La route de Dahr el-Baïdar, dans la Békaa, près de la route internationale reliant le Liban à la frontière avec la Syrie. Photo prise le 7 août 2026/Ministère des Travaux publics
Les services de renseignements de l’armée et des Forces de sécurité intérieure (FSI) poursuivent assidûment leurs investigations dans l’affaire des centaines de kilos d’explosifs saisis début octobre à bord d’un véhicule à un barrage de Dahr el-Baïdar, à la jonction entre la plaine de la Békaa et Beyrouth, indique une source judiciaire à L’Orient-Le Jour. Les enquêtes sont menées sous la supervision respective du commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, Claude Ghanem, et du procureur général près la Cour de cassation, Ahmad Rami el-Hajj.
Selon nos informations, ce dernier a demandé au juge Ghanem une copie du procès-verbal des investigations menées par les services de renseignements de l’armée, qu’il a transmise aux Forces de sécurité intérieure. L’objectif est de permettre à ces dernières d’exploiter les données recueillies, de procéder à des recoupements et d’assurer le suivi des pistes susceptibles de faire avancer l’enquête, notamment en vue d’identifier les personnes impliquées dans l’acheminement de la cargaison d’explosifs, ainsi que ses destinataires. À ce jour, seuls les deux occupants du véhicule saisi ont été arrêtés. Ils ont affirmé plus d’une fois aux enquêteurs qu’ils sont affiliés au Hezbollah.
Ils ont toutefois nié connaître l’identité des expéditeurs et des destinataires finaux des explosifs, affirmant également ignorer le dépôt d’où ceux-ci auraient été sortis et celui où ils devaient être acheminés. La source interrogée décrit ce procédé comme une « boîte aux lettres morte », à travers laquelle la transmission est indirecte et clandestine.
« Sajed » et « Zoulfikar »
L’un des suspects a indiqué que « Hajj Sajed » l’a contacté à travers le téléphone portable de son épouse, pour lui confier la mission de récupérer les explosifs sur une route de Baalbeck, afin de les faire ensuite parvenir à « Hajj Zoulfikar », dans une rue de la banlieue sud de Beyrouth. La source interrogée indique, à ce propos, que de nombreux membres de parties sécuritaires et militaires ne sont connus qu’à travers leurs surnoms, ce qui, note-t-elle, complique considérablement l’identification des personnes impliquées.
La tâche des enquêteurs serait d’autant plus complexe que les téléphones portables utilisés présenteraient certaines particularités techniques, notamment l’utilisation de codes à deux ou quatre chiffres (« 2 digits » et « 4 digits ») qui compliquent le traçage des communications et l’identification des interlocuteurs. La source n’exclut pas non plus l’existence d’un réseau de communication interne, distinct des réseaux téléphoniques classiques, qui rendrait encore plus difficile la reconstitution des échanges et l’identification des utilisateurs.
La piste syrienne n’est pas écartée, ajoute la source précitée, qui établit un parallèle avec l’affaire des 200 kg d’explosifs saisis lundi à al-Qasr (Hermel) alors qu’ils étaient transportés à dos d’âne, et dont les convoyeurs auraient pris la fuite en direction de la Syrie, à l’approche d’une patrouille de l’armée sur les lieux. Elle va jusqu’à évoquer la possibilité que les explosifs saisis à Dahr el-Baïdar aient été vendus par des parties syriennes qui auraient ensuite elles-mêmes alerté les autorités sur leur existence, dans le but de tendre un piège aux passeurs. Une hypothèse qui reste toutefois à vérifier, souligne-t-elle.
Et de relever, enfin, que le véhicule aurait pu franchir sans encombre le barrage de contrôle des FSI à Dahr el-Baïdar si les circonstances n’avaient pas voulu qu’un agent lui ordonne de s’arrêter alors que son collègue l’avait autorisé à poursuivre son chemin.

