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À La Une - Syrie

Le pays alaouite de plus en plus bombardé

Les rebelles attaquent l’aéroport de Damas ; un journaliste américain serait détenu par des agents des services des renseignements.

Avec un pied arraché par une mine lors de combats contre l’armée syrienne, Jamil Lala aurait pu décider de rester en retrait du champ de bataille à cause de son handicap. Mais il a préféré revenir au front avec une prothèse. Ce commandant de l’Armée syrienne libre de 33 ans force l’admiration de ses camarades de combat. Tous se rappellent que, sanguinolent et déchiré par la douleur sur son lit d’hôpital, il n’avait qu’une seule préoccupation : connaître le sort de ses hommes après l’explosion de la mine. C’était lors d’une mission de reconnaissance il y a plusieurs mois dans la province de Lattaquié, fief de la minorité alaouite. Miguel Medina/AFP

Depuis hier, la guerre en Syrie s’est déplacée vers le pays alaouite, avec des bombardements par l’armée de quartiers sunnites de Banias. Dans cette ville, un jeune de 16 ans a été tué et son père blessé par les obus qui se sont abattus sur les quartiers sunnites de la ville, a affirmé l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), qui a précisé que les soldats avaient « ouvert le feu à partir des barrages où ils sont postés ». « Dans la campagne au sud de la ville, les soldats mènent une campagne de perquisitions et d’arrestations, provoquant la panique chez les habitants. Je crains qu’il n’y ait un massacre à Banias comme celui qui s’est produit jeudi à Baida », a précisé le directeur de l’ONG, Rami Abdel Rahmane.
Au moins 51 personnes, essentiellement des civils, ont été tuées jeudi par l’armée syrienne et ses supplétifs à Baida, à la périphérie sud de Banias, selon l’OSDH, qui précise que les décès sont le résultat d’exécutions sommaires et de bombardements. Banias compte 40 000 habitants dont 50 % de sunnites et 45 % d’alaouites, le reste étant des chrétiens et des ismaéliens. Les villages sunnites du sud de Banias abritent environ 20 000 personnes. Les sunnites ne sont que 10 % à l’échelle de la province de Tartous, dont fait partie Banias, contre 80 % d’alaouites.

La tête dans une flaque...
L’OSDH a diffusé une vidéo montrant plus d’une dizaine de corps de jeunes hommes gisant dans une rue, la tête baignant dans une flaque. Plusieurs corps sont entremêlés, selon les images. Selon l’organisation, ce sont les forces supplétives de l’armée, et notamment des chabbiha, qui ont « tué par balles, poignardé ou brûlé » les victimes. « Le régime n’autorisera pas la présence de rebelles dans cette région », a souligné M. Abdel Rahmane.
La Coalition de l’opposition syrienne a dénoncé un « massacre à grande échelle ». L’OSDH a dénoncé « le silence » de la communauté internationale. « Ce massacre purement confessionnel a été perpétré par le régime syrien. L’OSDH demande le transfert du dossier à la Cour pénale internationale, afin de faire juger les assassins du peuple syrien », a réclamé l’ONG.
Face à ces nouvelles violences, la France a dénoncé les massacres perpétrés à Banias, qu’elle a qualifiés de « crime de guerre » commis « par les milices et l’armée », demandant à ce que ses auteurs rendent des comptes « devant la justice pénale internationale ».
Dans le même temps, des rebelles ont tiré vendredi deux roquettes sur l’aéroport international de Damas, touchant un avion stationné et un réservoir de kérosène, selon l’agence officielle SANA. C’est la première fois que les médias officiels font état d’une telle attaque. La route de l’aéroport se trouve à la lisière de zones de combats entre les troupes du régime et les insurgés.

 

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À cause de l’intensité et la violence des combats, cela fait deux jours que le bilan des victimes n’est pas disponible.
Par ailleurs, un porte-parole de la famille du journaliste américain James Foley, porté disparu depuis six mois en Syrie, a affirmé à Boston qu’il serait détenu par des agents des services des renseignements syriens. Le journaliste de 39 ans, qui avait fourni des reportages notamment pour le GlobalPost et l’Agence France Presse, a été enlevé dans le nord-ouest de la Syrie le 22 novembre 2012 et n’est plus réapparu depuis.
Sur un autre plan, le Conseil de sécurité n’est pas compétent pour autoriser les inspections de camps de réfugiés syriens, a déclaré hier le ministre russe des AE Sergueï Lavrov, estimant qu’une telle discussion pourrait représenter une tentative de préparer une intervention étrangère en Syrie.

Le casse-tête
En attendant, l’éventuelle neutralisation de l’arsenal chimique syrien continue d’occuper le monde. Cette neutralisation suppose l’envoi d’une importante force militaire au sol ou des bombardements aériens aux conséquences incertaines, mais implique avant tout de disposer de renseignements fiables et complets, s’accordent à dire les experts. « La première chose à faire est de savoir où les armes chimiques sont stockées et où se trouvent les sites de production. Ça semble évident, mais ce n’est pas facile », assure ainsi David Kay, expert au Potomac Institute. Et selon cet ancien chef des inspecteurs de l’ONU en Irak, « plus le pays s’enfonce dans le chaos, plus cela devient compliqué ». Le plus haut gradé américain, le général Martin Dempsey, l’a reconnu devant le Sénat : sécuriser les armes chimiques syriennes serait ardu « tout simplement parce qu’elles sont déplacées et que les sites de stockage sont assez nombreux ».

 

 

(Eclairage :Entre Assad et les rebelles, Israël à la recherche du moindre mal)


Pour Elizabeth O’Bagy, de l’Institute for the Study of War, « il est impossible de recenser tous les sites », dont certains sont camouflés ou souterrains. La communauté internationale se garde bien d’évoquer une opération à ce stade, s’efforçant déjà de confirmer l’utilisation à petite échelle d’armes chimiques en Syrie. Si la décision était prise d’intervenir pour neutraliser l’arsenal du régime de Bachar el-Assad, estimé à plusieurs centaines de tonnes de gaz moutarde, de sarin et de VX, la tâche s’avérerait immense. « Même dans les meilleures conditions, cela requiert des effectifs très nombreux », simplement pour assurer une surveillance 24 heures sur 24 de chaque site et empêcher toute intrusion, explique David Kay. Ces troupes « peuvent être amenées à se frayer un chemin par la force jusqu’au site, puis le protéger contre toute attaque potentielle pendant que les experts travaillent », abonde Michael Eisenstadt, du Washington Institute for Near East Policy.

 

(Repère :  Armes chimiques : les défis de l’enquête de l’ONU)


Vêtus de tenues de protection, dotés de stations de décontamination, les spécialistes doivent ensuite trouver un moyen de neutraliser les agents chimiques en y ajoutant d’autres produits chimiques pour les rendre inertes ou les figeant dans un carcan de béton. Les incinérer suppose de les transporter dans des installations spécifiquement conçues pour cela. La neutralisation prendrait quoi qu’il en soit « des semaines, voire des mois », selon M. Eisenstadt.
Mais la volonté internationale d’envoyer des troupes sur le terrain semble très faible. Quant à la formation de rebelles syriens pour le faire, « ce serait une dépense massive de temps et d’argent », juge Elizabeth O’Bagy. Le recours aux bombardements aériens semble donc vraisemblable. « Il y a quelques sites qui peuvent être sécurisés par des troupes au sol, mais d’autres qui sont inatteignables et devront être bombardés », estime Michael Eisenstadt.

(Sources : agences)

 

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