La vox populi peut-elle s’exprimer – et trancher – en pleine situation de guerre ? C’est là le singulier exploit que réalisait le président américain Franklin D. Roosevelt en se faisant réélire pour un troisième mandat en 1944, soit au plus fort de la Seconde Guerre mondiale. À défaut d’un scrutin proprement présidentiel, c’est un test décisif qui attend tour à tour, le 27 octobre et puis le 3 novembre, Benjamin Netanyahu et Donald Trump. Pour l’un et l’autre il va s’agir là d’un véritable référendum sur leur gestion des affaires et leur réelle popularité du moment : pour tout dire, sur la personne même des deux hommes.
Triste privilège, le Liban, enjeu sécuritaire intérieur, est devenu un des thèmes centraux de la campagne électorale en Israël. Non point que les blocs politiques soient divisés sur l’élimination du Hezbollah, ou que la grogne se limite aux habitants de la zone frontalière nord, particulièrement visée par les tirs de la milice. Face à Netanyahu qui se pose en irremplaçable garant de la sécurité de l’État hébreu malgré les défaillances qui lui sont reprochées en relation avec le traumatisme du 7-Octobre, ses adversaires ne contestent pas tant le résultat recherché que la manière de s’y prendre pour l’atteindre. Ils le questionnent sur la conduite de la guerre, sur l’étendue jugée erratique et flottante des opérations militaires et l’absence d’un objectif politique suffisamment clair.
C’est dire que l’un et l’autre des deux camps s’emploie à exploiter électoralement le cas du Liban mais avec des arguments différents. Pour le chef du Likoud – qui joue non seulement sa carrière mais sa liberté individuelle menacée par les tribunaux – il faut maintenir, ou même augmenter, la pression ; de fait, les négociations directes sont pratiquement gelées, tout assouplissement pouvant être perçu par l’électorat comme un signe de faiblesse. Mais compte tenu du basculement à droite de l’opinion publique, il ne faudrait pas s’attendre forcément à des effusions de conciliation de la part d’Israël, même si Bibi venait à être détrôné.
Pour ce qui est des élections de mi-mandat aux États-Unis, même les plus rêveurs des nombrilistes libanais ne sauraient aller imaginer que le sort de notre petit pays peut peser sur les suffrages. C’est seulement par simple effet de ricochet que nous pourrions pourtant en être affectés, pour le meilleur comme pour le pire.
Comme de tradition, le souci majeur de l’électeur américain est de nature strictement domestique : hausse du coût de la vie, notamment au niveau crucial de la pompe à essence, impact des barrières tarifaires sur les produits de consommation, abus policiers entachant la politique agressive de l’administration, la liste des griefs ne s’arrête guère là. Il n’en reste pas moins que la guerre en Iran, dont l’issue se répercutera fatalement sur notre pays, s’affiche maintenant au deuxième rang des préoccupations de la population. À en croire les sondages les plus récents, plus de la moitié des Américains y sont désormais hostiles ; et cela d’autant qu’elle est le fait d’un président qui avait promis la fin des expéditions militaires en terrain étranger. Les mêmes enquêtes montrent que la popularité de Trump a atteint des records de chute, variant actuellement entre 34 et 37 %. Alors, deal avec Téhéran ou poursuite de la guerre ? Avec la perspective d’une reconfiguration du Congrès qu’offrent ces décisives élections de mi-mandat – et des contraintes nouvelles qui en résulteraient pour la Maison- Blanche – on devrait être bientôt fixé.
Reste à signaler, pour la petite histoire, que cette fièvre des urnes qui consume en ce moment l’Amérique et Israël, le tandem Amal-Hezbollah tente de l’inoculer au Liban en relançant incongrûment, à pure fin de diversion, la vieille polémique sur la loi électorale. Prévues pour le mois de mai dernier, les législatives ont été repoussées à mai 2028 en raison de la guerre, permettant ainsi à l’actuel Parlement de proroger d’autant sa propre législature. On se demande dès lors quel pressant besoin auraient les députés de s’atteler dès aujourd’hui à débattre des nombreux points litigieux, à savoir les modalités du vote des expatriés, le quota des élus de la diaspora. Et pour couronner le tout, la création d’un Sénat prévue il est vrai par l’accord interlibanais de Taëf, mais qui ne pourrait survenir qu’après l’élection d’une toute première Assemblée sur une base non confessionnelle. Gageons que la commission parlementaire ad hoc n’aura pas fini d’en débattre avant 2028 et qu’elle devra finalement se rabattre sur des amendements mineurs de l’actuelle loi.
Ce que l’on déplorera surtout, c’est tout ce temps et d’énergie dépensés en pure perte alors que nos représentants ont tant à faire pour combler les vœux de ceux et celles qui les ont portés place de l’Étoile.