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Société - Tourisme

Sans surprise, les touristes du Golfe ont une nouvelle fois boudé le Liban cet été

En juillet dernier, le nombre de ressortissants de ces riches monarchies qui se sont rendus à Beyrouth a baissé d'environ 45 % par rapport à la même période en 2025.

Sans surprise, les touristes du Golfe ont une nouvelle fois boudé le Liban cet été

Vue sur l’hôtel Four Seasons entre deux yachts garés à Zaitunay Bay. Mohammad Yassine/L¹Orient-Le Jour

Ils devaient être au cœur de la reprise du tourisme au Liban, malgré les guerres avec Israël et la crise économique qui se poursuit. Mais cet été encore, les ressortissants des pays du Golfe se sont fait rares, ne représentant qu’environ 10 % des touristes arabes ayant fait le déplacement. Et ce, malgré la levée, en mai 2025, de l’interdiction faite par les Émirats arabes unis à leurs ressortissants de voyager au Liban. Si cette décision avait nourri l’espoir d’un retour de cette clientèle, « cela ne s’est pas matérialisé », regrette Jean Abboud, président de l’Association des agents de voyages et de tourisme au Liban.

« On ne peut pas dire qu’un grand nombre (de touristes du Golfe) soit venu » cet été, abonde Jean Beyrouthi, secrétaire général de la Fédération des syndicats du tourisme, qui qualifie auprès de L’Orient-Le Jour la saison estivale 2026 de « catastrophique ». Même constat pour Pierre Achkar, président du syndicat des hôteliers : le nombre de ressortissants du Golfe ayant séjourné au Liban cet été représente « moins de 50 % » de celui enregistré l’année dernière.

Des chiffres plus globaux, concernant le Golfe mais d'autres pays arabes aussi, viennent confirmer ce sombre constat : selon les données fournies par le ministère du Tourisme à L'OLJ, en juin, quelque 28 500 ressortissants arabes sont arrivés au Liban, contre 32 000 un an plus tôt. En août, 46 700 visiteurs arabes ont été recensés, contre 48 000 un an auparavant. Seul le mois de juillet a enregistré une embellie, le nombre de ces touristes arabes passant de 41 000 à 46 000, une hausse largement portée par les Irakiens, dont les arrivées ont bondi de 15 000 à 27 500.

Les Koweïtiens, grands absents de l’été

Dans le détail, en juillet, les Émiratis n’étaient que 939 à se rendre au pays du Cèdre, contre 1 590 un an plus tôt. Le nombre de Qataris, lui, s'élève à 583, contre 1 282 en 2025. Quant aux Saoudiens, ils étaient 280 à séjourner au Liban ce mois-là, contre 428 l'année dernière et 278 Bahreïnis, contre 504. Même tendance chez les Koweïtiens, traditionnellement nombreux au Liban : leur nombre a presque été divisé par deux, passant de 5 232 à 2 877 en juillet. Les chiffres détaillés pour août ne sont pas encore disponibles, mais selon Jean Abboud, la tendance devrait rester sensiblement la même.

Touristes du Golfe ou pas, l’ensemble de la saison accuse le coup. Quelque 1 061 000 visiteurs ont été enregistrés à l'aéroport de Beyrouth entre juin et août 2026, contre 1 210 000 durant la même période l’année précédente, soit un recul d’environ 12 %, souligne Jean Abboud. Ces quelque 150 000 visiteurs en moins représenteraient un manque à gagner proche d’un milliard de dollars pour l’économie touristique, déplore-t-il.

À défaut des visiteurs du Golfe, ce sont donc une nouvelle fois les Libanais de la diaspora qui ont fait tourner une partie du secteur cet été. « La grande majorité, plus de 80 % des visiteurs, étaient des expatriés et des Libanais travaillant à l’étranger », indique Pierre Achkar. Beaucoup disposent de leur propre logement au Liban ou sont hébergés chez leurs proches, limitant les retombées pour l’hôtellerie.

