Cette année, j’ai commencé une nouvelle aventure : enseigner pour la première fois l’histoire-géographie en français à des élèves de sixième. Une expérience passionnante, au cours de laquelle j’ai eu la joie de voir naître chez beaucoup d’entre eux une véritable curiosité et un amour sincère pour l’histoire, le patrimoine et leurs racines.
Mais parmi eux, un élève s’est particulièrement démarqué : Serge, par son amour infini pour son village, Maad.
Tout au long de l’année scolaire, Serge arrivait régulièrement en classe avec quelque chose à partager : un livre, une image, une anecdote, parfois même une pierre ! Tout pouvait devenir prétexte à parler de Maad, de Byblos, des Phéniciens ou du patrimoine libanais. Même lorsqu’il devait filmer ses projets scolaires, Serge trouvait toujours le moyen d’y glisser un paysage, une histoire ou un morceau de son village.
Depuis des mois, il me répétait avec enthousiasme : « Madame, il faut venir visiter Maad ! »
Et Serge ne plaisantait pas. Il insista tellement auprès de sa maman qu’elle finit par me contacter pour organiser cette fameuse visite.
C’est ainsi que, le dimanche 17 août, vers 17 heures, je suis arrivée à Maad avec mes deux fils, Alexandre et Gabriel, ainsi que ma tante Vicky, qui connaissait déjà la famille de Serge.
Nous pensions venir découvrir un village. Nous allions finalement y passer plus de cinq heures, jusqu’à 22h30, et surtout vivre une véritable immersion dans son histoire et dans la vie d’une famille profondément attachée à sa terre.
Ce soir-là, les rôles s’inversèrent : l’élève devint professeur.
Serge avait soigneusement préparé notre parcours. À pied, nous nous sommes faufilés entre les maisons de ce magnifique village, si bien préservé, propre et chaleureux. Nous avons commencé par le musée de Sainte-Rafqa, tandis que Serge nous racontait avec passion son histoire et son passage à Maad, où elle enseignait autrefois à l’école des filles.
Puis vint l’un des moments forts de notre visite : l’église Saint-Charbel d’Edesse, que Serge avait tenu absolument à nous faire ouvrir. Une merveille, notamment avec ses magnifiques fresques byzantines.
Et c’est là que se produisit l’anecdote qui restera probablement longtemps dans nos mémoires : Alexandre se retrouva enfermé dans l’église !
Nous étions déjà repartis lorsque la petite sœur de Serge, Sarah Maria, commença à répéter avec inquiétude : « There’s someone in the church ! There’s someone in the church ! »
C’était Alex !
Le jeune villageois qui détenait la clé dut alors revenir en mobylette pour libérer notre prisonnier improvisé. Un épisode qui provoqua évidemment beaucoup de rires et qui fait désormais partie de l’histoire de notre visite à
Maad !
L’aventure continua avec le papa de Serge, qui nous emmena découvrir d’autres endroits du village et de ses environs. Certaines découvertes furent même nouvelles pour Serge et son père, donnant à cette promenade des allures d’exploration familiale.
Mais Serge avait encore une demande : il tenait absolument à ce que nous découvrions les ruines de l’ancien couvent de Mar Abda.
Nous y sommes arrivés alors que le jour commençait à tomber. Dans la lumière du soir, au milieu des pierres anciennes et du silence, le lieu avait quelque chose de magique. Nous y avons pris de magnifiques photos, comme pour garder une trace de cet instant suspendu entre histoire, nature et mémoire.
Après tant de découvertes, retour à la maison pour une pause bien méritée : glace, fraîcheur et une belle partie de ping-pong entre garçons.
Nous avons également eu le bonheur de rencontrer les grands-parents de Serge. Et, en les voyant, j’ai compris un peu mieux d’où venait cet attachement si profond. L’amour d’un village se transmet. Il passe d’une génération à l’autre, à travers les histoires racontées, les maisons conservées, les traditions, les souvenirs et cette fierté toute simple de montrer d’où l’on vient.
La soirée s’est achevée au petit club du village, sous l’arbre, autour de bonnes manakish et d’un burger, dans cette simplicité qui rend parfois les moments tellement précieux.
Lorsque nous avons quitté Maad vers 22h30, je repensais à cette année passée à enseigner l’histoire à Serge.
Car ce dimanche-là, finalement, ce n’était plus moi le professeur.
Pendant quelques heures, Serge avait pris ma place. Il avait préparé son parcours, raconté ses histoires, partagé ses connaissances et surtout transmis son enthousiasme. Il nous avait appris à regarder son village avec ses yeux.
Et peut-être est-ce là l’une des plus belles récompenses du métier d’enseignant : voir un élève s’approprier ce qu’il apprend, le relier à ses propres racines, puis éprouver à son tour le désir de le transmettre.
Merci Serge, et merci à toute ta famille, pour cette après-midi devenue soirée, pour la générosité, la chaleur et l’hospitalité.
Nous étions venus visiter Maad. Nous sommes repartis avec un peu de Maad dans le cœur.
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