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Culture - 7E Art

À Aflam, les images de Jocelyne Saab retrouvent une nouvelle vie

À l'occasion du festival qui se déroule à Marseille jusqu'au 18 octobre, des rushes inédits filmés par cinéaste libanaise ont été diffusés avant une soirée qui lui sera consacrée ce jeudi.

À Aflam, les images de Jocelyne Saab retrouvent une nouvelle vie

« Ghazl al-Banat » (« L’Adolescente, sucre d’amour »), fiction de Jocelyne Saab tournée à Beyrouth et sortie en 1985, sera projetée à Aflam dans sa version restaurée en 4K. Photo fournie par le festival

Les archives ne doivent pas rester des objets figés, mais devenir une matière disponible pour la création et la mémoire. Pour sa 13e édition, le festival marseillais Aflam, consacré aux cinémas des mondes arabes, fait de cette idée le fil conducteur de sa programmation, au cœur de laquelle figurent les images de Jocelyne Saab (1948-2019). Inscrite dans la Saison Méditerranée 2026, cette édition réunit 52 films et propose de mettre en dialogue patrimoine et création contemporaine.

Des images inédites à découvrir

Lors d’une soirée consacrée à la cinéaste et journaliste libanaise Jocelyne Saab, le public a pu découvrir des images rarement accessibles, dont quinze minutes de rushes inédits du siège de Beyrouth en 1982. On y découvre le regard de la cinéaste à travers des séquences qui se déroulent parfois dans un silence total, ce qui les rend d’autant plus poignantes.

Après des années de recherche et de numérisation menées par l’association Jocelyne Saab, ces images ont été retrouvées parmi les négatifs d’un long-métrage de fiction. « Elles ont été récupérées, numérisées et intégrées aux archives. L’objectif est désormais de les préserver pour les mettre à disposition des artistes », explique Mathilde Rouxel, directrice artistique du festival et présidente de l’association Jocelyne Saab.

Mais l’enjeu dépasse la redécouverte d’images. Il s’agit de comprendre comment la cinéaste construisait son regard et transformait l’actualité en récit documentaire. Son cinéma laisse place au doute et à la discussion. Cette approche trouve une résonance particulière aujourd’hui, alors que les images de guerre circulent en continu sur les réseaux sociaux : « Le cinéma est une réflexion. Là où l’image immédiate documente un fait, le film invite le spectateur à prendre du recul et à interroger ce qu’il voit », selon Mathilde Rouxel, qui explique que « Jocelyne Saab ne filme pas la guerre comme le font les films militants, c’est une autre forme de dénonciation.

La destruction est partout, mais elle choisit de ne pas filmer les morts. Elle cherche plutôt la vie et ce qui jaillit malgré tout dans ce pays, c’est-à-dire la résilience ». Autre temps fort de la soirée : la présentation du making of de Ghazl al-Banat, son film de fiction tourné à Beyrouth et sorti en 1985. L’œuvre sera diffusée le 15 octobre au cinéma La Baleine, dans sa version restaurée en 4K.

Les archives comme mémoire vivante

D’autres films de la programmation prolongent cette réflexion sur la mémoire. Avec Le Jour de colère : contes de Tripoli, Rania Rafei revient sur les révoltes qui ont traversé la ville du nord du Liban, des manifestations étudiantes de 1943 aux mobilisations contre la corruption et le confessionnalisme depuis 2019, en mêlant archives, lettres à un père disparu et images du présent. Selon Mathilde Rouxel, cette démarche rejoint une préoccupation récurrente du cinéma libanais : trouver les éléments d’une histoire commune dans un pays où les récits collectifs restent fragmentés.

« Il n’y a pas encore de récit qui convienne à tous. Le film de Rania Rafei permet de mettre en lumière des zones d’ombre. Il ne s’agit pas seulement de revenir sur la guerre, mais aussi de faire émerger des expériences et des événements encore trop peu racontés. Et je pense que le cinéma libanais est très fort pour questionner ces enjeux, ces angles morts. »

Le festival met également en lumière le travail de sauvegarde mené par l’artiste marocaine Touda Bouanani autour des archives de son père, le cinéaste Ahmed Bouanani. Fragilisé par un incendie en 2006, ce fonds familial rassemble manuscrits, photographies et correspondances. Depuis 2021, l’association Archives Bouanani s’attache à préserver et à faire connaître cet héritage. Aflam présentera ainsi une version restaurée du Mirage (1979), une fable située dans le Maroc colonisé de 1947.

