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Société - Exposition

« Entre les lignes de la Constitution » : cent ans après, Salam plaide pour un État fort par le droit

L'exposition retrace un siècle d'histoire de la Loi fondamentale libanaise, de sa naissance en 1926 à ses soubresauts contemporains, à travers archives, documents originaux et caricatures.

« Entre les lignes de la Constitution » : cent ans après, Salam plaide pour un État fort par le droit

Le Premier ministre Nawaf Salam prend la parole lors de l’inauguration de l'exposition « Entre les lignes de la Constitution : cent ans d’État et de droit », à la Bibliothèque nationale, à Sanayeh, le 7 octobre 2026. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour

À l’occasion du centenaire de la Constitution libanaise, le Premier ministre Nawaf Salam a estimé mercredi, lors de l’inauguration d’une exposition consacrée à son histoire, que « le meilleur hommage » à lui rendre « n’est pas de célébrer sa longévité, mais d’en réaliser la finalité : avoir un État fort par le droit, et non au-dessus du droit ».

Ouverte au public jusqu’à la fin de l’année à la Bibliothèque nationale, à Sanayeh, l’exposition « Entre les lignes de la Constitution : cent ans d’État et de droit », organisée par le ministère de la Culture, remonte aux origines de la première Loi fondamentale du monde arabe, adoptée en 1926, et retrace un siècle de son histoire. Archives, documents originaux, photographies, cartes ou encore caricatures de presse composent un parcours avant tout pédagogique, destiné à rendre accessible au grand public ce texte fondateur et les idées qui ont accompagné sa naissance.

Retour aux années 1920. À l’époque, le défi est de taille : marier les principes de la démocratie parlementaire avec la réalité d'une société plurielle, traversée par de multiples appartenances religieuses. Derrière cette réflexion, le théoricien du vivre ensemble, et futur propriétaire du Jour, Michel Chiha, qui plaide pour un juste équilibre entre respect des confessions et citoyenneté moderne : « Pour nous réformer, écrivait-il, commençons par renoncer à la confession en faveur du mérite à l’intérieur de l’administration. »

Le ministre de la Culture, Ghassan Salamé, prononce un discours à l'ouverture de l'exposition autour des 100 ans de la Constitution libanaise à la Bibliothèque nationale, le 7 octobre 2026. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
Le ministre de la Culture, Ghassan Salamé, prononce un discours à l'ouverture de l'exposition autour des 100 ans de la Constitution libanaise à la Bibliothèque nationale, le 7 octobre 2026. Photo Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour

Rapprocher les Libanais de leur Constitution

Sous les vitrines, les ratures sont encore visibles. Des pages manuscrites de la Constitution, couvertes de corrections et de passages barrés, côtoient des exemplaires du Journal officiel, des photographies, des lettres datant des années 1920, des cartes et des caricatures. On y trouve aussi un exemplaire de La Revue juridique de 1926, qui constitue l’une des premières impressions publiques du texte constitutionnel libanais. De la proclamation du Grand Liban en 1920 à la naissance de la République libanaise six ans plus tard, ces pièces racontent la gestation d’un texte amendé à plusieurs reprises.

Le Premier ministre Nawaf Salam parcourant l'exposition « Entre les lignes de la Constitution : cent ans d’État et de droit » à la Bibliothèque Nationale à Sanayeh, le 7 octobre 2026. Photo Mohammad Yassine / L'Orient-Le Jour
Le Premier ministre Nawaf Salam parcourant l'exposition « Entre les lignes de la Constitution : cent ans d’État et de droit » à la Bibliothèque Nationale à Sanayeh, le 7 octobre 2026. Photo Mohammad Yassine / L'Orient-Le Jour

Organisée par le ministère de la Culture en collaboration avec plusieurs institutions, inaugurée sous le patronage du Premier ministre Nawaf Salam, l’exposition ne se veut pas seulement « un regard sur le passé », mais également « une réflexion sur le présent et sur le rôle que joue la Constitution dans notre vie quotidienne ». L’idée est de rapprocher les Libanais de leur Constitution, explique à L’Orient-Le Jour Charles Khalaf, co-commissaire de l’exposition et chargé de projet au sein du ministère.

