Rechercher
Rechercher

Politique - Décryptage

Pourquoi Nasrallah a pris la décision de prendre part au Déluge d’al-Aqsa

Le Hezbollah livre sa version des faits, trois ans après le 7-Octobre.

Pourquoi Nasrallah a pris la décision de prendre part au Déluge d’al-Aqsa

Un graffiti sur lequel on peut lire « À tes ordres Nasrallah », peint sur les décombres d’une habitation détruite par un bombardement israélien, le 28 avril 2025 dans le village de Chamaa, au Liban-Sud. Photo Matthieu Karam/L’Orient-Le Jour

Trois ans après, une nouvelle version de ce qui s’est passé les 7 et 8 octobre 2023 au sein du commandement du Hezbollah circule. Cette première version quasi officielle présentée par la formation à ceux qui l’interrogent suscite des questions, notamment au sujet de son timing. Car, selon ce récit, l’ancien chef du Hezbollah Hassan Nasrallah aurait pris la décision d’ouvrir les hostilités à contrecœur et aurait voulu éviter une guerre ouverte au Liban. Sauf que la situation a échappé à son contrôle. Onze mois plus tard, Nasrallah a été assassiné, ainsi qu’un grand nombre de responsables, tandis que le pays se retrouvait face à une guerre ouverte. Avec cette version des faits aujourd’hui, le Hezbollah cherche donc visiblement à se dédouaner auprès des Libanais, alors que les critiques s’intensifient quant au fait qu’il ait déclenché ce premier round de la guerre et qu’il apparaît plus isolé que jamais sur la scène interne.

Selon le récit du Hezbollah, le 7-Octobre est resté pour Hassan Nasrallah un souvenir terrible. En quelque sorte, le début de la fin. Réveillé à l’aube, comme toujours, dans son appartement situé à un étage élevé d’un immeuble de la banlieue sud de Beyrouth, il a commencé à recevoir les nouvelles de l’attaque du Hamas. Il était alors partagé entre la surprise de ne pas avoir été informé au préalable, un sentiment diffus de satisfaction et une certaine crainte pour l’avenir. Puis il a reçu une vidéo de Mohammad Deif, l’un des principaux chefs militaires du Hamas, qui donnait les détails de l’attaque et demandait aux forces de l’« axe de la résistance » d’y participer pour « soutenir » Gaza. En même temps, une lettre de Yahya Sinouar, chef du Hamas, lui a été remise d’urgence, dans laquelle il lui demandait d’intervenir dans cette opération inédite.

Cette version contredit celle qui avait longtemps été véhiculée par les médias, selon laquelle Nasrallah aurait été informé quelques heures avant le début de l’opération, dans la nuit du 6 au 7 octobre. Selon les proches de l’ancien chef du Hezbollah, la demande de Mohammad Deif l’aurait pris de court. Comment organiser une telle intervention alors qu’il n’y avait pas de plan préparé à cet effet ? Nasrallah serait alors entré en contact avec les autorités iraniennes pour connaître leur avis et leurs intentions. Toujours selon les mêmes sources, les autorités iraniennes auraient répondu à Nasrallah qu’il devrait faire ce qu’il juge bon. Le Hamas n’ayant consulté aucune des forces de l’axe avant d’agir, les Iraniens ont appelé chaque partie à mettre en avant ses propres intérêts et circonstances.

Nasrallah aurait alors réuni ses conseillers et le conseil de commandement pour recueillir leur point de vue et étudier avec eux les différents scénarios possibles. Selon les sources précitées, les avis exprimés étaient partagés. Il y avait d’un côté ceux qui appelaient à la retenue, affirmant que le Liban n’est pas prêt à se lancer dans une guerre, et de l’autre ceux qui pensaient que le Hezbollah ne pouvait pas rester à l’écart, et que c’était peut-être là l’occasion attendue pour porter un grand coup aux Israéliens.

