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Liban - L’éclairage

Amal et le Hezbollah veulent le vide institutionnel...

Le président de la République Michel Sleiman a choisi le début de la dernière année de son mandat pour s’exprimer à la chaîne Future TV et adresser ainsi des messages à plusieurs parties. Il a aussi voulu mettre les points sur les « i », abordant les sujets délicats avec une grande franchise et un grand sens des responsabilités. Selon un observateur, il a fourni des réponses à des questions épineuses et a défini les options nationales, sans la moindre complaisance, montrant qu’il a vraiment l’étoffe d’un chef d’État.


Il faut d’ailleurs signaler que l’interview du président Sleiman a été précédée d’une tournée effectuée à Ersal, là où l’armée vient d’être la cible d’une agression à l’un de ses barrages proches de la frontière, laissant trois martyrs sur le terrain. Le président Sleiman avait saisi l’occasion de cette visite à Ersal pour affirmer aux soldats qu’ils sont les protecteurs de la paix civile. Ce sont eux qui empêchent la discorde confessionnelle et M. Sleiman les a invités à ne pas s’attarder aux déclarations de certains politiciens qui mettent en doute le nationalisme de l’armée et de son commandement.


Le chef de l’État a tenu à effectuer cette visite à Ersal en dépit des menaces claires du chef d’état-major de l’Armée syrienne libre, le général Idriss, qui a menacé de bombarder le Hermel si le Hezbollah ne retire pas ses troupes de Syrie. D’ailleurs, le président Sleiman a invité Hassan Nasrallah à revoir ses positions à l’égard de la Syrie et à éviter d’entraîner la résistance dans ce conflit, ajoutant qu’il attend toujours la visite de Nasrallah à Baabda pour en parler directement avec lui. M. Sleiman a encore déclaré qu’il penche pour le remplacement de l’équation « armée-peuple-résistance » par la stratégie de défense et la déclaration de Baabda.


Signalons que les ténors du 14 Mars ont condamné la participation du Hezbollah aux combats en Syrie, ajoutant qu’elle a fait perdre à la Résistance la couverture populaire dont elle jouissait, la transformant en une unité chiite au sein des gardiens de la révolution iraniens, dont elle ne semble pas pouvoir enfreindre les ordres. Les sources du 14 Mars estiment d’ailleurs que c’est l’implication du Hezbollah dans les combats en Syrie qui a poussé le duo chiite, Amal et le Hezbollah, à vouloir la prorogation du mandat du Parlement pour une période de deux ans, après avoir fait peur à Walid Joumblatt, pour le convaincre de la nécessité de cette prorogation. Ce dernier a réussi à son tour à convaincre Saad Hariri et le courant du Futur, notamment après les affrontements de Tripoli qui risquent de s’étendre, la tension à Saïda, les roquettes de la banlieue sud de Beyrouth et l’agression de Ersal, sans parler des propos de Rifaat Eid. Les sources du 14 Mars estiment ainsi qu’il existe un lien entre tous ces événements. Ce qui montre une volonté réelle de déstabiliser la scène libanaise.


Le courant du Futur s’interroge toutefois sur le refus du duo chiite d’inclure la formation du gouvernement dans le compromis conclu au sujet de la prorogation du mandat au Parlement. Ce courant estime aussi que maintenant que le nouveau gouvernement n’aura pas pour mission immédiate d’organiser des élections, sa composition doit être différente. Le Premier ministre désigné Tammam Salam devrait revoir ses principes de base. Jusqu’à présent, il a donné la préférence à des noms consensuels ou à des personnalités jugées non provocatrices. Il pourrait maintenir le cap dans ce sens, mais il n’acceptera pas qu’on lui pose des conditions, d’autant que le gouvernement n’est pas un mini-Parlement pour que les blocs parlementaires y soient représentés selon leur poids à l’Assemblée.


Le 14 Mars estime qu’il faut désormais accélérer la formation du gouvernement, rejetant toute possibilité de renflouer l’équipe de Mikati, comme le souhaitent certaines parties au sein du 8 Mars. D’autres craignent aussi qu’il ne soit impossible, dans les circonstances actuelles, de s’entendre sur un nouveau président et que la volonté du 8 Mars de maintenir Nabih Berry à la tête du Parlement, à travers la prorogation du mandat de la Chambre, vise justement à empêcher l’élection d’un président à la majorité simple.


Les milieux du 14 Mars comparent ce qui se passe actuellement dans le pays à un « 7 Mai » d’un nouveau genre, ajoutant que le Hezbollah a perdu une grande partie de l’appui populaire dont il bénéficiait. Surtout dans ses propres milieux. Il ne peut plus désormais que se cacher derrière la crise syrienne, alors qu’il fait l’objet d’une vaste condamnation, locale, régionale et internationale. On parle de le faire figurer sur la liste internationale des organisations terroristes et la précision au sujet de « son aile militaire » est une nuance qui ne trompe personne.
Des milieux sunnites sont d’ailleurs en train de réclamer l’entière liberté pour le Premier ministre de former un gouvernement, tout comme le président de la Chambre chiite est le grand maître des décisions au sein de la Chambre. Ces milieux protestent donc contre les tentatives du duo chiite d’intervenir dans la mission de la formation du gouvernement.


De l’avis de tous les observateurs, l’étape actuelle est particulièrement délicate. Le tandem chiite, Amal et le Hezbollah, a réussi à obtenir la prorogation du mandat du Parlement bafouant ainsi les règles démocratiques. Réussira-t-il à imposer aussi le vide au niveau du gouvernement et de la présidence pour finir par imposer un nouvel accord de Taëf qui, cette fois, serait à son avantage ?

 

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