Le temps presse. Oui, parce que tout au long des guerres et surtout aux premiers moments des conflits, il n’y a pas de temps pour réfléchir afin de peser le pour et le contre et arriver au jugement adéquat et à la décision appropriée. Pas de temps pour prendre son temps, et donc pas de temps à perdre. Il faut parer au plus vite, au plus rapide et au plus facile à atteindre. Essayer d’agir, à la hâte et malgré les conditions limitées, avec les ressources disponibles et les moyens du bord accessibles. Toute opportunité susceptible d’être à portée de main peut faire l’affaire, devient utile et nécessaire. Essayer, le plus rapidement du monde, de sauver sa tête en s’efforçant, autant que faire se peut, de garder ses plumes et de protéger ceux qu’on aime et qui nous sont chers. Même à la va-vite, même sans apporter le soin et la réflexion nécessaires. L’important, c’est de fuir les zones dangereuses. Déguerpir, à tout prix, des régions à risque et sauver sa peau (surtout après avoir reçu un de ces cruels avertissements du porte-parole de l’armée israélienne semblable à l’oiseau de mauvais augure). Par conséquent, tout devient licite et compréhensible pour se protéger et se mettre à l’abri. Les écoles, les lieux de culte, les endroits publics, les trottoirs… Même dépourvus d’équipements sanitaires et d’installations nécessaires à la vie quotidienne, ces endroits deviennent indispensables.
Le seul « avantage » – rien de plus orphelin – qu’on puisse tirer de ces circonstances douloureuses, de ces situations insupportables, ce sont les nombreuses initiatives humanitaires qui apparaissent de part et d’autre. Des âmes généreuses qui se coupent en quatre pour aider et amoindrir les souffrances de leurs concitoyens ou pour assurer un minimum de services vitaux indispensables. Notamment au début des affrontements. Parce que, comme toujours, les initiatives les plus louables, les actes de bonté, les élans de cœur les plus charitables, à quelques rares exceptions près, vont généralement en se dégonflant, en fondant comme neige au soleil.
Durant la guerre, personne n’a le temps de penser à l’après-guerre, à ses séquelles et aux conséquences fâcheuses qui vont, tôt ou tard, se manifester. Durant la folie de la guerre, on vit en plein dans le déni. C’est le sauve-qui-peut à fond. C’est la débandade, un désordre où chacun essaye de se tirer d’affaire comme il peut. C’est la panique, l’anarchie et la confusion totale au plus haut degré.
Les problèmes surgissent habituellement après les guerres. C’est après qu’on réalise l’ampleur des dégâts. Les conséquences négatives commencent à pointer le bout de leur nez. Un prix élevé à payer qui s’impose et s’étend, très souvent, sur de nombreuses générations à venir. Un héritage à léguer, tel un cadeau empoisonné, aux descendances futures. Une succession, pour le moins qu’on puisse dire, rien de plus lugubre, rien de plus déplaisante. Parce que, à part les victimes et les destructions, une guerre amène toujours son lot de répercussions économiques déplorables.
La récession s’installe. L’inflation s’emballe. Le pouvoir d’achat s’effondre. Le chômage progresse. La contrepartie financière exorbitante de ces affrontements armés apparaît : le prix de la reconstruction faramineux, l’augmentation des taxes et des impôts, avec en contrepartie des prestations étatiques et sociales qui s’amenuisent, la cherté de la vie galopante, la production économique contractée, le produit intérieur brut (PIB) qui chute, la consommation qui diminue, les investissements qui baissent, le chômage qui augmente, la pauvreté qui se répand de plus en plus…
Et de plus, c’est toujours le peuple, les classes moyenne et pauvre, ceux qui évoluent dans un contexte socio-professionnel modeste, qui paient les pots cassés. Ce sont eux qui supportent les dommages et endossent la responsabilité d’une opération indépendante de leur volonté. Une action, souvent inconsidérée, qu’ils n’ont pas voulue, qu’ils n’ont pas recherchée, qu’ils n’ont pas choisie.
Plus terrifiants que les guerres, plus impitoyables que les conflits, c’est les dessous et le revers de la médaille.
Les dégâts sont là, et l’heure des factures approche. Mieux vaut s’arrêter là pour ne pas sombrer davantage dans la consternation et le désarroi. Déjà qu’on a le moral dans les chaussettes !
Mais, malgré cela, et comme la majeure partie des Libanais, on garde, envers et contre tout, l’espoir de voir, pour ce pays, la lumière au bout du tunnel. Inchallah !
Avocat à la cour
Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

