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À La Une - La Situation

Après le projet orthodoxe, le Parlement enterre son avatar...

Le chef du Parlement, Nabih Berry. Archives AFP

La saison des enterrements se prolonge. On s’interroge encore, dans les couloirs du Parlement, de quel haut-de-forme Nabih Berry a encore pu tirer le bizarre projet de loi mélangeant scrutin majoritaire basé sur la loi de 1960 et scrutin restreint, en vertu duquel les députés sont élus par leurs propres communautés ; un avatar du projet de loi orthodoxe.
Accepté par le CPL, envisagé par les Kataëb, le projet mort-né devait être retiré en soirée par son auteur, après avoir été catégoriquement rejeté par un courant du Futur cohérent avec lui-même. Encore un enterrement de première classe.


Le projet de M. Berry prévoyait le découpage du Liban en 36 circonscriptions, avec élection au scrutin majoritaire de 64 députés (29 chrétiens et 35 musulmans), et au scrutin proportionnel restrictif (version projet de loi orthodoxe) de 64 autres (35 chrétiens et 29 musulmans).
Selon le député Ahmad Fatfat (Futur), le projet accordait 65 sièges au 8 Mars , 53 sièges au 14 Mars, 6 députés au PSP et 4 députés aux allégeances politiques incertaines. « Nous sommes en principe contre le projet de loi orthodoxe, a-t-il dit, et contre le projet de loi de 1960. Alors combien plus contre un projet combinant des éléments de chacun des deux. »


En fin de journée, un sombre scénario était dessiné par le vice-président de la Chambre, Farid Makary. En substance, ce dernier a dit : mercredi, c’était l’enterrement du projet de loi électorale orthodoxe. Jeudi (hier), c’était celui de la loi dite « mini-orthodoxe ». Vendredi (aujourd’hui), ce sera l’enterrement d’un troisième projet de loi mixte mélangeant majoritaire et proportionnelle. Demain samedi celui du principe d’alternance et de la démocratie et le vote en faveur d’une prorogation du mandat du Parlement pour une période de six mois renouvelable (combien de fois, c’est à voir ! ).
Et dimanche ? Dimanche, les Libanais pourront aller se baigner ! Le gouvernement de M. Mikati expédie suffisamment bien les affaires courantes pour qu’on n’ait pas besoin des services de Tammam Salam. Un été tranquille pointe à l’horizon.

 

(Lire aussi : Geagea : La pire des choses qui soit arrivée aux chrétiens, c’est... Aoun)

 Moins de pessimisme
Faisant preuve de moins de pessimisme, le député Ali Fayad (Hezbollah), membre de la commission parlementaire de suivi présidée par M. Berry, a affirmé hier soir que la journée sera mise à profit (deux séances à 13h30 et 18 heures), pour « donner une nouvelle chance au Parlement » et peaufiner des projets de lois mélangeant scrutin majoritaire et proportionnelle, dont celui qui a été avancé par les FL et le Futur, mercredi, dans l’espoir que la formule magique sera trouvée.
« La séance a donné lieu à un examen approfondi et détaillé des projets soumis et nous avons tenté de réduire les divergences. Certains membres de la commission ont demandé à consulter leur leadership sur les résultats obtenus et nous nous reverrons demain », a dit le député.
On sait notamment que le patriarche Raï est informé des développements de la situation principalement par Georges Adwan.
« En tout cas, a dit M. Fayad, Nabih Berry ne soumettra plus au vote en séance parlementaire un projet de loi n’ayant pas l’accord général. »
À toute fin utile, selon M. Fayad, M. Berry a fixé à samedi 10 heures une séance de la Chambre, dans l’espoir que la journée d’aujourd’hui serait fructueuse.

 

(Lire aussi : Bassil : Les Forces libanaises ont trahi Bkerké et les chrétiens)

Surprises possibles
Que l’on soit pessimiste ou optimiste, une prorogation de la Chambre s’impose désormais, conviennent les analystes. L’ouverture des crédits nécessaires à l’organisation des élections n’a pas eu lieu ; les bureaux de vote ne sont pas prêts ; la commission de supervision des élections n’a pas été formée. En l’absence de ces trois éléments, une prorogation, ne serait-ce que technique, du mandat de la Chambre, s’impose désormais, au nom de la continuité des institutions, qu’un accord soit trouvé sur une loi électorale ou pas, précisent ces sources. Mais toute la différence tiendra au fait de savoir si cette prorogation s’effectue après qu’on fut parvenu à un accord sur une loi électorale, ou avant...


En outre, des surprises sont encore possibles. L’attitude du chef de l’État pourrait en être une. M. Sleiman assistera-t-il passivement à l’effondrement de l’alternance à laquelle il a si souvent affirmé tenir ? Que va devenir la loi électorale de 1960, rejetée par beaucoup, mais toujours en vigueur ? Ce sont deux questions qu’il est légitime de poser.
L’ambassadrice des États-Unis, Maura Connelly, a fait entendre sa voix là-dessus, hier, après avoir rencontré successivement Amine Gemayel et Samir Geagea. « Les États-Unis appuient les efforts exceptionnels déployés par des chefs politiques libanais pour préserver les cadres légaux et constitutionnels du Liban et organiser les élections législatives dans les délais qui leur sont impartis », a affirmé la diplomate.
« La démocratie libanaise est une réalisation très précieuse et un pilier essentiel de la stabilité du Liban. Le respect par le Liban des valeurs démocratiques est également un facteur important de la confiance internationale dans le Liban et dans son économie », a ajouté Mme Connelly qui a renouvelé l’attachement de son pays à la stabilité, à la souveraineté et à l’indépendance du Liban.

 

(Lire aussi : Gemayel : Nous soutenons Berry s’il a des propositions pragmatiques)


Joute verbale
La journée d’hier a par ailleurs été marquée par une joute verbale homérique entre le Courant patriotique libre et les Forces libanaises résumée en deux phrases-clés. « La pire calamité qui ait jamais touché le Liban, c’est Michel Aoun », a asséné Samir Geagea. « Les Forces libanaises ont trahi les chrétiens », a fusé Gebran Bassil.
Oui, mais ils les ont trahis pour le Liban ; ils les ont trahis pour mieux les servir ; ils ont emprunté la voie étroite du consensus, sans pour autant toucher au but. Ils ont encore du chemin à faire.

 

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La saison des enterrements se prolonge. On s’interroge encore, dans les couloirs du Parlement, de quel haut-de-forme Nabih Berry a encore pu tirer le bizarre projet de loi mélangeant scrutin majoritaire basé sur la loi de 1960 et scrutin restreint, en vertu duquel les députés sont élus par leurs propres communautés ; un avatar du projet de loi orthodoxe.Accepté par le CPL, envisagé par les Kataëb, le projet mort-né devait être retiré en soirée par son auteur, après avoir été catégoriquement rejeté par un courant du Futur cohérent avec lui-même. Encore un enterrement de première classe.
Le projet de M. Berry prévoyait le découpage du Liban en 36 circonscriptions, avec élection au scrutin majoritaire de 64 députés (29 chrétiens et 35 musulmans), et au scrutin proportionnel restrictif (version projet de loi...
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