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La terreur aux commandes


À deux semaines des législatives israéliennes, l’affaire du vol flydubai, miraculeusement clôturée par un happy end, est sans doute pain bénit pour Benjamin Netanyahu. Elle vient à point nommé pour conforter son image d’irremplaçable garant de la sécurité d’Israël, gravement affectée par la révélation des défaillances qui ont entouré les attaques du 7 octobre 2023. En s’en allant étreindre les passagers ensanglantés qui ont maîtrisé le copilote suicidaire sans crainte d’endommager son beau costume, c’est cap sur la victoire qu’il volait à tire-d’aile. En évoquant d’emblée une tentative d’attentat jihadiste, Netanyahu entreprend surtout de replacer les menaces extérieures au centre du débat domestique. Il ravive ainsi le mythe puissamment unificateur et mobilisateur de la forteresse Israël assiégée. Pas si assiégée que ça pourtant, la forteresse, puisqu’elle reste en état de frapper simultanément l’Iran, la Syrie, le Liban et le Yémen, en attendant que s’allonge encore la liste…

Il y a bien davantage en jeu toutefois que les aubaines électorales de Bibi. Pour commencer, cette dramatique mésaventure met à rude épreuve les dividendes attendus des accords d’Abraham de 2020. Principal signataire, l’État des Émirats arabes unis en escomptait surtout une étroite coopération avec Israël en matière de renseignement. Cet échange de bons services avec un Mossad pourtant champion de la catégorie, le voilà pourtant pris en faute, et qui plus est, en plein poste de pilotage d’un avion civil émirati en route pour Tel-Aviv !

Les dégâts ne se limitent pas d’ailleurs à la suspension des vols sur ce trajet en attendant la fin de l’enquête à laquelle est soumis le copilote omanais. Malgré les incessantes pressions américaines, la puissante Arabie saoudite, où s’est finalement posé l’avion dérouté, n’était déjà pas très chaude pour rejoindre le convoi d’Abraham. Elle avait même gelé ses contacts préliminaires lors de la guerre de Gaza. Et si les passagers israéliens n’ont eu qu’à se louer de l’hospitalité des autorités locales, c’est à bord d’un avion émirati qu’ils ont été rapatriés, le royaume s’étant refusé à tout atterrissage sur son territoire d’un appareil relevant de l’État hébreu.

La thèse de la tentative d’attentat terroriste se trouvant communément retenue, Israël a promptement mis en cause un endoctrinement jihadiste du copilote. Donald Trump est allé nettement plus loin en menaçant de frapper très fort la République islamique d’Iran si l’implication de ce pays était démontrée. Sans même en arriver là, le fait est que,

par-delà ces perturbations régionales, ce sont en réalité les cieux du monde entier qui menacent d’être affectés par la cauchemardesque odyssée du 30 septembre. En même temps que flydubai, toutes les compagnies de navigation aérienne vont probablement remettre en question leur doctrine sacro-sainte du pilotage à deux dans un cockpit totalement isolé de la cabine ; mais être trois ou quatre dans cet espace hermétique peut-il vraiment résoudre la question si par extraordinaire il y a là plus d’un kamikaze ? Plus grave encore, ces compagnies, qui emploient des milliers de pilotes de toutes les nationalités et confessions, devront nécessairement réévaluer, en amont de l’embauche, leurs normes de profilage et de filtrage du personnel volant. De plus en plus grave, c’est dès ce stade que peuvent intervenir préjugés, amalgames, ostracismes et autres dynamiques de discrimination déjà observées au lendemain de l’apocalyptique 11-Septembre à Washington et New York. Car qui fera la part des choses entre légitime piété et violent extrémisme ? Comb ien d’aspirants seront pénalisés du fait même de leurs croyances ou même seulement de leur citoyenneté ?

Carr ément planétaire, on le voit, est désormais le problème. Qu’il s’agisse de business ou de tourisme, la sécurité aérienne est une des principales turbines de l’économie mondiale. Elle est de toute évidence l’affaire de tous les pays sans exception ; mais il n’est pas abusif de souligner qu’un zèle particulier dans la lutte contre le terrorisme jihadiste est requis des pays musulmans. Après tout, ils sont objectivement les premiers à souffrir des retombées de ce fléau.

À tous les égards, le pire ennemi de l’islam est la radicalisation de la religion de Mohammad. C’est bien au monde musulman qu’il incombe en haute priorité de démystifier, traquer et éliminer les faux prophètes.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

À deux semaines des législatives israéliennes, l’affaire du vol flydubai, miraculeusement clôturée par un happy end, est sans doute pain bénit pour Benjamin Netanyahu. Elle vient à point nommé pour conforter son image d’irremplaçable garant de la sécurité d’Israël, gravement affectée par la révélation des défaillances qui ont entouré les attaques du 7 octobre 2023. En s’en allant étreindre les passagers ensanglantés qui ont maîtrisé le copilote suicidaire sans crainte d’endommager son beau costume, c’est cap sur la victoire qu’il volait à tire-d’aile. En évoquant d’emblée une tentative d’attentat jihadiste, Netanyahu entreprend surtout de replacer les menaces extérieures au centre du débat domestique. Il ravive ainsi le mythe puissamment unificateur et mobilisateur de la forteresse Israël...