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Nos lecteurs ont la parole

Votre « honneur » a le visage d’une femme battue

À 16 ans, on me répète souvent que ma génération bénéficie de libertés nouvelles. Pourtant, que signifie grandir aujourd’hui au Liban lorsqu’une jeune fille apprend encore, dans trop de foyers, que la colère d’un homme doit dicter sa conduite ? Autour de moi, la réalité montre que l’autonomie d’une femme demeure un combat quotidien.

Cette inégalité apparaît dans les détails du quotidien. Dans certains milieux, l’éducation d’une fille reste perçue comme un investissement secondaire. On surveille et on culpabilise une jeune fille sur sa tenue pour préserver un prétendu « honneur » familial, tout en fermant les yeux sur les actes des garçons. Plus tard, le travail épuisant des mères au foyer est banalisé, est privé de toute reconnaissance sociale et économique.

Mais derrière le mot « honneur » se cache parfois le pire. J’ai été directement témoin du calvaire d’une mère syrienne, le visage portant les traces de coups portés par son conjoint. Lorsqu’elle a tenté de demander de l’aide, j’ai vu son appel se heurter au rejet et aux préjugés en raison de sa nationalité et de sa précarité. Cette expérience m’a marquée : pour les femmes marginalisées, la précarité sociale devient une double peine face à la brutalité.

Sur le plan juridique, la loi 293 de 2014 a constitué une étape importante dans la protection contre les violences domestiques. Cependant, entre le texte légal et la réalité du terrain, l’accès effectif aux services de protection et à la justice reste semé d’obstacles. Pour les victimes les plus vulnérables, obtenir un abri sûr ou faire valoir ses droits demeure une épreuve souvent insurmontable.

Comment pouvons-nous prétendre bâtir une société équitable si la sécurité d’une victime dépend encore de son statut social ou de ses origines ? Quelle valeur accorder à cet « honneur » lorsqu’il se construit sur la peur, l’humiliation et les coups infligés à une fille, une épouse ou une mère ?

Tant que des garçons seront élevés dans l’idée de dominer au nom de leur fierté et des filles dans la contrainte du silence, la violence ne sera pas un simple fait divers, mais le reflet de nos tolérances collectives. Il est temps de permettre à ma génération d’élever des citoyennes pleinement libres.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

À 16 ans, on me répète souvent que ma génération bénéficie de libertés nouvelles. Pourtant, que signifie grandir aujourd’hui au Liban lorsqu’une jeune fille apprend encore, dans trop de foyers, que la colère d’un homme doit dicter sa conduite ? Autour de moi, la réalité montre que l’autonomie d’une femme demeure un combat quotidien.Cette inégalité apparaît dans les détails du quotidien. Dans certains milieux, l’éducation d’une fille reste perçue comme un investissement secondaire. On surveille et on culpabilise une jeune fille sur sa tenue pour préserver un prétendu « honneur » familial, tout en fermant les yeux sur les actes des garçons. Plus tard, le travail épuisant des mères au foyer est banalisé, est privé de toute reconnaissance sociale et économique.Mais derrière le mot...
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