Dans le courant de la journée du 7 octobre 2023, une délégation du Hamas est venue voir Nasrallah pour lui expliquer de vive voix ce qui se passait et ce que la formation attendait de lui. La délégation a raconté comment le Hamas se préparait à cette attaque depuis quelques mois déjà et que celle-ci avait pour but de remettre au premier plan la cause palestinienne, qui était en train d’être oubliée par le monde. L’attaque avait pour objectif de permettre au Hamas de détenir des Israéliens, afin de lancer des négociations en vue de la libération des prisonniers palestiniens détenus en Israël. Mais elle a pris une tout autre ampleur parce que les Israéliens ne s’attendaient visiblement pas à une telle attaque, et les commandos du Hamas ont pu pénétrer sans problème en Israël et capturer de nombreux citoyens israéliens.

La délégation du Hamas a assuré à Nasrallah que l’objectif n’était pas de déclencher une guerre, mais de relancer les négociations. Mais elle a exprimé le souhait de voir le Hezbollah mener une opération de son côté pour réduire la pression sur Gaza, surtout face au tollé international qui commençait à se faire entendre contre les Palestiniens. Selon les sources précitées, Nasrallah n’était pas vraiment convaincu et, surtout, il n’appréciait pas de ne pas avoir été informé du plan du Hamas.

Après plusieurs concertations avec ses conseillers et les membres du conseil de commandement, Nasrallah a donc décidé de lancer, dès l’aube du 8 octobre, une attaque dans le secteur contesté des fermes de Chebaa. Depuis août 2006, après la fin de la guerre de cette année-là, il y a eu de temps à autre des frictions limitées entre les forces israéliennes et le parti dans cette zone. Il pensait que, de cette façon, le Hezbollah exprimerait sa solidarité avec Gaza, tout en évitant que le Liban ne soit entraîné dans une guerre élargie. Il éviterait aussi une discorde entre le Hamas et le Hezbollah, certains acteurs pouvant jouer sur la dimension confessionnelle entre chiites et sunnites. L’opération du Hezbollah a eu lieu comme prévu et a aussitôt été suivie d’une riposte israélienne plus importante. Au début, le Hezbollah croyait que les affrontements resteraient limités au Liban-Sud, mais très vite la situation est devenue incontrôlable.

Malgré cela, le Hamas n’était pas satisfait de l’attitude du Hezbollah. Et alors que la guerre faisait rage au Liban et à Gaza, un responsable du groupe palestinien, Ghazi Hamad, en visite au Liban, n’avait pas caché son mécontentement. Il a donc fallu du temps ainsi que les efforts iraniens pour qu’entre les deux formations les relations soient assainies et que la coordination soit rétablie. Mais elle ne servait plus à grand-chose, la région tout entière étant entraînée dans une confrontation violente sur la plupart des fronts.

Cette version vise à clarifier la genèse d’un épisode dont le Liban continue à subir les conséquences. Mais elle est toutefois perçue comme un signe de faiblesse. Pour certains observateurs, ce récit montre que le Hezbollah veut démentir les accusations portées contre lui d’avoir entraîné le Liban dans la guerre juste pour soutenir Gaza, ainsi que tout ce qui en a découlé, pour le Sud et pour son propre environnement populaire. C’est aussi un message à ceux, au sein de la communauté chiite, qui commencent à se plaindre de ses décisions qui leur ont apporté des souffrances et un exode qui continue. Que dira toutefois le Hezbollah à l’occasion du 2 mars 2027, pour le premier anniversaire du déclenchement d’un nouveau round des hostilités, en solidarité avec l’Iran cette fois-ci ?


Trois ans après, une nouvelle version de ce qui s’est passé les 7 et 8 octobre 2023 au sein du commandement du Hezbollah circule. Cette première version quasi officielle présentée par la formation à ceux qui l’interrogent suscite des questions, notamment au sujet de son timing. Car, selon ce récit, l’ancien chef du Hezbollah Hassan Nasrallah aurait pris la décision d’ouvrir les hostilités à contrecœur et aurait voulu éviter une guerre ouverte au Liban. Sauf que la situation a échappé à son contrôle. Onze mois plus tard, Nasrallah a été assassiné, ainsi qu’un grand nombre de responsables, tandis que le pays se retrouvait face à une guerre ouverte. Avec cette version des faits aujourd’hui, le Hezbollah cherche donc visiblement à se dédouaner auprès des Libanais, alors que les critiques s’intensifient...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut