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Liban - Le commentaire

La prorogation de la législature, un pis-aller préférable à l’affrontement

La prorogation de la législature en place est, à n’en point douter, une mauvaise option. Mais le déroulement des élections législatives dans les délais prévus et sur base de la loi dite de 1960 est certainement pire encore. Les circonstances étant ce qu’elles sont, les résultats du scrutin ne changeraient rien à la donne, en effet, alors même que sa tenue aggraverait les tensions.


Dans les démocraties apaisées, on a recours aux élections afin que le peuple sanctionne ses représentants, de sorte que les résultats de la consultation permettent de sortir de la crise. Au Liban, c’est le contraire qui se passe : le recours aux élections est problématique en soi.
D’abord, il n’y a pas de possibilité d’accord sur une loi électorale tant que chaque formation souhaite connaître sa taille à l’avance. Ensuite, et en tout état de cause, le contexte ne permet toujours pas l’application de la démocratie authentique dans laquelle la majorité parlementaire issue des élections forme un gouvernement homogène et productif et la minorité s’installe dans l’opposition.


Le Liban a longtemps connu un tel système, mais cela n’est plus le cas depuis la tutelle syrienne et, après la fin de celle-ci, du fait de la posture prise par les alliés de Damas rassemblés au sein du 8 Mars. Ce dernier prétend gouverner seul lorsqu’il détient la majorité parlementaire, mais refuse que le 14 Mars en fasse autant lorsque celui-ci détient la majorité. Dans ce dernier cas, le 8 Mars ne se contente pas de chercher à imposer sa présence au sein du gouvernement, mais il insiste aussi pour en détenir le tiers de blocage de façon à ce qu’aucune décision essentielle ne puisse être prise sans son aval. Et le 14 Mars n’a plus dès lors qu’à choisir entre accepter les conditions du camp adverse ou faire face au vide.


Tant que le contexte politique perpétuera cette situation, nombreux sont ceux qui considèrent que la tenue des élections sera inutile. Car à quoi servirait, en effet, un scrutin dont les résultats sont mis en question par le 8 Mars s’ils sont en sa défaveur ? Serait-ce pour entendre, comme en 2009, les dirigeants du 8 Mars répéter que la majorité parlementaire est quelque part et que la majorité populaire est ailleurs ?
En fait, le 8 Mars continuera à jouer à ce jeu tant que la crise syrienne ne sera pas réglée. Par conséquent, sans même parler de l’impossible entente sur une loi électorale et de l’état déficient de la sécurité dans certaines régions du pays – causes suffisantes en soi pour justifier l’ajournement des élections –, la tenue du scrutin dans un tel contexte ne permettrait nullement au gagnant de pouvoir gouverner comme il l’entend, même si les élections se déroulent dans un calme total.


Certes, la prorogation de la législature n’est pas de nature à régler les crises que connaît le Liban. Mais, du moins, elle aurait la capacité de les geler jusqu’au moment où les circonstances environnantes, particulièrement en Syrie, évolueraient dans un sens ou dans l’autre. On souhaite, bien entendu, que cela aille dans un sens permettant de mettre fin à l’anomalie que vit le Liban depuis plusieurs années sur le plan démocratique. Pour cela, il faut que le rapport de force sur le terrain, au sens militaire du terme, cesse d’avoir des effets déterminants sur la marche de la vie politique et démocratique.


Dans l’immédiat, l’effet de la prorogation serait de détendre quelque peu l’atmosphère sur les plans politique, sécuritaire et économique, même si cela est coûteux sur le plan du respect des échéances constitutionnelles. En d’autres termes, le maintien du statu quo au Liban est pour l’instant préférable à toute initiative qui, quoique conforme à la Constitution, serait de nature à secouer le pays et y aggraver les tensions, dont le niveau est déjà suffisamment élevé.
Du même coup, la prorogation aurait un effet plus ou moins bénéfique sur le plan des efforts en vue de la formation du gouvernement et faciliterait aussi le processus de l’élection présidentielle, l’année prochaine. Il y a là deux éventualités : soit une prorogation similaire du mandat du chef de l’État, Michel Sleiman, soit, en cas de refus de sa part, l’élection d’un successeur tout à fait à son image. Dans les deux cas, le chef du CPL, le général Michel Aoun, s’estimerait lésé, d’où son instance à s’opposer à la prorogation de la législature.

 

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