Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

Quand le sac de la honte devient la couverture d’un nouveau-né... et son linceul

Le Liban, été 2026. Il y a des tragédies et des nouvelles qui frappent notre esprit et devant lesquelles les mots se figent, terrassés par l’horreur. Il y a aussi des actions et des malheurs qui brûlent notre âme et forcent notre société à se regarder dans le miroir de sa propre déchéance et de son échec majeur.

La découverte d’un nouveau-né jeté et abandonné dans un sac, qui a lutté en vain pendant des heures d’agonie à l’hôpital avant de rendre son dernier souffle, vient ajouter un autre coup de poignard au reste minuscule de notre conscience collective au Liban. Ce petit être, dont l’existence s’est résumée en une agonie et un chemin de croix, n’est pas seulement la victime d’un abandon anonyme. En effet, la mort de ce nouveau-né, survenue après un douloureux combat médical, est le symbole cruel d’un pays en plein naufrage moral, où l’effondrement des valeurs et l’absence de dignité humaine finissent par broyer et avaler les êtres les plus purs et les plus vulnérables.

Ce drame devient insoutenable, d’autant qu’il n’est plus un événement unique ou isolé. Depuis quelques mois, voire quelques années, ces phénomènes inhumains et ces incidents barbares se répètent à un rythme effrayant à travers tout le territoire. Cette cruauté porte un caractère répétitif alarmant : on peut trouver des nourrissons dans les bennes à ordures des grandes villes, aux abords des routes ou dans des sacs en plastique abandonnés sur les trottoirs.

Cette récurrence récente nous fait comprendre que nous ne faisons plus face à des accidents isolés, mais bien à une véritable hémorragie morale et à un problème structurel qui frappe notre société et la réduit en cendres. Chaque nouvel enfant abandonné est un témoignage indomptable qui affirme que le seuil de l’inhumanité a été franchi et que l’horreur est en train de se banaliser et de se standardiser sous nos yeux indifférents.

On ne dépose pas un enfant à l’agonie dans un sac en plastique par fatalité économique ou par oubli ; aucune explication ne peut justifier ces actions ! Personnellement, je vois qu’on est capable de le faire lorsque la cruauté pure, la lâcheté ou un désespoir sauvage ont totalement oblitéré l’instinct le plus fondamental de l’espèce humaine, qui n’est autre que la protection de sa propre progéniture. Ce drame irréversible et cette tache rouge qui salit la conscience de son porteur mettent l’accent sur la détresse absolue des parents qui commettent le pire des crimes, révélant ainsi la faillite de notre société. Le fait que cet enfant ait survécu quelques heures entre les murs de l’hôpital prouve qu’il s’accrochait à la vie, qu’il réclamait son droit de vivre et d’exister parmi nous. Malheureusement, notre passivité collective et l’absence de filets de sécurité sociale lui ont opposé une fin de non-recevoir définitive.

Devant une telle abomination, les larmes et cette compassion un peu passive ne suffisent plus ! Il faudrait que l’indignation laisse rapidement place à une rigueur institutionnelle et à une fermeté policière absolue, sans demi-mesure. Les autorités sécuritaires, judiciaires et administratives devraient mettre en place des protocoles drastiques pour contrôler, traquer et identifier, sans relâche, les auteurs de ces infanticides et ces monstres déguisés en masques humains.

Il devient urgent d’installer une surveillance stricte de l’espace public, via l’exploitation systématique des caméras, mais également de surveiller de façon inflexible les circuits des admissions obstétriques clandestines et les accouchements non déclarés.

Personne ne doit pouvoir condamner un nouveau-né à une mort certaine dans l’anonymat le plus total sans que la République ne remonte sa trace. Personne ne doit pouvoir mener sa vie en paix apparente avec des mains aux empreintes transparentes, mais couvertes d’un sang invisible.

La justice, souvent accusée de lenteur ou de complaisance, doit ici frapper avec une main de fer avec une sévérité implacable. La réponse de l’État ne peut plus se limiter à l’ouverture de dossiers administratifs, à la publication de communiqués de presse routiniers et à une simple sensibilisation d’un public qui sombre dans un état d’insensibilité absolue !

Notre arsenal pénal doit brandir un bouclier de dissuasion pour mettre fin à ces actions et éradiquer une fois pour toutes ces comportements monstrueux de notre paysage social. Au-delà de ces démarches policières extrêmes, ce drame interpelle également nos systèmes sociaux et nos structures religieuses et civiles. Où sont les cellules d’écoute pour les mères en détresse ? Où sont les « boîtes à bébés » sécurisées qui permettent aux femmes vulnérables de sauver la vie de leurs enfants loin du regard social et du jugement ? Où en sommes-nous aujourd’hui de l’humanité quand on laisse le tabou moral et l’indigence économique imposer leur loi, poussant indirectement nos frères et sœurs vers l’irréparable ?

Chaque fois qu’un nouveau-né est abandonné dans la rue, c’est un morceau de notre dignité nationale que nous enterrons ensemble. Chaque fois qu’un nouveau-né meurt après avoir visité – ou plutôt effleuré – notre monde, c’est une empreinte de honte qui marque notre passage sur terre. Il est vrai que la colère submerge notre âme aujourd’hui face à cette réalité méprisable, mais l’important est de transformer nos sentiments en une politique de tolérance zéro. On ne peut pas s’habituer à l’horreur et on ne doit pas laisser l’indifférence prendre place dans notre quotidien comme si la vie humaine avait perdu son caractère sacré.

Protégeons l’enfance au Liban, traquons les personnes qui la broient, châtions les coupables légalement et accrochons-nous à ce dernier rempart qui nous sépare encore du néant civilisationnel et de la barbarie totale !

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Le Liban, été 2026. Il y a des tragédies et des nouvelles qui frappent notre esprit et devant lesquelles les mots se figent, terrassés par l’horreur. Il y a aussi des actions et des malheurs qui brûlent notre âme et forcent notre société à se regarder dans le miroir de sa propre déchéance et de son échec majeur.La découverte d’un nouveau-né jeté et abandonné dans un sac, qui a lutté en vain pendant des heures d’agonie à l’hôpital avant de rendre son dernier souffle, vient ajouter un autre coup de poignard au reste minuscule de notre conscience collective au Liban. Ce petit être, dont l’existence s’est résumée en une agonie et un chemin de croix, n’est pas seulement la victime d’un abandon anonyme. En effet, la mort de ce nouveau-né, survenue après un douloureux combat médical, est le symbole cruel...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut