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Nos lecteurs ont la parole

L’ennemi (5) : les vertus

Malgré une paix séparée de certains États arabes avec Israël, et la réussite des accords d’Abraham, le Levant, tourmenté par des idéologies séculières et religieuses, victime d’une culture rétrograde, affronte des difficultés à assumer la sérénité nécessaire pour achever une concorde conciliatoire, souvent bousculée par un fanatisme latent ou manifeste. Un accord récent entre le Liban et Israël, favorable aux deux nations, mais surtout à la population déplacée du Liban, s’est heurté à une contestation virulente et à un désaveu cabalistique de tout rapprochement cependant souhaité par une majorité de la population.

L’inimitié persistante entre les peuples israélien et arabe, entérinée par la montée des menaces régionales et des formations paramilitaires, soulève la préoccupation de la sécurité comme une priorité absolue pour Israël. L’implantation de colonies, les offensives militaires et le contrôle de zones stratégiques relèvent de cette nécessité, soutenant la théorie de l’expansion territoriale planifiée. La progression du processus de paix dépendra de garanties sécuritaires et de compromis diplomatiques, dans un contexte marqué par la complexité des enjeux régionaux et par la mémoire des accords passés.

L’obstacle géopolitique primordial à une communion des cœurs et des esprits repose sur la migration involontaire du peuple palestinien, et la détresse permanente inhérente à un statut de réfugié. Le discours politique considère que la présence israélienne en Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est est une occupation militaire, perçue comme une injustice historique et une colonisation de terres arabes. La terre de Palestine incarne une profonde sainteté dans l’idéologie de l’islam, principalement parce qu’elle abrite la mosquée al-Aqsa, qu’elle a été la destination du Voyage nocturne du Prophète, et qu’elle est la terre où de nombreux prophètes vénérés ont vécu et prêché. Le monde islamique considère la présence d’un État souverain non musulman au cœur du Moyen-Orient comme un défi théologique à la domination historique de l’islam et une violation de la sainteté des lieux saints musulmans. Une évolution culturelle des peuples musulmans, enchaînés à une dissociation religieuse, déroutés par une obsession postcoloniale et une perception antioccidentale renforcées par une hégémonie européenne, un impérialisme culturel et une souveraineté historique, à travers défaites et infirmités militaires, a échappé à la marche du temps et au mouvement de l’histoire. La création d’Israël sera ainsi considérée comme une extension de l’impérialisme de l’Occident, accusé de vouloir corrompre la cohésion communautaire, définie par un sentiment collectif de solidarité, décrite par Ibn Khaldoun sous le terme de la assabiyya, dans son ouvrage capital al-Mouqaddima, un paysage social envisagé durant les temps modernes dans la perspective de l’arabisme islamisé. Ainsi, le conflit avec la population palestinienne sera éprouvé comme une atteinte à la solidarité et l’ethnicité panarabes, et le conflit mesuré comme une agression existentielle menaçant les droits arabes.

De ce désarroi politique, l’idéologie du « palestinisme », considérée comme une stratégie politique structurée autour de la centralité de la cause palestinienne, allait naître. Ce concept, distinct de la défense historique du droit des Palestiniens, est défini comme une grille de lecture radicale, signalant une mutation doctrinale articulée autour d’une rhétorique antioccidentale, orientée vers la délégitimation d’Israël. Cette substitution a permis à la doctrine militante du « palestinisme », dont l’instrumentalisation avait consisté à importer le conflit israélo-palestinien dans la culture occidentale, de s’infiltrer dans les sociétés européennes et de rallier divers courants radicaux, entremêlant l’anarchie culturelle du wokisme et l’acrimonie ascendante contre le colonialisme. Une convergence idéologique entre l’« axe de la résistance » et le régime iranien, consolidée par l’instrumentalisation de la victimisation, a créé une connexion stratégique profonde, ancrée dans la doctrine de la jurisprudence islamique chiite. En fait, l’imposture victimaire, à travers l’instrumentalisation de la propagande, a permis de dévier des sommes colossales destinées à soutenir une militarisation avancée d’un segment de la population, sous prétexte de vouloir libérer les territoires considérés palestiniens de l’emprise de l’ennemi, alors que la raison inédite était la conquête politique de pays arabes et la domination de gouvernements faibles ou corrompus, pendant que le « palestinisme » était le prétexte idéologique de vouloir attaquer la culture occidentale et s’infiltrer dans ses structures.

