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La Dernière

La Suède incite les pères à rester à la maison...

Société « La parité (...) n’est pas une question exclusivement idéologique, mais économique aussi. »
OLJ/AFP
21/05/2013

Dans un parc du centre de Stockholm, un œil attentif posé sur sa fille Alma endormie dans sa poussette, Anders Weide, la trentaine, attend sur un banc un ami parti changer son fils. Dans la capitale suédoise comme ailleurs dans le pays, l’image n’étonne personne. « C’est très important de voir des pères se promener en ville avec des poussettes, ça donne l’exemple », explique Lars Plantin, sociologue à l’Université de Malmö, spécialiste des questions de parentalité. Une multitude d’études sociologiques montrent que les pères suédois sont plus impliqués que les autres dans la vie quotidienne et les travaux ménagers, relève-t-il.


Déposer et chercher les enfants à l’école, les accompagner à diverses activités mais aussi panser les bobos, rester à la maison pour les soigner lorsqu’ils sont malades et préparer les repas : les pères suédois ne rechignent à aucune tâche et investissent des terrains traditionnellement réservés aux femmes. Depuis 2011, un magazine, simplement baptisé Pappa, est consacré aux hommes qui « aspirent à accorder du temps à leurs enfants ». Au plus haut niveau, le Premier ministre Fredrik Reinfeldt n’a jamais caché sa passion pour l’aspirateur. Son ex-femme, Filippa, a gravi les échelons en politique en même temps que lui. Ils sont parents de trois enfants. En cas de séparation, les parents sont sur un pied d’égalité face aux enfants depuis 1976. « L’idée qui prévaut est que l’enfant va bien quand il a de bonnes relations avec ses deux parents, ce qu’encourage le partage de la responsabilité légale », indique Anna Singer, professeur de droit civil à l’Université d’Uppsala. « Le système encourage les pères à prendre leurs responsabilités, il a éduqué les citoyens », se félicite-t-elle. « La parité est une condition pour que la Suède aille de l’avant. Ce n’est pas une question exclusivement idéologique, mais économique aussi », estime M. Plantin. Les enfants peuvent être pris en charge en collectivité dès l’âge d’un an pour un prix modique. Car le pays estime qu’il « n’a pas les moyens de laisser la moitié de sa population en marge du marché du travail. Il ne s’agit pas de laisser les hommes à la maison mais de faire travailler plus de femmes », précise M. Plantin. D’après Eurostat, le taux d’activité des femmes est en Suède le plus élevé de l’UE, avec 77,2 % en 2011.


La Suède a encore pourtant des progrès à faire dans l’égalité au travail. Selon l’institut statistique national (SCB), si 82 % des enfants ont deux parents qui travaillent, les femmes ne sont que 42 % à travailler à temps plein, contre 74 % des hommes. Quant au symbole même de la politique paritaire, le généreux congé parental de 16 mois (au total pour les deux parents), les mères en prennent plus de 75 %. En 1974, quand il a été instauré, elles en raflaient 99,5 %. L’introduction en 1995 d’un mois réservé à l’autre parent, autrement dit le père, a forcé les hommes à s’investir. En 2002, un deuxième mois leur a été réservé. Aucune excuse pour le père qui n’en profite pas : il a jusqu’aux huit ans de son enfant. « On est dans la bonne direction mais ça va trop lentement », estime Ulrika Haggström, chargée de mission au syndicat des cadres, TCO. Selon elle, au moins trois mois devraient être réservés au père.


Passer du temps avec sa fille, dont il s’occupe depuis janvier, est « naturel » pour M. Weide. « J’aurais loupé la relation que j’ai avec Alma si je ne l’avais pas fait. Nous sommes plus soudés comme famille », affirme cet infirmier, que son employeur laissera reprendre le travail en septembre. L’entourage professionnel n’est pas toujours aussi compréhensif. « Mes collègues, surtout les hommes, n’ont pas bien compris », confie Set Moklint, 31 ans, opérateur dans un centre d’appels d’urgence. Il apprécie le coup de pouce économique de la Sécu, qui verse un bonus aux parents qui partagent équitablement le congé, pendant toute sa durée. « Ça nous fait 120 euros chacun par mois en plus. On l’aurait fait sans ça, mais ça aide ! » affirme-t-il. Selon Lotta Persson, analyste à SCB, l’implication des pères explique aussi le fort taux de fécondité de la Suède. En 2011, avec 1,9 enfant par enfant, le royaume scandinave se place juste derrière l’Irlande et la France dans les statistiques d’Eurostat.

 

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