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Liban

L’hommage à Ghassan Tuéni, en une soirée émotion à Paris

Mémoire Nassif Hitti, Amin Maalouf et Marwan Hamadé ont pris la parole à l’IMA.
29/04/2013

« Hier, c’est le Liban des années-lumière qui était à l’honneur à l’Institut du monde arabe (IMA), ce soir, c’est un homme de lumière. » Par ces mots, l’ancien ministre Jack Lang, président de l’IMA, a ouvert la soirée-hommage dédiée à Ghassan Tuéni. Une soirée placée sous le signe du souvenir, de l’émotion, mais aussi de la réflexion et de l’analyse. Pour témoigner de leur propre expérience dans leur relation avec le grand journaliste, ambassadeur, ministre et député, président d’université et brillant conférencier que fut le PDG d’an-Nahar – titre phare de la presse libanaise auquel se rattache à jamais le nom des Tuéni –, l’ambassadeur Nassif Hitti, l’écrivain Amin Maalouf et l’ancien ministre Marwan Hamadé se sont retrouvés pour un moment d’échanges, animé par l’historien Gérard Khoury. Au 9e étage de l’IMA, dans la salle du Haut Conseil, un public compact et attentif est venu écouter les conférenciers débattre de la pensée et de l’action de celui qui, à travers les multiples fonctions qu’il a occupées, fut le porte-étendard du Liban dans ce qu’il a de meilleur. Entourant sa femme Chadia Tuéni, l’ancien ministre Ghassan Salamé, les ambassadeurs Boutros Assaker et Khalil Karam, l’ancien ambassadeur de France au Liban Denis Pietton, l’avocat Basile Yared, et un aréopage franco-libanais éminent. Amin Maalouf donne le « la » en évoquant ses souvenirs personnels et familiaux, son entrée en journalisme et ce que Ghassan Tuéni représentait pour sa génération, notamment en termes de « leçons de courage et d’indépendance d’esprit ».


Suit un minifilm de quelques minutes retraçant le parcours de Tuéni, cet « Arabe chrétien », comme il se plaisait à le répéter, qui se rattachait à un double patrimoine ayant à ses yeux une valeur universelle de dialogue et de richesse. En quelques minutes, dans un silence recueilli, défilent les images denses, riches et poignantes d’une vie qui ressemble à une tragédie grecque, où le stoïcisme et la foi d’un géant défient les coups terribles que lui porte le destin. Une même émotion étreint la salle.

Nassif Hitti : hommage au diplomate et à l’homme d’État
C’est avec des mots justes et une analyse percutante de l’œuvre diplomatique de Ghassan Tuéni que l’ambassadeur Nassif Hitti livre son témoignage personnel de jeune stagiaire en diplomatie à New York, auprès de celui qui fut à l’origine de la résolution 425 de l’ONU (adoptée le 19 mars 1978 à la suite de l’opération israélienne au Sud-Liban, et appelant au retrait inconditionnel des forces israéliennes du territoire libanais). Pour Hitti, l’homme politique engagé était aussi un « intellectuel provocateur ». « Il était un opposant même quand il était au pouvoir, et un commis de l’État et de la raison d’État même quand il était dans l’opposition », résume-t-il. En diplomate averti, il décrit comment Ghassan Tuéni, « représentant à l’ONU un petit pays en état de guerre et de déchirure », qui se situait « au cœur d’un Moyen-Orient de tous les conflits (...) où les rêves d’empires des grands et des moins grands font le cauchemar des petits », et désirant faire en sorte que le Liban « ne reste pas l’otage des enjeux des puissances et devienne un lieu de débat plutôt qu’un champ de combats », comment donc Ghassan Tuéni « appelait fermement à une politique étrangère de neutralité positive », une « politique dont on a plus que besoin aujourd’hui ».

« Porte-parole »
« Au service d’une telle politique, Ghassan croyait et exerçait la diplomatie de la puissance douce, celle de la présence rayonnante et active dans les instances internationales, de l’engagement dynamique dans les enjeux qui intéressent l’avenir de l’humanité, de l’action pro-active plutôt que réactive... » poursuit Hitti. Et de rappeler que Ghassan Tuéni était aussi « le porte-parole des droits nationaux légitimes du peuple palestinien et de la nécessité de faire respecter les résolutions de l’ONU pour régler le conflit israélo-arabe ». Citant le président Charles Hélou, pour qui « les discours de Ghassan sont des plaidoyers qui vont au-delà du message conjoncturel, et sont porteurs de réflexions profondes », Hitti conclut en s’adressant au « maître et ami » : « Je voudrais vous redire, moi, enfant de cette génération perdue et pourchassée par toutes les guerres, les nôtres et celles des autres qu’a connues mon pays, ma conviction que votre rêve et votre volonté de bâtir un avenir différent pour notre Liban, pour les générations futures, resteront pour tous ceux qui t’ont admiré et porté dans leur cœur, une force pour réussir le pari d’un Liban meilleur. » Et quand s’étrangle un sanglot dans sa voix, l’ombre immense du disparu semble traverser la salle, d’où l’on aperçoit la Seine et les toits de Paris, et le ciel gris troué des faisceaux lumineux du couchant.


Alors Marwan Hamadé, le beau-frère, l’ami, le complice et le compagnon des combats journalistiques et politiques, prend la parole, pour délivrer son témoignage et son propre hommage, faisant défiler l’épopée d’une vie et ses leçons d’humanisme, l’histoire d’une famille qui condense en elle toute la richesse de la diversité. C’est la gorge nouée d’émotion que les personnes présentes ont relu ou redécouvert, à travers Marwan Hamadé, toute la beauté et la cruauté d’un destin étroitement lié à l’histoire de son pays et gravé dans la mémoire de son peuple. Ce peuple dont Ghassan Tuéni avait été le porte-parole à la tribune de l’ONU, le jour où il avait lancé son célèbre cri : « Laissez vivre mon peuple ! »

 

Pour mémoire

Un nouveau timbre en hommage à Ghassan Tuéni

 

Les pairs de Ghassan Tuéni se souviennent

 

Quelques écrits de Ghassan Tuéni

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