Le parcours s’articule autour de trois grands axes. Le premier revient sur les six années qui séparent la proclamation du Grand Liban de l’adoption de la Constitution, le 23 mai 1926, et sur les étapes de sa gestation. Le deuxième s’intéresse aux influences qui ont façonné le texte, notamment ottomanes et françaises, mais aussi libanaises, en revenant sur les débats de l’époque et les travaux du comité chargé de parcourir le pays pour recueillir les avis de la population. La dernière partie intègre la caricature dans le récit, en montrant comment la Constitution et la vie institutionnelle ont été représentées dans la presse. Le parcours met également en lumière les grandes figures qui ont marqué cette histoire et se prolonge jusqu’à la période contemporaine, du pacte national de 1943 à l’accord de Taëf de 1989.

« Une Constitution complexe »

Mais l’exposition ne s’arrête pas aux seules modifications du texte. Elle s’intéresse aussi à l’écart entre la Constitution et sa pratique, en revenant sur les compromis politiques qui, sans constituer des amendements constitutionnels, ont durablement pesé sur son application, jusqu’à l’accord de Doha de 2008.

Une histoire qui renvoie aussi aux tensions inscrites au cœur même du texte. Pour le ministre de la Culture, Ghassan Salamé, le Liban est ainsi face à « une Constitution complexe », qui reconnaît à la fois les droits des citoyens et ceux des communautés. « L’histoire contemporaine du Liban peut sans doute être lue comme un bras de fer permanent entre nos droits de citoyens et notre appartenance à des communautés particulières », a-t-il estimé. « Parfois, la logique de l’État et de la citoyenneté l’emporte ; parfois, c’est la logique communautaire qui prévaut. »

Parmi les « points de tension » du texte, il note notamment le décalage entre un État pensé comme centralisé et l’objectif de décentralisation consacré par l’accord de Taëf. Au sujet de l'accord, Nawaf Salam a appelé à « corriger ce qui a été dénaturé dans certaines de ses dispositions lors de leur mise en œuvre », à « combler les lacunes révélées par la pratique au cours des dernières décennies » et, lorsque cela s’avère nécessaire, à « faire évoluer notre Constitution dans le respect des règles qu’elle prévoit, et non en les contournant ». « Nous ne pouvons pas proclamer notre attachement à l’accord de Taëf tout en laissant une grande partie de ses réformes en suspens, pas plus qu’il n’est acceptable que chaque camp n’en retienne que ce qui lui convient », a-t-il poursuivi. Le chef du gouvernement a également rappelé que l’accord n’avait pas dissocié la réforme politique du « rétablissement de l’autorité de l’État », de « la dissolution des milices » et de « la concentration de la force légitime entre les mains de ses institutions ».

C’est enfin, pour Ghassan Salamé, tout l’intérêt de revenir aujourd’hui sur ce siècle d’histoire constitutionnelle : « Il ne s’agit pas de se souvenir pour le simple plaisir du souvenir. Nous nous souvenons pour réfléchir : la mémoire doit nourrir la réflexion. »

Informations pratiques

Exposition « Entre les lignes de la Constitution : cent ans d’État et de droit »
Bibliothèque nationale, Sanayeh, Beyrouth
Du 8 octobre au 23 décembre 2026
Du mercredi au samedi, de 10h à 18h.

À l’occasion du centenaire de la Constitution libanaise, le Premier ministre Nawaf Salam a estimé mercredi, lors de l’inauguration d’une exposition consacrée à son histoire, que « le meilleur hommage » à lui rendre « n’est pas de célébrer sa longévité, mais d’en réaliser la finalité : avoir un État fort par le droit, et non au-dessus du droit ».Ouverte au public jusqu’à la fin de l’année à la Bibliothèque nationale, à Sanayeh, l’exposition « Entre les lignes de la Constitution : cent ans d’État et de droit », organisée par le ministère de la Culture, remonte aux origines de la première Loi fondamentale du monde arabe, adoptée en 1926, et retrace un siècle de son histoire. Archives, documents originaux, photographies, cartes ou encore caricatures de presse composent un parcours avant tout...
commentaires (1)

On peut lui faire confiance à notre cher Salam. Le droit, il connaît... sur le bout des doigts. En revanche, les luttes d'influence, la cupidité des banques, l'opacité des circuits financiers, l'infiltration toxique des intrants iraniens, il a plus de mal à gérer. Nous verrons à l'usage !

Ca va mieux en le disant

19 h 57, le 07 octobre 2026

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Commentaires (1)

  • On peut lui faire confiance à notre cher Salam. Le droit, il connaît... sur le bout des doigts. En revanche, les luttes d'influence, la cupidité des banques, l'opacité des circuits financiers, l'infiltration toxique des intrants iraniens, il a plus de mal à gérer. Nous verrons à l'usage !

    Ca va mieux en le disant

    19 h 57, le 07 octobre 2026

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