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Liban : circulez, y’a rien à voir


La corniche est emplie de monde ce dimanche soir. On dirait que tout le Liban s’est donné rendez-vous. Il y a des gens de toutes les classes sociales, de toutes les communautés et de tous les âges. Ça s’amuse, ça discute, ça plaisante, ça court, ça fait du vélo et ça fume. Et comme si tout cela ne suffisait pas à faire de cette scène un parfait cliché, le soleil vient à peine de se coucher et la lune est déjà sublime.
Un non-averti pourrait se laisser berner par l’illusion. On dirait que le pays va bien. Que les gens vont bien. Que la guerre est loin. Et que les crises sont finies.
Il y a ce parfum dans l’air depuis déjà quelques semaines à Beyrouth. Je ne saurais pas trop l’expliquer et encore moins le nommer. Est-ce du déni ? De la résilience ? De l’instinct de survie ? De l’insouciance ? Aucune idée. Mais Beyrouth s’est remise à vivre comme si sa vie lui appartenait. Et ça a beau être un mirage, il fait du bien.
L’autre réalité, elle, est beaucoup moins rose. Le pays va mal et tout porte à croire qu’il va aller encore plus mal dans les semaines et les mois à venir.
Israël avance, détruit, occupe. Il a le temps pour lui. Et si le Hezbollah lui répond et relance les hostilités, personne ne lui imposera, cette fois-ci, un nouveau cessez-le-feu.
Le Hezbollah perd, vocifère et fait le dos rond. Il sait que la situation n’est pas tenable pour lui. Mais il n’a pas le choix. Il attend que son parrain iranien lui donne un feu vert qui dépend beaucoup plus de l’évolution de la situation au Yémen et dans le détroit d’Ormuz que du destin de Ali Taher. Le parti n’a pas de stratégie. Pas de plan de sortie. Son espoir ? Qu’un miracle iranien ou houthi vienne donner du sens à son humiliante défaite.
L’État libanais n’est pas mieux loti. Lui aussi navigue à vue. Lui aussi a décidé que son destin allait dépendre des décisions externes. Il a renoncé avant même d’essayer.
Il reproche à Israël de saper les négociations, ce qui est vrai. Il reproche aux États-Unis de ne pas mettre de pression sur l’État hébreu, ce qui est vrai. Il répète, inlassablement, que lui veut la paix, qu’il a fait un pas de géant, ce qui est vrai, et qu’il aimerait être récompensé pour cela. Mais il n’a clairement pas compris les règles du jeu. Ni le contexte ni les acteurs. Il n’a pas compris que l’ouverture des négociations était le minimum requis, mais que personne ne se satisfera de cela. Il n’a pas compris qu’Israël est loin d’être le seul État à ne pas le prendre au sérieux, et que tant qu’il se contentera de belles paroles, personne ne viendra à son secours.
La crise est partout. La guerre du Golfe rattrape le monde entier. Et le Liban est loin d’être une priorité.
Au Sud, la guerre va continuer et peut-être même s’intensifier. L’accord de paix n’est pas pour demain. Tout comme l’accord avec le FMI. Et l’argent des Libanais du Golfe va s’amenuiser à mesure que la confrontation avec l’Iran va se poursuivre.
Alors tout n’est pas écrit et les choses peuvent encore changer. L’État peut se réveiller. La situation dans le Golfe peut se stabiliser. L’élection israélienne peut apporter son lot de surprises. Oui, on peut toujours rêver.
Mais quitte à s’y laisser aller, je préfère largement les songes de la corniche à toutes ces fumisteries. Ce déni-là, au moins, il ne fait de mal à personne.



La corniche est emplie de monde ce dimanche soir. On dirait que tout le Liban s’est donné rendez-vous. Il y a des gens de toutes les classes sociales, de toutes les communautés et de tous les âges. Ça s’amuse, ça discute, ça plaisante, ça court, ça fait du vélo et ça fume. Et comme si tout cela ne suffisait pas à faire de cette scène un parfait cliché, le soleil vient à peine de se coucher et la lune est déjà sublime.Un non-averti pourrait se laisser berner par l’illusion. On dirait que le pays va bien. Que les gens vont bien. Que la guerre est loin. Et que les crises sont finies.Il y a ce parfum dans l’air depuis déjà quelques semaines à Beyrouth. Je ne saurais pas trop l’expliquer et encore moins le nommer. Est-ce du déni ? De la résilience ? De l’instinct de survie ? De l’insouciance ? Aucune idée....
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