L’édito de Abdo CHAKHTOURA

Les oublis coupables

03/03/2009
Le voilà, enfin, ce tribunal international chargé de juger les commanditaires du meurtre et les assassins de Rafic Hariri. Pour connaître ce jour, il a fallu qu'une kyrielle de martyrs, qui militaient pour la vérité, suive l'ancien Premier ministre sur le chemin de la mort.
Il a fallu aussi et surtout faire face et surmonter les multiples embûches semées par le 8 Mars, allié de la Syrie, pour empêcher la création de cette instance ou du moins retarder son avènement autant que faire se pouvait, dans l'espoir insensé de jours meilleurs favorables à leurs souhaits.
Faudra-t-il rappeler que pour cela la république et ses institutions ont été paralysées politiquement et financièrement pendant près de deux ans ? Qu'une atmosphère permanente d'insécurité a été entretenue par cette opposition qui a même tenté d'encercler tout Beyrouth après le Sérail et de couper les accès à l'aéroport (comme l'avaient fait les Israéliens en 2006) pour saborder le tribunal ?
Faut-il aussi rappeler qu'après l'assassinat de Gebran Tuéni, les ministres du 8 Mars se sont rapidement dépêchés d'abord de bouder dans leur coin, ensuite de démissionner carrément dans une tentative de paralyser le gouvernement et l'empêcher d'accélérer la procédure de création de ce tribunal ?
À ceux qui ont rapidement oublié ou qui sont encore dubitatifs, faudra-t-il rappeler le rôle du chef d'Amal, Nabih Berry, par ailleurs deuxième personnage de l'État, qui a longtemps bloqué aux portes du Parlement le projet du tribunal et qu'il a fallu en référer au Conseil de sécurité des Nations unies pour que l'instance judiciaire internationale voie finalement le jour ?
Faudra-t-il se souvenir des dizaines de déclarations des personnalités de l'opposition qui jetaient le doute sur le travail de la commission d'enquête et son impartialité dans le but de la disqualifier et l'accuser de politisation. Faudra-t-il taire dans nos mémoires les concerts de protestations et de contestations qui s'élevaient dans ce même camp à chaque fois qu'un suspect était connu ou détenu pour les besoins de l'enquête ?
Faudra-t-il rappeler les campagnes orchestrées contre Detlev Mehlis, le premier des enquêteurs, lorsqu'il a dégagé une piste syrienne avec des noms que Kofi Annan a ordonné de supprimer du premier rapport d'enquête pour ne pas alimenter ces campagnes ?
Disons, pour rappel, que L'Orient Le Jour avait publié cette liste - tirée de la première mouture du rapport non expurgé - qui comportait les noms des principaux dirigeants sécuritaires syriens considérés comme suspects, dont Assef Chawkat, le beau-frère du président Bachar el-Assad, et que la rédaction du journal n'a reçu aucun démenti à ce sujet. Disons, également pour rappel, qu'aucun des rapports successifs qui ont suivi celui de Mehlis n'a remis explicitement en cause cette piste et ces noms.
Plus près dans le temps, n'est-il pas troublant que le Hezbollah accuse la justice libanaise de détenir injustement les quatre généraux suspectés, pour le moins d'avoir cherché à effacer les indices après l'attentat contre Hariri et ses compagnons en ordonnant notamment l'évacuation des voitures du convoi de la scène du crime dans le souci, ont-ils dit, de rétablir la circulation ?
Est-il vrai, comme l'assurait le journal Le Monde démenti le lendemain par le parti de Dieu, que huit cadres du Hezbollah ont refusé de comparaître et d'être entendus par la commission d'enquête internationale ? Qu'en est-il des informations du même journal selon lesquelles trois militants hezbollahi ont été identifiés comme tels par les services hollandais alors qu'ils photographiaient les alentours du siège du tribunal à La Haye ?
Faudra-t-il répéter la litanie des noms, journalistes, hommes politiques ou militaires, qui ont entretenu la flamme au prix de leur vie afin que justice soit faite ? Faudrait-il oublier nos amis, nos frères et d'autres braves irréductibles qui, pendant trois ans, sont tombés au champ d'honneur pour que vive ce tribunal ?
Faudra-t-il oublier certains juges libanais qui vivent au quotidien, mais avec un grand courage, la hantise d'être tués pour avoir participé à l'enquête ou pour devoir siéger au tribunal ? Ceux-là sont les derniers des Mohicans d'une corporation longtemps bafouée, mais qui est décidée à récupérer ses lettres de noblesse ternies par l'occupant syrien et ses collaborateurs locaux.
Oublier, c'est jouer le jeu des assassins, syriens ou pas, qui doivent impérativement être démasqués et sanctionnés. De là où ils se trouvent, les martyrs les connaissent déjà. Les électeurs du 7 juin prochain aussi !

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