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Danielle Arbid vs l’État libanais

Censure Sabine Sidawi, responsable d’Orjouan Productions, et Danielle Arbid, réalisatrice du film « Beirut Hotel », ont intenté un procès contre l’État libanais. Une « première » en soi pour toutes les affaires classées de la censure.
05/04/2012

Le film de la cinéaste Danielle Arbid Beirut Hotel est encore interdit de projection dans les salles beyrouthines. Tourné en 2011, il était prévu pour janvier 2012. Selon la Sûreté générale, ce film est une atteinte à la sécurité du pays ( !) et devrait être censuré. Pourtant, jusqu’à présent, ce long-métrage a été visionné par des milliers de Libanais soit sur la chaîne Arte (coproductrice du film), soit en version DVD – pour le coût de deux mille livres libanaises seulement. Il a été même projeté au Festival international du film de Dubaï et, jusque-là, pas de traces de guerre civile ni de pugilats, ou de guerres intestines en vue !


Pourquoi donc se demande-t-on (et on est en droit de s’interroger comme tout Libanais cultivé) cette longue cabale d’apparence organisée contre ce film de la part de la Sûreté générale et, par conséquent, d’un gouvernement qui se dit défendre haut et fort les libertés, notamment celle de la parole ?


Sabine Sidawi, responsable d’Orjouan Productions, a bien voulu répondre aux questions de L’OLJ et retracer l’aventure de Beirut Hotel qui n’est ni un film politique ni même une œuvre provocatrice et qui répond par contre à toutes les normes du septième art.


« C’est un film de fiction, n’a-t-on cessé de répéter à la Sûreté générale qui insistait pour qu’on charcute des extraits de ce long-métrage », avoue Sidawi. La productrice rapporte par ailleurs des propos argués par les responsables de cette même Sécurité qui semble confondre réalité et fiction, tels que « d’où détenez-vous vos informations? Pour quel parti travaillez-vous? » Ou encore cette phrase qui sonne creux : « Pour le bien du Liban. » « Selon la loi de la censure qu’on a bien relue, poursuit la productrice, la Sûreté n’a pas le droit de censurer sur base du scénario. Par ailleurs, j’ai été convoquée plusieurs fois pour parler de ce film, mais la convocation prenait l’allure d’un interrogatoire et non d’un simple “chatting”. Et pourtant nous avons bien révélé nos intentions et Danielle Arbid n’entendait en aucune façon faire un film politique. »


« Beirut Hotel est d’abord un film d’amour sur fond d’un thriller politique, précise Sidawi. C’est pourquoi nous n’avons jamais eu recours à des politiques pour nous aider. Bien au contraire. Après avoir présenté un recours gracieux au Premier ministre, lequel n’a pas été entendu, il nous a semblé bon de nous référer à la justice. C’est pourquoi nous avons fait appel au Conseil d’État et nous attendons à présent une réponse. »


C’est la première fois qu’un procès contre l’État libanais a lieu. Il est en effet temps que les responsables qui font souvent la politique de l’autruche se rendent compte que les Libanais sont un peuple adulte et mûr. Laissons-leur le droit de s’exprimer et donner leur avis sur une œuvre artistique.


« Cette procédure juridique, conclut Sabine Sidawi, a plusieurs objectifs. Elle est tout d’abord un premier pas pour la liberté. Elle devrait donc annuler la décision de censurer Beirut Hotel et amorcer une nouvelle loi de censure moins floue, plus nette et plus équitable concernant toutes les œuvres artistiques et littéraires. »

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