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La Dernière

« Watercolor », une bouteille à la mer

Vient de paraître Mazen Jannoun a sillonné le Liban du Nord au Sud, un appareil photo suspendu au bout de ses émotions. Il a ramené de ce voyage des images qui décrivent sans artifices la fascination mais aussi la colère qu’il a ressenties à chaque escale. Il les a réunis dans un livre intitulé « Watercolor, la côte libanaise »* aux éditions Tamyras.
Carla Henoud | OLJ
23/01/2012
On la regarde sans plus vraiment la voir, comme un paysage familier, rassurant, comme un ami d’enfance qui est là pour la vie. Et pourtant, la mer, «notre» mer, que l’on ne voit même plus danser, semble se diluer dans nos mémoires comme une aquarelle qui perd un peu plus de ses couleurs. Car, en la regardant, la nostalgie se transforme par endroits en révolte tant ce trésor a été souillé, abandonné à l’irresponsabilité de certains ou à la passivité des autres.
C’est pour voir, comprendre, constater et témoigner que le photographe Mazen Jannoun a entrepris cette aventure. Pour mettre le doigt sur la plaie, accuser en montrant. Durant ces années d’errance, il verra le meilleur et le pire, des bords de mers sublimes et des coins insultés car totalement défigurés. «La terre est un cadeau irremplaçable que nous fait Dieu. Libre à nous d’en faire ce qui nous plaît», dit-il dans la préface. Le jeune reporter, lui, a choisi de mettre son talent au service de la bonne cause. Tenter de sauver notre littoral en dénonçant, en soulignant par de très belles photos les sites encore préservés mais aussi ceux qui ne sont plus qu’amas de détritus.
Féru de photo depuis l’âge de 16 ans, Mazen Jannoun a travaillé pour de nombreux magazines avant de se spécialiser dans les photos de publicité et d’architecture. «Un livre, avoue-t-il, est une œuvre plus complète que des parutions dans la presse. Un témoignage plus complet, qui reste. J’adore la mer, poursuit-il. J’ai décidé de faire un travail très spontané qui n’a rien d’un guide touristique, d’un calendrier ou de cartes postales. Mon travail est en quelque sorte un portrait de la mer, ses beautés et ses laideurs.»
Ces chroniques d’une mort annoncée, il les a réunies dans un très beau livre baptisé Watercolor. La centaine de clichés constituent une infime partie de tout ce qu’il a pris depuis 2007. «Pas de changements en 4 ans dans l’état des lieux, constate-t-il. C’est le même pire, dit-il désespéré. J’ai voulu également montrer les contrastes entre le bord de mer au Sud, encore sublime, et les horreurs autour de Beyrouth.» Sur plus de 200 pages, un texte en français et anglais signé Maureen Ali introduit les différents chapitres. Textes courts, sensibles et personnels qui racontent les différentes étapes du voyage de Mazen Jannoun. Ses impressions qui passent du désespoir à la mélancolie, à l’espoir qui, dit-il, nous donne tous des ailes. Pas de légendes pour ces photos réussies, où une vache, un pêcheur, un fumeur de narguilé, un bébé, des Bédouins qui sourient, des surfeurs, une fille qui court, une femme à sa fenêtre, une église, un minaret, une usine, des poubelles, témoignent du meilleur et du pire. À l’image du Liban.
Cet acte à la fois artistique et citoyen a été encouragé par Tamyras, la maison d’édition qui monte, qui monte, également intéressée à participer à sa façon à la sauvegarde du littoral. Et de préciser: «Ce projet est bien plus qu’un livre. Et ce livre est vraiment et pleinement un projet. Projet de vivre ensemble du Nord au Sud, au bord d’une mer qui nous rassemble. À partir de ce livre, bâtir une campagne qui prône le vivre-ensemble et le respect de notre mer et de notre environnement devient un projet édifiant. Un projet déclinable à l’infini.»
Durant l’année à venir, Tamyras, BankMed et l’association écologique Bahr Loubnan vont poursuivre leur engagement dans toutes les régions du Liban, en faisant un travail d’éveil auprès des écoles, en organisant des expositions itinérantes avec les photos de Mazen Jabbour. En espérant, surtout, être écoutés.

*« Watercolor » est en vente dans toutes les grandes librairies.

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