Rechercher
Rechercher

Culture - Photographie

Sirine Fattouh, ou l’errance beyrouthine en noir et blanc

Sous le titre « Errance », Sirine Fattouh, jeune artiste plasticienne, photographe et vidéaste, expose, pour la première fois en solo à la Galerie Roy Sfeir, rue de Seine.

Il s'agit là des photos de l'univers beyrouthin de Sirine Fattouh : façades d'immeubles vérolées par les traces de balles et d'obus, carcasse du Holiday Inn, avec son alignement de béances en guise de fenêtres, mais aussi des maisons intactes, des terrains vagues et le petit port de Aïn el-Mreissé. Sous l'œil implacable de l'objectif, ces endroits inspirent l'abandon. Moches et mal entretenus, ils ont l'air d'être détruits. La photographe a délibérément choisi le noir et blanc pour accentuer l'impression de désolation dans des lieux a priori non touchés par la guerre qui lui sont familiers. Même la guitare de l'ancien Hard Rock Café, sur la façade du Concorde, semble égrener des notes mélancoliques. « J'ai voulu poser un nouveau regard sur mon environnement proche, explique Sirine Fattouh. Mon but est de restituer au spectateur mon impression, qui est celle du vide. Ces lieux désolés me touchent, me parlent, car j'y ai grandi. Je ne comprends pas que les gens trouvent cela triste. »
La jeune femme fait partie d'une génération d'artistes qui interpelle la mémoire des Libanais, met sous leurs yeux des images qu'ils veulent oublier ou ignorer. La démarche artistique de Sirine Fattouh est inspirée par la guerre comme l'a été son enfance. Ayant vécu à Zarif, elle quitte le Liban en 1989 à l'âge de 9 ans pour la France, retourne au pays en 1993, et regagne Paris en 2000, afin d'y poursuivre des études à l'École nationale supérieure d'arts de Paris-Cergy. Armée de son diplôme, elle met en scène son père dans un court métrage personnel, où elle raconte son désarroi de cet homme et son morne quotidien depuis que les combats dans le centre-ville ont fauché la librairie qu'il y tenait et ses économies. Quelque temps plus tard, l'artiste part recueillir à Damas, où sa grand-mère maternelle s'est éteinte, le souvenir de sa présence dans des clichés en couleur chargés de tendresse et d'émotion, eux aussi exposés à la galerie Roy Sfeir. « Depuis, j'ai délaissé la photographie », révèle-t-elle. « Je ne fais plus que des moyens métrages car j'ai besoin du mouvement et de la parole. »
Des projets, elle n'en manque pas. Après avoir participé au Beirut Art Center, l'an dernier, et au festival « Né à Beyrouth », en 2007 et 2009, avec les projections de Remake et temps morts, après avoir exposé au Centre culturel français (2008) son projet de diplôme, Vous écrire, mélange percutant de textes et de photos traduisant une recherche personnelle, elle présente actuellement, toujours à Beyrouth, à la galerie The Running Horse, un projet-vidéo intitulé Perdu/Gagné, regroupant les témoignages de femmes vivant au Liban.
Enseignante en arts plastiques et sciences de l'art à l'Université de Paris-1-Panthéon-Sorbonne, elle prépare un film où elle privilégie l'esthétique, à travers des impressions visuelles soutenues par des morceaux de musique inédits. Elle envisage aussi de tourner un film sur les disparus de la guerre.
Sirine Fattouh a choisi la voie ardue de la création libre, qui véhicule un message et ne fait pas de compromis à des fins commerciales. « Je ne peux pas me mentir, dit-elle. L'essentiel est de rester fidèle à soi-même. »
Cette authenticité lui vaut de tracer son chemin dans un langage singulier, qui lui est propre, et qui est déjà sa marque de fabrique. L'espace que lui consacre Roy Sfeir dans sa galerie parisienne, habituée à promouvoir un art plus figuratif, en témoigne. « Cette artiste de la nouvelle génération a beaucoup de talent, explique-t-il. Je me fais plaisir à moi-même en exposant son travail. »

Il s'agit là des photos de l'univers beyrouthin de Sirine Fattouh : façades d'immeubles vérolées par les traces de balles et d'obus, carcasse du Holiday Inn, avec son alignement de béances en guise de fenêtres, mais aussi des maisons intactes, des terrains vagues et le petit port de Aïn el-Mreissé. Sous l'œil implacable de l'objectif, ces endroits inspirent l'abandon. Moches et mal entretenus, ils ont l'air d'être détruits. La photographe a délibérément choisi le noir et blanc pour accentuer l'impression de désolation dans des lieux a priori non touchés par la guerre qui lui sont familiers. Même la guitare de l'ancien Hard Rock Café, sur la façade du Concorde, semble égrener des notes...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut