Des membres du Hezbollah lors des funérailles d'un membre du parti tué suite aux bombardements israéliens au Liban-Sud, le 21 octobre 2023 dans la banlieue sud. Photo d'archives Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
Les États-Unis ont jeudi émis une nouvelle salve de mesures contre le Hezbollah, sanctionnant des financiers et réinscrivant la formation sur la liste des sanctions au titre de ses liens avec la Force al-Qods, l’unité des gardiens de la révolution iraniens chargée des opérations extérieures. Une décision qui ouvre un long débat autour de la nature hybride du Hezbollah, un parti téléguidé depuis Téhéran mais comptant des centaines de milliers de partisans au Liban.
Pour Washington, la décision du Trésor est une façon de trancher le débat, en consacrant la milice de facto comme un groupe iranien. « Parce que le sommet du parti est iranien, il n'est clairement pas prêt à engager un dialogue sérieux avec le gouvernement sur les armes », indique une source diplomatique américaine sous couvert d'anonymat à notre journal. Toutefois, cette décision ne « vise en aucun cas à aliéner ou remettre en cause la libanité » de la base populaire du parti. « Au contraire, les décideurs à Washington sont conscients que la communauté chiite doit faire partie de la solution », dit la source. Dans la vision de Washington, à en croire cette source, les sanctions - qui ont également touché plusieurs hommes d'affaires constituant une chaîne de financement entre l'Iran, la Turquie et le Liban - visent donc à « neutraliser l'économie politique » du Hezbollah et à présenter l'État libanais comme une offre politique et économique alternative.
Berry, « facilitateur »
« Pour l'instant, Beyrouth doit être le seul à soutenir les déplacés. Ensuite, il devra piloter le processus de reconstruction. Cela permettra de ramener la communauté chiite dans le giron de l'État », assure la source diplomatique. Et d'ajouter: « Cela nécessite de soutenir le gouvernement, tout en coupant les réseaux de financement illicites du Hezbollah et en neutralisant ses institutions, comme al-Qard al-Hassan ». La source dit que Washington attend du gouvernement libanais et de la Banque centrale qu'ils participent à ces efforts aux niveaux législatif et judiciaire. Les États-Unis veulent notamment que le Liban accélère la mise en œuvre du plan de désarmement, dans la capitale aussi, d’autant plus dans le contexte régional volatil actuel.
Concernant le président du Parlement, Nabih Berry, que certains à Beyrouth et à Washington espèrent voir sanctionné, la source affirme qu’il est perçu par les États-Unis comme un « facilitateur » plutôt qu’un obstacle, d'autant qu'il « reconnaît que les chiites ont besoin de la reconstruction plutôt que des armes ». « Nabih Berry veut clairement la réussite de l’accord-cadre entre le Liban et Israël et des zones pilotes, même s’il ne le dit pas ouvertement », indique cette source. Et d’ajouter : « Il joue un rôle important dans la séquence de Ali Taher, puisqu’il a été déçu du fait que le Hezbollah a refusé de livrer cette colline à l’armée libanaise pour éviter une nouvelle flambée de violence ». Le bureau de M. Berry aurait d'ailleurs été informé en amont de la volonté américaine de décréter de nouvelles sanctions contre son allié. Selon nos informations, après la tournée menée par l’American Task Force for Lebanon cette semaine, les décideurs à Washington se montrent plus « compréhensifs » à l’égard de M. Berry, mais aussi de l’armée libanaise, dirigée par Rodolphe Haykal. « Nous sommes prêts à comprendre et à aider, mais cela ne signifie pas qu’ils peuvent rester les bras croisés. Nous avons des attentes », dit la source.
« Fier » du lien avec l'Iran
Dans le même esprit, Massaad Boulos, conseiller du président Donald Trump, a indiqué jeudi sur son compte X que les mesures prises par Washington « confirment notre détermination à démanteler ces réseaux de financement du terrorisme ». Il a ajouté que l'Iran « utilise le Hezbollah pour semer le chaos au Moyen-Orient, saper la souveraineté du Liban et menacer nos alliés régionaux »
De son côté, le Hezbollah a réagi vendredi en affirmant qu'il n'avait pas besoin d'un « certificat » pour prouver son « appartenance au Liban ». Cette décision du Trésor américain « n’est en réalité qu’un nouvel épisode des politiques menées de manière continue par les administrations américaines pour cibler la résistance (...) dans le but de protéger la sécurité de l’ennemi israélien, de consolider son occupation du Liban-Sud et de lui ouvrir la voie pour mettre en œuvre ses projets et ses ambitions expansionnistes dans la région », écrit dans un communiqué la formation chiite. Pour le Hezbollah, Washington « continue de traiter le Liban dans une logique de tutelle » et « cherche à provoquer des troubles à l’intérieur du Liban et à détourner la confrontation avec l’ennemi israélien dans une autre direction », et ce « au lieu de contraindre cet ennemi à se retirer du Liban-Sud », que son armée occupe sur près de 700 km2.
Concernant ses liens avec Téhéran, le Hezbollah évoque une « relation étroite et fraternelle avec la République islamique d’Iran », dont la formation se dit « fière ». L'Iran « est resté à (nos) côtés durant toutes les étapes et lors de toutes les crises et a été l’un des premiers pays à contribuer à la reconstruction de ce qui avait été détruit par l’agression sioniste pendant la guerre de juillet 2006 », écrit le parti-milice.
« L’administration américaine ne possède aucune légitimité morale ou juridique pour classifier les autres ou leur délivrer des certificats de patriotisme », lance le Hezbollah, évoquant « le soutien (américain) sans limite au génocide à Gaza, sa couverture des crimes de l’ennemi israélien et des meurtres et destructions qu’il commet au Liban, au Yémen et en Syrie, son agression contre la République islamique d’Iran ». « Toutes ces sanctions et classifications injustes ne nous détourneront pas de notre attachement au choix de la résistance », conclut le Hezbollah.


Et Washington dit quoi à propos des milliers de libanais, hommes, femmes, enfants, morts sous les bombardements israéliens, les maisons, commerces, fermes, oliveraies, détruits délibérément en punition collective d’un peuple ?
19 h 09, le 30 août 2026