La radiologue libanaise Nayla Nicolas, lauréate du prix Jacques Lefebvre 2026. Photo tirée du site de l’Institut Curie, avec l’aimable autorisation de Nayla Nicolas
Six ans après avoir développé un examen innovant pour la radiologie pédiatrique et après avoir suivi 670 patients, la Libanaise Nayla Nicolas vient de voir son travail reconnu à l’international. Lauréate en juin dernier du prestigieux prix Jacques Lefebvre pour l’année 2026, cette radiologue de l’Institut Curie à Paris a réussi à améliorer le diagnostic et la prise en charge des enfants atteints d’un cancer des parties molles.
Le prix Jacques Lefebvre est une distinction décernée par la Société européenne de radiologie pédiatrique (ESPR) en l’honneur du Pr Jacques Lefebvre, pionnier de la discipline.
« Les gens pensent qu’un radiologue est assis toute la journée derrière un ordinateur. Mais je crois qu’on ne peut pas bien traiter un patient en regardant seulement des images », explique à L’Orient-Le Jour Dr Nicolas, une des rares radiologues à recevoir des patients en consultation. Sa méthode consiste à ne pas se contenter d’interpréter des radios, mais à examiner les patients grâce une liste de « critères » qui lui permettent de déterminer la gravité du cas et la procédure à suivre, permettant ainsi aux patients d’être pris en charge plus rapidement que lors d’une consultation classique. Une méthode qui a d’abord laissé certains de ses confrères sceptiques, avant de finalement faire ses preuves.
« Si ça marche autant, c’est parce que j’ai mis au point un système de critères cliniques et radiologiques que j’ai établi grâce à mon expérience. J’ai pu vérifier ces critères avec mes 670 patients », explique la médecin, spécialisée en radiologie interventionnelle et pédiatrique. Grâce à cette méthode, « on distingue à plus de 96 % » les tumeurs bénignes de celles malignes. « Dans une journée, je peux déjà voir vers quoi on s’oriente. Je ne fais pas des examens dont on n’a pas besoin », poursuit-elle. Si elle applique ce procédé principalement aux enfants, Dr Nicolas explique l’avoir également utilisé pour des patients adultes.
« Aider les enfants libanais »
Nayla Nicolas explique avoir été contactée par des hôpitaux à Hong Kong, Boston et Londres pour mettre en place le même circuit développé à Paris, « au lieu d’avoir une errance de médecin en médecin. Cela limite la charge financière et l’inquiétude des familles ». Le Liban, lui, pourrait peut-être un jour profiter de son expertise. « Tout ce que je fais ici, je me dis toujours que j’ai envie d’en faire bénéficier le Liban un jour, pour aider les enfants libanais et leurs familles », confie Dr Nicolas.
Née au Liban, Nayla Nicolas s’est réfugiée en France avec sa famille lors de la guerre civile. Après un bref retour dans son pays natal, elle se réinstalle dans l’Hexagone en 2016. Diplômée de l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK), elle commencé sa carrière à l’hôpital Notre-Dame des Secours à Jbeil. « Toute ma famille est au Liban. J’y séjourne deux à trois fois par an. Si je trouve une équipe convenable, je pourrais rentrer et exercer dans mon pays natal. Le Liban, c’est mon âme. Si je ne suis pas libanaise, je n’existe pas », explique-t-elle.