L’immaturité politique de la population avait conduit les États issus du démantèlement des pouvoirs mandataires à déléguer le pouvoir à des gouvernements autoritaires et à des idéologies fascistes, qui ont utilisé le conflit israélo-arabe dans le but de s’approprier le soutien public et de distraire la population des crises domestiques. Présenter Israël comme la menace d’un ennemi extérieur permettait à ces régimes de maintenir la cohésion nationale et de réprimer la dissidence interne, ainsi que de donner naissance à des entités politiques ou militaires, dont le slogan constitutif était la lutte contre l’ennemi sioniste. Diaboliser le sionisme justifiait ainsi une liberté d’action et élargissait la distance pour une réconciliation programmée, pendant que les gouvernements israéliens successifs profitaient de l’accalmie hostile pour se renforcer sur le terrain. L’orientation par l’intermédiaire de la subversion culturelle, financière et militaire à vouloir dévaliser les pays arabes de leur pouvoir, permettant à l’État iranien d’étendre son rôle de puissance régionale, a culminé avec la création de « proxies » vassalisés, divinisant ainsi la violence et enracinant le culte de la mort en un dogme rédempteur.

Continuer à se morfondre dans la nostalgie d’un passé aux contours perçus comme lumineux, à chercher dans le fanatisme la réponse à un vide intellectuel, ou à vouloir s’accrocher à l’écho lointain d’une révélation céleste, à croire que la gloire sera achevée par un retour à l’âge de la prophétie, ou que la victoire n’attend que l’assaut de la brigade des anges, c’est donner à l’obscurantisme la valeur d’une pédagogie. Cependant, malgré un narratif communautaire encore primitif ainsi qu’une indignation publique élevée, le pragmatisme et la sécurité nationale ont conduit plusieurs gouvernements arabes à prioriser les intérêts de l’État, menant à des liens formels ou informels avec Israël.

En 1979, le chiisme, secoué par la révolution islamique iranienne cristallisée autour de la prise d’otages de l’ambassade américaine, dont le but essentiel était de purger le Moyen-Orient de l’influence occidentale, avait subi un réveil brutal. La dérive, encore plus véhémente. Le « croissant chiite » ainsi nommé servirait les intérêts sécuritaires et stratégiques de l’Iran face à ses rivaux régionaux et internationaux. L’état de guerre permanente, devenu une seconde nature, habitait les cœurs et érodait les esprits. L’hostilité, répandue à travers toutes les strates communautaires, un état d’âme. Une prise de conscience est devenue absolument nécessaire. La promesse de construction et de réhabilitation n’est pas en elle-même suffisante. « La prison la plus difficile d’où s’échapper est celle de l’esprit captif. » La désintoxication mentale sera lente et pénible.

À suivre…

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Malgré une paix séparée de certains États arabes avec Israël, et la réussite des accords d’Abraham, le Levant, tourmenté par des idéologies séculières et religieuses, victime d’une culture rétrograde, affronte des difficultés à assumer la sérénité nécessaire pour achever une concorde conciliatoire, souvent bousculée par un fanatisme latent ou manifeste. Un accord récent entre le Liban et Israël, favorable aux deux nations, mais surtout à la population déplacée du Liban, s’est heurté à une contestation virulente et à un désaveu cabalistique de tout rapprochement cependant souhaité par une majorité de la population. L’inimitié persistante entre les peuples israélien et arabe, entérinée par la montée des menaces régionales et des formations paramilitaires, soulève la préoccupation de la...
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