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Société - Liban-Sud

« Nous voulons l’État » : une activiste chiite qui a soutenu Salam sous le feu des pro-Hezbollah

« Si mon patriotisme et ma revendication d'un État constituent aujourd'hui un crime, alors que ma sentence soit la perpétuité », s'est défendue Abir Mroué.

« Nous voulons l’État » : une activiste chiite qui a soutenu Salam sous le feu des pro-Hezbollah

Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, et le ministre de l’Intérieur, Ahmad Hajjar, serrant la main de gendarmes et responsables locaux dans la gendarmerie de Kfarjoz, au Liban-Sud, lors d’une tournée dans la région de Nabatiyé, le 2 octobre 2026. Photo transmise à notre correspondant Mountasser Abdallah

Abir Mroué, une activiste chiite du village de Aïn Cana dans le caza Nabatiyé, fait l’objet depuis plusieurs jours d’une campagne de dénigrement en ligne de la part de partisans du Hezbollah, après avoir affiché son soutien au Premier ministre, Nawaf Salam, lors de la visite de ce dernier, le 2 octobre, dans la ville de Nabatiyé, lourdement touchée par les bombardements israéliens.

« Nous sommes avec vous jusqu’au bout, nous voulons l’État. Nous voulons le retrait (israélien) et la reconstruction par le biais des négociations », avait affirmé cette activiste devant le chef du gouvernement, dans une vidéo qui a été largement relayée sur les réseaux sociaux. Une prise de position qui lui a valu les foudres de partisans du parti chiite. La formation, elle, a voulu se distancier de l'affaire : « Le Hezbollah n’est pas concerné par la polémique qui a enflammé les réseaux sociaux suite aux propos de Abir Mroué », souligne ainsi une source au sein du parti à L'Orient-Le Jour.

« Elle ne représente ni Aïn Cana ni la famille Mroué »

Nawaf Salam, accompagné de plusieurs membres de son gouvernement, s’était rendu la semaine dernière à Nabatiyé, à quelques kilomètres de la zone occupée par l’armée israélienne et des villages qui continuent d’être bombardés quasi quotidiennement. Il s’agit de la deuxième visite du chef du gouvernement dans cette région du Liban-Sud lourdement ciblée par les frappes israéliennes, depuis le cessez-le-feu de juin dernier, et de sa troisième visite dans le Sud depuis sa prise de fonction en février 2025.

Face aux mots de Abir Mroué, les critiques des partisans du Hezbollah n’ont pas tardé à pleuvoir. « Cette femme n’est pas issue de la ville de Nabatiyé et ne représente pas la région. Elle ne représente ni Aïn Cana ni la famille Mroué qui a offert des martyrs à la nation », commente un internaute. « Abir fait partie des révolutionnaires des ONG et du 17-Octobre (date du déclenchement de la révolte populaire de 2019, NDLR). Elle a baptisé sa fille à l’église. Elle est allée de bon matin à Nabatiyé pour accueillir Nawaf Salam et appelle à la paix avec Israël », affirme un autre sur X, dans une critique à la vie privée de l’activiste, mariée à un chrétien. Une photo du baptême de la fille de Abir Mroué a même été relayée en ligne et moquée par des partisans du Hezbollah. Un communiqué attribué à des membres de la famille Mroué ainsi qu’à des habitants de Aïn Cana a pour sa part souligné que les prises de position de l’activiste ne représentent ni sa famille ni son village.

« Deux à trois menaces de mort »

Contactée par L’OLJ, Abir Mroué affirme avoir reçu « deux à trois menaces de mort, dont une du Brésil (lui) ordonnant de se taire », ainsi qu’une menace adressée à sa petite fille. « Je navigue à contre-courant. Ils veulent me faire taire, parce que ma voix porte », estime la militante. Elle raconte toutefois avoir été saluée par des « femmes du Sud épuisées par la guerre et ses répercussions. Au supermarché de Deir Zahrani où j’habite, elles m’interpellent et me font part de leur soutien. La population est fatiguée de la guerre et de la vie précaire. Elle réclame la présence de l’État dans le Sud ».

Vendredi, Abir Mroué s'était déjà défendue dans une publication sur Facebook. « Si mon patriotisme et ma revendication d’un État constituent aujourd’hui un crime, alors que ma sentence soit la perpétuité », avait-t-elle ainsi écrit, en dénonçant les « aventures insensées » du Hezbollah. « Si vous aviez la moindre once de logique, de conscience, de moralité ou de patriotisme, vous auriez eu pitié de votre patrie, de votre peuple et de vous-mêmes ; vous auriez songé aux larmes des mères de martyrs, à la douleur qui déchire leurs cœurs et au sort des orphelins », y ajoutait-t-elle. Abir Mroué a par ailleurs révélé que son propre frère a combattu par le passé au sein de la force Radwan, unité d’élite du Hezbollah, « alors qu’il n’avait que quatorze ans ». « Vous vivez dans le déni collectif. La Syrie ne vous a-t-elle pas servi de leçon ?! Ces milliers de martyrs, victimes de l’Iran et de son ‘‘axe’’ : où sont-ils aujourd’hui ?! » demandait-elle dans son message.

Face à la campagne qui la cible, Abir Mroué a reçu de nombreuses marques de soutien de la part d’internautes et de figures politiques et médiatiques, dont la députée Paula Yaacoubian ou encore la journaliste Diana Moukalled. « Ne te laisse pas influencer par les mouches du Hezbollah. Ce que tu as dit est vrai. Tu as tout mon soutien face à la campagne menée par ceux qui ont fait entrer les Israéliens dans les maisons et les terres » du Liban-Sud, a écrit Mme Yaacoubian.

« Tout mon soutien à Abir Mroué », a écrit Diana Moukalled, cofondatrice de la plateforme Daraj, accompagnant ces mots d’une photo d’elle et de l’activiste. « J’ai dit tout haut ce que les gens disent tout bas. J’ai brisé l’image stéréotypée de la femme au Liban-Sud », a affirmé Mme Mroué, dans une interview accordée lundi à Daraj.

Le Hezbollah, largement critiqué au Liban pour avoir replongé le pays dans une nouvelle guerre contre Israël en lançant des attaques contre l’État hébreu le 2 mars dernier en soutien à l’Iran, a appelé à maintes reprises à suspendre les négociations directes avec Tel-Aviv et conditionne le retrait des forces israéliennes du Liban-Sud à toute remise de ses armes.

Abir Mroué, une activiste chiite du village de Aïn Cana dans le caza Nabatiyé, fait l’objet depuis plusieurs jours d’une campagne de dénigrement en ligne de la part de partisans du Hezbollah, après avoir affiché son soutien au Premier ministre, Nawaf Salam, lors de la visite de ce dernier, le 2 octobre, dans la ville de Nabatiyé, lourdement touchée par les bombardements israéliens.« Nous sommes avec vous jusqu’au bout, nous voulons l’État. Nous voulons le retrait (israélien) et la reconstruction par le biais des négociations », avait affirmé cette activiste devant le chef du gouvernement, dans une vidéo qui a été largement relayée sur les réseaux sociaux. Une prise de position qui lui a valu les foudres de partisans du parti chiite. La formation, elle, a voulu se distancier de l'affaire : « Le Hezbollah...
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