Chaque quelque temps, comme pour instiller une pipette d’espoir aux Libanais déglingués par la crise financière qui traîne sa latte depuis 2019, les turlupins politiques leur balancent un os à ronger sous la forme d’une relance bidon des discussions avec le FMI. C’est ainsi que Nawaf Salam et son argentier Yassine Jaber sont partis promener leurs triglycérides aux États-Unis, notamment auprès du secrétaire américain au Trésor dans l’objectif de mendier son appui.
En attendant de deviner si le Ricain de la finance a gobé leurs bobards, on se réjouit de penser que depuis que la livre libanaise a viré monnaie de macaque, on ne compte plus chez nous les spécialistes en économie, finances, gestion budgétaire et administrative, qui proposent de nous éclairer de leur fulgurance. Pour sûr, ces experts nous expliqueront demain pourquoi ce qu’ils ont prédit hier n’est pas arrivé aujourd’hui.
Pourtant la recette du FMI destinée aux pays branlants est gravée au burin. À retenir, dans l’ordre ou le désordre : ratiboisage des salaires, ratissage des retraites, dégraissage des subventions. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, suivront aussitôt en escadrilles : gonflette fiscale, bouffissure des prix, tour de vis supplémentaire à l’étranglement bancaire. Autant de nœuds coulants en échange de quelques milliards de biftons verts dont pas un clampin ne verra jamais la couleur.
Quelqu’un pourrait-il expliquer à nos bouffons maison que ce n’est pas une injection de dollars qu’il nous faut, mais un déversoir de réformes ? Et q ue ces réformes, fallait les engager il y a 10 ans, au lieu de mouliner les mêmes coups tordus ?
Bon , il nous restera bien en bijoux de famille quelques officines poubelle à fourguer au privé : des télécoms facturées plus cher que les joyaux de la couronne d’Angleterre, une eau plus polluée que l’huile de vidange, une électricité plus prostatique qu’une maison de repos gorgée d’ancêtres. Et encore, on n’oublie pas le meilleur : cette brouettée de fonctionnaires planqués, affublés pour tout diplôme d’une estampille communautaire et régulièrement indemnisés avec le pognon du contribuable. Mais comment s’en étonner, quand on sait déjà que nos gouvernements ne tricotent leur budget qu’en fonction des taxes assenées à des neuneus, qui continuent invariablement de voter pour les mêmes…
Petite explication à l’intention des débiles profonds : non, il n’y aura pas de B-52 siglés FMI, larguant des confettis de billets verts dans la tirelire cabossée du Trésor public. Ce qui est sûr par contre, c’est que tant que le pouvoir continuera de faire risette aux barbus, le prochain pince-fesse de Paris pour renflouer l’armée sera sans petits fours et donnera à peine de quoi lustrer les mitraillettes pour l’opérette militaire du 22 novembre…
Alors, pour sauver l’honneur, Tonton Nawaf et son équipe poursuivront cahin-caha leur causette avec les crânes d’œuf du Fonds monétaire, dans l’intention manifeste de leur arracher l’entourloupe permettant d’esquiver la hache qui menace de s’abattre. Sauf que pour l’instant en matière d’honneur, le FMI hésite encore : un doigt ou le bras tout entier ?
gaby nasr@lorientlejour.com