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Culture - Lecture

Le livre introuvable d’un auteur caché

Un livre publié en tirage limité, sous la signature d'un pseudonyme, et distribué uniquement aux proches, a priori il ne serait guère justifié d'en parler. Mais il s'agit d'un livre drôlement bien écrit et que l'on aurait souhaité pouvoir offrir ou recommander, et donc trouver en librairie.
Sous le titre poétique Ruptures vespérales, Michel Delescure nous entraîne dans une curieuse promenade à l'intérieur de soi. Curieuse dans la double acception du terme : singulière mais, aussi, animée du désir de comprendre.
Avec une pudeur infinie, l'auteur s'excuse presque d'écrire et, bien qu'il peine à se livrer, il doit subir les assauts des mots réprimés, sous l'urgence du temps qui passe et de la mémoire trop longtemps refoulée. « C'est la peur qui me fait écrire, une phobie de l'absence », confie-t-il.
Le style tout en élégance et retenue exsude malgré lui les expériences vécues par son sculpteur - car il s'agit bien ici d'un sculpteur de mots, mais aussi de la pensée. On devine un homme érudit, à la vie bien remplie, en proie à une lutte ouverte entre le besoin d'écrire et celui de ne pas se révéler. Mais « cette nécessité de dire étant le propre de toute identité », il se laisse emporter par le flux de l'écriture qui va le révéler, voire le trahir, puisqu'il le vit ainsi. Ses premières pages expriment son étonnement devant la vie propre des mots, les divers sens qu'ils prennent quand on les écrit puis quand on les lit. On dirait l'émerveillement de l'homme ayant inventé le premier alphabet. Il en découvre le pouvoir de séduction, la capacité à « dominer les esprits, les forçant à une sorte de capitulation ».
Mais des mots pourquoi faire ? C'est à un voyage intérieur que nous convie Michel Delescure, à la rencontre des divers personnages qui furent lui-même. « Pourquoi n'ai-je pas accompli ce qu'ils attendaient de moi ? Est-ce moi qui les ai trahis ou eux qui ont trop facilement cédé au sort qui fut le leur et le mien ? », s'interroge-t-il. Le ton est mélancolique, la réflexion philosophique. Une réflexion sur la condition humaine, le rapport au corps, avec ses aspirations démesurées et ses limites. « Je suis homme, l'infini me hante. »
Ruptures vespérales est un brillant questionnement sur l'amour, la religion, le hasard, la mort. Mais aussi sur l'intelligence humaine, le déterminisme, les progrès de la science, l'avenir de la planète et celui de l'homme. Loin d'être une rupture, cette méditation au soir d'une vie (à « l'équinoxe du dernier automne » ) veut raccorder les pièces de ce puzzle qu'est une vie humaine. Une vie qui retourne immanquablement à son point de départ, de nouveau-né dans les bras de sa mère. « Qui pourrait nous dire, ô mère, l'aboutissant de cette venue au monde et de ces milliards d'issues par lesquelles nous en sommes expulsés ? » Comprendre pourquoi nous sommes ici-bas et ce qui nous attend dans l'au-delà...
Jonglant avec ces attributs uniques de l'homme que sont les mots, l'auteur trouve de multiples pistes dans l'exploration du moi et l'expression de soi. « Les mots changent de consonance pour peu qu'ils changent de place à l'intérieur des paroles qui les utilisent. » Mais changent-ils pour autant la vie de celui qui les écrit ? Ou son reflet dans son miroir ? Ou bien se contentent-ils de traduire cette identité plurielle de l'homme que Michel Delescure revendique avec étonnement et perplexité ?
« Qui suis-je ? », se demande l'auteur. La tentation est grande de détourner le fond philosophique de la question vers le jeu de piste identitaire. Issu d'une grande famille politique, ayant lui-même occupé des postes de premier plan, amateur de musique classique et de littérature, fuyant les mondanités mais recevant chez lui amis et intellectuels, avec un raffinement qui lui est propre, sa présence distinguée est de celles que l'on remarque en premier où qu'il se trouve.
En aurais-je trop dit ? « Pourtant ce besoin de parler reste inassouvi » et « le besoin de dire passe l'intention de taire, même quand le silence aurait mérité l'or qu'on lui prête »...
Sous le titre poétique Ruptures vespérales, Michel Delescure nous entraîne dans une curieuse promenade à l'intérieur de soi. Curieuse dans la double acception du terme : singulière mais, aussi, animée du désir de comprendre. Avec une pudeur infinie, l'auteur s'excuse presque d'écrire et, bien qu'il peine à se livrer, il doit subir les assauts des mots réprimés, sous l'urgence du temps qui passe et de la mémoire trop longtemps refoulée. « C'est la peur qui me fait écrire, une phobie de l'absence », confie-t-il. Le style tout en élégance et retenue exsude malgré lui les expériences vécues par son sculpteur - car il s'agit bien ici d'un sculpteur de mots, mais aussi de la...
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