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Un siècle après, hors des lignes de la Constitution


Le Premier ministre, Nawaf Salam, et le ministre de la Culture, Ghassan Salamé, ont eu bien raison, mercredi, à l’inauguration de l’exposition sur le centenaire de la Constitution, de mettre l’accent sur le fait que la Loi fondamentale de 1926, qui a créé la République libanaise, était loin d’être un produit à cent pour cent importé. Intitulée « Entre les lignes de la Constitution », cette exposition, qu’on peut aller voir à la Bibliothèque nationale, à Sanayeh, doit se poursuivre jusqu’à la fin de l’année.

Inspirée des textes de la IIIe République française (1870-1940), la Constitution libanaise n’en est pourtant pas, en effet, une copie fidèle. Les principes majeurs – démocratie parlementaire, séparation des pouvoirs, responsabilité du gouvernement devant le Parlement, égalité de tous devant la loi – y sont repris, naturellement. Mais les considérations liées aux réalités libanaises y ont aussi largement leur place. D’où, par exemple, un aménagement des pouvoirs de la présidence de la République bien plus proche de la philosophie de la Ve République française que de la IIIe, comme l’a souligné Ghassan Salamé. D’où aussi la prise en compte du facteur communautaire – très éloigné de l’esprit des institutions françaises –, mais de manière dite « provisoire ».

Parlons-en de ce provisoire-là. Cent ans après 1926, trente-sept ans après Taëf, lequel a apporté quelques rectifications au texte original sans rien y changer de fondamental, non seulement le fameux article 95 est toujours là, mais la pratique du confessionnalisme politique a, depuis, largement dépassé la lettre et l’esprit de la première et de la seconde Constitution. Les armes militaires de la guerre civile libanaise se sont tues, on a amnistié les crimes qui y ont été commis, mais le conflit se poursuit, plus féroce et plus grotesque que jamais, sur un autre plan, celui de l’identitarisme ou, si l’on préfère, des égoïsmes communautaires. Des égoïsmes qui font que certains vont régulièrement jusqu’à bloquer l’État lorsqu’ils découvrent, affolés, qu’il y a plus de coursiers musulmans qu’il y en a de chrétiens dans tel ou tel ministère, ou parce que d’autres en sont arrivés à juger contraire au pacte national que le reste des Libanais veuille leur interdire de déclencher des guerres quand bon leur semble.

Comme dans presque tous les aspects de la vie publique, l’État libanais est parvenu à un point où, à défaut de pouvoir organiser les choses, il tolère à fond ou alors interdit totalement. Il en est ainsi de la chasse, comme de la conduite automobile. Incapables de mettre de l’ordre dans le gigantesque cirque qu’est devenu le trafic routier, les pouvoirs publics balancent entre laisser faire, effets d’annonce et dépenses inutiles. Une journée « ceinture obligatoire » et les 364 autres jours de l’année, des motards qui tournoient comme des mouches en débouchant à toute vitesse d’un sens interdit, brûlant les feux rouges, portable à la main et cigarette à la bouche. Ou alors lorsque, pour dissuader les innombrables conducteurs sans gêne qui parquent en deuxième et troisième files, bloquant tout passage, on modifie carrément la configuration physique des rues au lieu de coller des contraventions.

Certes, pour la première fois depuis des décennies, le Liban est doté d’un exécutif dont le contrat de base est plus ou moins conforme aux aspirations politiques d’une claire majorité de Libanais qui fut longtemps réduite au silence. Mais les dérives de cet État failli viennent de trop loin pour être rectifiées en un tournemain.

Cependant, revenons au confessionnalisme politique. Ne faudrait-il pas, cent ans après 1926, s’arrêter un peu pour essayer de comprendre, tous ensemble, pourquoi non seulement le qualificatif « provisoire », présent depuis le début, n’a pas tenu promesse, mais aussi les causes d’une telle radicalisation du confessionnalisme au point de rendre le système totalement méconnaissable aux yeux des pères fondateurs ? Le vrai problème, comme pour le trafic routier, est que beaucoup n’arrivent pas à sortir de la logique du tout ou rien : abrogation ou application à outrance, loin, très loin, de l’esprit des textes. Voilà le choix qui nous est donné depuis des lustres.

L’autre vrai problème aussi, c’est que les méfaits du communautarisme rigide ne touchent guère que la représentation et la répartition des postes publics. Ils atteignent aussi des points majeurs du préambule de la Constitution, piliers de la République. Entre autres, l’interdiction faite aux femmes de transmettre leur nationalité libanaise à leurs conjoints et leurs enfants, pour des calculs confessionnels médiocres, est une violation flagrante, absolue et ignominieuse d’un principe fondamental de la Constitution, à savoir l’égalité de tous devant la loi.

« Retour à laConstitution » : tel devrait être l’intitulé – et le point de départ – de toute feuille de route en vue d’un redressement de l’État libanais. Ensuite, une fois ce chemin pris, nous pourrions aller plus loin dans les réformes.

Le Premier ministre, Nawaf Salam, et le ministre de la Culture, Ghassan Salamé, ont eu bien raison, mercredi, à l’inauguration de l’exposition sur le centenaire de la Constitution, de mettre l’accent sur le fait que la Loi fondamentale de 1926, qui a créé la République libanaise, était loin d’être un produit à cent pour cent importé. Intitulée « Entre les lignes de la Constitution », cette exposition, qu’on peut aller voir à la Bibliothèque nationale, à Sanayeh, doit se poursuivre jusqu’à la fin de l’année.Inspirée des textes de la IIIe République française (1870-1940), la Constitution libanaise n’en est pourtant pas, en effet, une copie fidèle. Les principes majeurs – démocratie parlementaire, séparation des pouvoirs, responsabilité du gouvernement devant le Parlement, égalité de tous devant...
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