affirmé le chef du CPL.

Le chef du CPL a appelé le conseil Constitutionnel à prendre la bonne décision. "J’espère que le conseil constitutionnel ne commettra pas une faute historique (...)", a-t-il encore dit. Michel Aoun avait annoncé son intention, à l'instar du président Michel Sleiman, de présenter un recours au Conseil constitutionnel en cas de prorogation du mandat des députés.

 

A Beyrouth, le 31 mai 2013, des manifestants dénonçant la prorogation du mandat de
la Chambre, s'attaquent à la voiture d'un député, lui jetant notamment des tomates. REUTERS/Sharif Karim

 

Eviter le vide institutionnel

Le chef du bloc parlementaire du courant du Futur, Fouad Siniora, a, pour sa part, affirmé vendredi que les députés avaient été contraints de "proroger le mandat du Parlement" pour éviter le vide institutionnel. "Cette action était nécessaire pour éviter le vide (institutionnel) et pour éviter la recrudescence des incidents sécuritaires. Ce sont les circonstances qui l'ont imposée", a déclaré M. Siniora à l'issue de la séance plénière du Parlement.

"Nous ne voulions pas la prorogation du mandat du Parlement, et nous n’avons pas cherché à y parvenir. La prorogation viole le mandat accordé par le peuple à ses représentants, qui est limité à un certain temps", a-t-il dit.

 

"Nous n’organiserons pas d’élections conformément à la loi de 1960", a déclaré, de son côté, le député des Forces libanaises (FL), Georges Adwan, à l’issue de la séance parlementaire. "Nous devons nous pencher dès demain sur l’étude d’une nouvelle loi électorale et ne pas attendre la fin du mandat du Parlement et refaire vivre aux Libanais ce qu’ils ont vécus dernièrement", a-t-il ajouté.

 

Ce report intervient après des mois de vaines tractations sur une nouvelle loi électorale, la loi en vigueur, dite de 1960, étant rejetée par plusieurs blocs. Ni la proposition de loi dite du rassemblement orthodoxe, ni le projet mixte ne sont parvenus à faire l'unanimité.

 

Après le vote sur le report des élections, il restera cependant à régler un problème difficile : la formation d'un nouveau gouvernement par le Premier ministre désigné Tammam Salam. Depuis sa nomination le 6 avril, le nouveau Premier ministre a été dans l'incapacité de former un nouveau cabinet, toujours en raison des divisions accentuées par la crise syrienne.

 

(Lire aussi : Salam appelle le Hezbollah à ne pas s'enfoncer dans le conflit syrien)

 

"Nous faisons part du décès de notre regrettée démocratie"

Peu avant le vote, des dizaines de membres de la société civile se sont rassemblés place Riad el-Solh, dans le centre-ville de Beyrouth, pour protester contre la prorogation prévue du mandat du Parlement.

Les manifestants portaient des banderoles fustigeant le vote annoncé des députés.

"Nous faisons part du décès de notre regrettée démocratie" et "Qui vous a donné le droit de proroger votre propre mandat ?", pouvait-on lire sur les banderoles. Certains manifestants ont jeté des tomates sur une banderole portant les portraits des députés libanais ainsi que sur les voitures des parlementaires.

 

Une seconde manifestation se tenait au même moment non loin de là, près du jardin Samir Kassir, organisée par le Rassemblement des candidats indépendants aux législatives, qui étaient prévues le 16 juin.

 

Mercredi, huit blogueurs libanais avait lancé une campagne électorale virtuelle pour dénoncer l'incapacité des politiciens libanais à organiser les législative à la date prévue.

"Vous avez tourné les législatives en dérision ? Nous sommes les rois de la dérision", expliquent les activistes libanais sur le site dédié à la campagne, intekhabet.com. Sous le slogan "Pour que nous baignons dans la démocratie", Hanin el-Siddiq, Ali Fakhri, Salim el-Lawzi, Imad Bazzi, Zeinab Abdel Sater, Omar Kaboul, Fakher Salameh et Mahmoud Ghzayyel "se présentent" sur une même liste virtuelle baptisée "Je suis à vendre". 

    

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Le Parlement libanais a prolongé son mandat vendredi et reporté les élections prévues en juin en raison de l'incapacité des partis politiques à s'accorder sur une loi électorale mais surtout des profondes divisions suscitées par la guerre en Syrie voisine.
La proposition de loi pour la prorogation, présentée par le député chrétien indépendant Nicolas Fattouche, a obtenu...

commentaires (4)

comme quoi, on est jamais mieux servi que par soi-même.

Ali Farhat

21 h 37, le 31 mai 2013

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Commentaires (4)

  • comme quoi, on est jamais mieux servi que par soi-même.

    Ali Farhat

    21 h 37, le 31 mai 2013

  • Ils ne pourront pas par contre prolonger leurs "Lignes de Vie" ! Sauvé, c'est déjà ça....

    Antoine-Serge Karamaoun

    18 h 41, le 31 mai 2013

  • Les deux derniers mois sont révélateurs de la pathétique faiblesse de la classe politique libanaise qui fait montre de sa perpétuelle incompétence, alors que les traîtres et les irresponsables en profitent pour enfoncer encore plus le pays.

    Robert Malek

    16 h 36, le 31 mai 2013

  • Vraie mascarade . Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    15 h 29, le 31 mai 2013

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