Irakiens, Égyptiens et Jordaniens en tête des touristes arabes

Une différence de taille avec la clientèle des pétromonarchies, qui séjourne traditionnellement environ un mois au Liban et peut dépenser jusqu’à 5 000 dollars par jour, notamment dans les hôtels de luxe, les restaurants et les établissements de nuit. « Ce qui nous importe, c’est la dépense moyenne », souligne Jean Abboud. Or, poursuit-il, « pour ces touristes arabes, le plus important reste la sécurité et la stabilité. La situation actuelle n’encourage pas à venir ».

La saison, qui s’étend habituellement de la mi-mai à la mi-septembre, n’a véritablement démarré qu’en juillet, estime Jean Abboud. L’accord-cadre entre le Liban et Israël n’a été conclu que le 26 juin, moins de deux semaines après une frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth durant la dernière guerre entre Tel-Aviv et le Hezbollah qui avait repris en mars 2026. À cela s'ajoute un contexte régional particulièrement tendu, marqué notamment par la guerre opposant Israël et les États-Unis à l’Iran et par l’extension des frappes iraniennes à plusieurs pays du Golfe.

La saison 2025 avait déjà déçu les professionnels, sur fond de frappes israéliennes et de guerre régionale, après un été 2024 lui-même largement plombé par le conflit déclenché le 7 octobre 2023. Un an plus tard, le rendez-vous avec les Arabes du Golfe est donc une nouvelle fois manqué. L’Arabie saoudite maintient son interdiction de voyager au Liban, tandis que le Bahreïn et Oman sont désormais dans une logique de « vigilance », selon le ministère libanais du Tourisme. Parmi les touristes arabes, « ce sont surtout les Irakiens, les Égyptiens et les Jordaniens » qui ont fait le déplacement cet été, relève Jean Beyrouthi.

Dans les régions estivales du Mont-Liban où de nombreuses villas sont détenues par des ressortissants du Golfe, le constat est sans équivoque : à Broummana, Michel Aouad, responsable municipal, ne compte que cinq familles revenues cette année, une première depuis 2010. À Baabdate, village voisin, « aucune famille du Golfe n’est revenue », affirme le président de la municipalité, Hicham Labaki, alors qu'une vingtaine de maisons et villas appartiennent notamment à des familles koweïtiennes et saoudiennes. À Hammana sur les hauteurs du Metn, où une dizaine de familles principalement koweïtiennes possèdent des résidences, leur présence en août a été jugée « acceptable » par un responsable municipal. À Bhamdoun, quelques familles, surtout koweïtiennes et qataries, sont revenues cet été, certaines au tout début des frappes iraniennes contre les pays du Golfe, utilisant leur résidence libanaise comme second foyer, indique la municipalité à notre publication.

Dans les hôtels de luxe de Beyrouth, en revanche, la présence des ressortissants du Golfe a été « bien moindre que l’année dernière », avance Pierre Achkar. Cela s’explique, selon lui, non seulement par l’instabilité sécuritaire, mais aussi par le manque d’événements de divertissement susceptibles d’attirer les touristes arabes. Résultat, selon ses estimations : les revenus du secteur hôtelier ont reculé d’environ 40 % par rapport à l’été dernier.

Ils devaient être au cœur de la reprise du tourisme au Liban, malgré les guerres avec Israël et la crise économique qui se poursuit. Mais cet été encore, les ressortissants des pays du Golfe se sont fait rares, ne représentant qu’environ 10 % des touristes arabes ayant fait le déplacement. Et ce, malgré la levée, en mai 2025, de l’interdiction faite par les Émirats arabes unis à leurs ressortissants de voyager au Liban. Si cette décision avait nourri l’espoir d’un retour de cette clientèle, « cela ne s’est pas matérialisé », regrette Jean Abboud, président de l’Association des agents de voyages et de tourisme au Liban.« On ne peut pas dire qu’un grand nombre (de touristes du Golfe) soit venu » cet été, abonde Jean Beyrouthi, secrétaire général de la Fédération des syndicats du tourisme, qui...
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