Au-delà de la restauration technique, Aflam pose ainsi une question politique : qui conserve le patrimoine cinématographique arabe et qui peut en raconter l’histoire ? À travers les associations, les cinéastes et les jeunes artistes qui redonnent vie aux images, le festival défend une mémoire en mouvement. Restaurer, ici, ne signifie pas seulement préserver le passé : c’est donner aux images la possibilité d’être vues, discutées et transformées.

Une image du « Bateau de l’exil », de Jocelyne Saab, dont les archives sont à l’honneur au festival Aflam, à Marseille. Photo fournie par le festival

Ouvrir les images d’archives aux jeunes générations

En célébrant les cinq ans de son cycle « Vives archives », le festival défend une idée : préserver les images ne suffit pas, encore faut-il les faire circuler et permettre à de nouvelles générations de se les réapproprier.

« Il ne s’agit pas seulement de mettre en avant des grands films classiques, mais aussi des images plus rares, issues notamment du cinéma documentaire, qui a été parfois invisibilisé faute de moyens de diffusion corrects », explique Mathilde Rouxel. La programmation ouvre aussi une réflexion sur les histoires nationales, notamment à travers les archives des cinémas algérien et marocain et celles des minorités arménienne, kurde et amazigh.

L’une des soirées phares du festival se tenait ce lundi 12 octobre au Mucem, avec la première mondiale de la version restaurée d’Ahlam Saghira (« Petits rêves »), premier long-métrage du cinéaste égyptien Khaled el-Hagar, réalisé en 1993. Cette projection a ouvert officiellement l’édition 2026.

La restauration numérique du film en 4K, menée grâce à un partenariat entre Aflam et l’Archive Circulation Initiative (ACI), est le résultat d’un atelier organisé à Marseille en juin dernier. « Restaurer des films, les remettre en circulation, c’est leur permettre d’entrer dans l’histoire du cinéma mondial », conclut Mathilde Rouxel.

Aflam : les principaux rendez-vous
Du 10 au 18 octobre à Marseille, la 13e édition réunit 52 films de 21 pays, entre patrimoine restauré, création contemporaine et rencontres avec les cinéastes.
12 octobre, 20h, Mucem : ouverture officielle avec « Ahlam Saghira » (« Petits rêves ») de Khaled el-Hagar, en première mondiale dans sa version restaurée, en présence du réalisateur.
13 octobre, 20h, vidéodrome 2 : « Un bonheur hydroélectrique » d’Alexander Markov, construit à partir d’archives soviétiques sur le barrage d’Assouan.
14 octobre, vidéodrome 2 : « The Marshes » de Kassem Hawal, restauré, à 18h, puis un programme de ses courts-métrages à 20h. Aux Variétés, à 14h30, projection du film d’animation « Petite Casbah » d’Antoine Colomb.
15 octobre, La Baleine : rencontre avec Kassem Hawal et Mohanad Yaqubi autour des cinéastes solidaires du peuple palestinien à 18h ; projection de « Ghazl al-Banat » (« L’Adolescente, sucre d’amour ») de Jocelyne Saab, en version restaurée, à 20h30.
16 octobre, 17h, Mucem : première française de « Le Jour de colère : contes de Tripoli », en présence de Rania Rafei.
17 octobre, 14h30, Mucem : rencontre avec Touda Bouanani et l’historienne Marie Pierre-Bouthier autour des Archives Bouanani, et présentation de « Mirage », restauré. À 20h30 au Gyptis, « Dial H-I-S-T-O-R-Y » de Johan Grimonprez, dans une carte blanche à la Palestine Film Platform.
18 octobre, 20h, Mucem : clôture avec la première française de « Souraya mon amour » de Nicolas Khoury, en présence du réalisateur et de Souraya Baghdadi.
Également au programme : courts-métrages, ateliers, séances scolaires, exposition « Tamazgha Video Club » et soirée musicale avec le collectif Ma3na.
Programme complet : aflam.fr.
Les archives ne doivent pas rester des objets figés, mais devenir une matière disponible pour la création et la mémoire. Pour sa 13e édition, le festival marseillais Aflam, consacré aux cinémas des mondes arabes, fait de cette idée le fil conducteur de sa programmation, au cœur de laquelle figurent les images de Jocelyne Saab (1948-2019). Inscrite dans la Saison Méditerranée 2026, cette édition réunit 52 films et propose de mettre en dialogue patrimoine et création contemporaine. Des images inédites à découvrirLors d’une soirée consacrée à la cinéaste et journaliste libanaise Jocelyne Saab, le public a pu découvrir des images rarement accessibles, dont quinze minutes de rushes inédits du siège de Beyrouth en 1982. On y découvre le regard de la cinéaste à travers des séquences qui se déroulent parfois dans...
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