Keigo Higashino, le grand maître du polar japonais, est décédé. Dit comme ça, certains oublieront rapidement cette terrible nouvelle face aux évènements qui troublent le pays.
Un des derniers livres sortis en poche de Higashino est, curieusement, une histoire d’amour : Mondes Parallèles. Dans ce roman, probablement le seul de l’auteur, il s’agit d’un homme qui tombe amoureux de la petite amie de son meilleur ami. Il s’avère que cet homme travaille sur les souvenirs. L’idée est la suivante : si on effaçait nos souvenirs, est-ce que le cours des évènements aurait changé ? Retour en arrière, tous les personnages se retrouvent dans un monde parallèle où tout doit recommencer. Sous quelle forme ? Jusqu’où peut aller la science ?
Trêve de bavardage ! Ce n’est pas le roman qui intéresse.
Imaginons que le monde au Liban s’était arrêté en 1982 et que cette nouvelle génération de jeunes leaders avait l’ingéniosité de placer leurs idées. Ils n’étaient pas nés. Mais si tous ces souvenirs de guerre intégrés dans la mémoire collective s’effaçaient soudainement dans l’optique de créer à nouveau un Liban en paix et florissant, utopie me diriez-vous !
Dans l’absolu, je vous donnerais raison. Cependant, si nous radions de nos esprits où règnent les mafieux et autres chefs de clans ou de partis politiques dont la magnificence est tombée en désuétude depuis longtemps pour mettre en avant un pays où la politique joue un vrai rôle loin du népotisme et de la corruption et recommençons comme si de rien n’était, la partie est jouable, avec les risques encourus.
Nous sommes ancrés dans un passé révolu. Passé où soi-disant l’honnêteté existait un peu plus – si peu – mais où régnait la joie de vivre quand même. Il n’y a plus de grands hommes comme certains se plaisent à ressasser vainement. Il n’y a plus d’hommes tout court. Les décideurs et les grands donneurs de leçons apparaissent sur nos écrans comme des messies dont l’aura est en train de se ternir.
Si ce monde parallèle devait exister, nous serions sans doute plus heureux. Il est vrai que notre inventivité pour les problèmes est sans limites et nous créons, à partir de rien, un magma pour troubler nos existences.
Beaucoup de choses auraient pu être mieux gérées. Une lapalissade certes ! Mais tellement vraie. Il n’existe plus de leaders (avec tout le respect que j’ai pour les uns et les autres, tous partis politiques confondus). Juste des personnes qui émettent des idées ou des critiques soi-disant constructives. Les votes ne se font plus par conviction mais par habitude. Quelle démocratie allons-nous laisser à nos petits-enfants ! Notre descendance, si nous avons une, est déjà aliénée par ce que lui ont inculqué leurs aïeux. Laissons une chance à la troisième ou quatrième génération pour se faire une réelle idée de la politique et se forger leurs propres convictions même si elles sont contre les nôtres. Je sais, c’est difficile de se résoudre à cette idée. Nous suivons X ou Y depuis des générations, pourquoi changer ?
Excellente question ! Parce qu’il le faut… Si nous continuons à forger nos enfants à notre image, aucune évolution ne sera possible et nous resterons ancrés dans un passé souvent très peu glorieux.
Il faut les laisser lire et découvrir l’histoire et non la leur expliquer comme nous la concevons. Notre étude est dénuée de toute objectivité et de nouvelles idées doivent transparaître. Ce n’est malheureusement pas en décidant ce qui est bien ou ce qui est mal pour eux, politiquement parlant, qu’ils apprendront quoi que ce soit. D’ailleurs, ont-ils jamais appris quelque chose de la vie ?
Je doute. Ils déblatèrent, pour la plupart (je ne veux pas généraliser), ce qu’on leur a dit. Souvent une version biaisée de la réalité. Avant que le dégoût et l’amertume ne les prennent et qu’ils s’expatrient car ils ne voient pas leurs idéaux – ou ceux de leurs parents – transcender.
Vivre dans le passé ne mène strictement à rien. « Il était un bon leader », « il n’existera plus d’hommes comme lui », combien de fois ai-je entendu ces phrases ? Mais qu’est ce qui vous empêche d’en avoir un ? Votre manque de combativité ou de clairvoyance. Les dernières élections ont bien prouvé que rien n’a changé. Ceux qui se réclamaient du renouveau se sont soit alignés ou mieux, au lieu de former un bloc, se sont disputés comme tous les grigous qui les ont précédés à leur place et qui préparent leur progéniture pour les prochaines élections, même si elle ne veut pas ou n’est pas capable de prendre le poste.
Un monde parallèle où les grands cerveaux se rencontrent pour bâtir un Liban prospère aurait dû être créé si nos souvenirs étaient détruits. Au lieu d’une histoire d’amour, Higashino aurait pu écrire une histoire politique du Liban, pas celle inventée, remasterisée à plusieurs reprises jusqu’à ce qu’elle perde sa consistance.
On me demande pourquoi je n’évoque pas mes opinions politiques dans mes articles et je lance juste des idées philosophiques pour un monde idéal. Pourquoi ? Y a-t-il encore des idées politiques convenables pour ce que nous sommes devenus ? Défendre qui ou quoi ? Y a-t-il vraiment une personne digne d’avoir des idées auxquelles je pourrais adhérer en étant sûr qu’elle tiendrait une ligne de conduite stable sans, un jour, retourner sa veste ?
Je n’y crois plus. Il faudrait refondre le Liban et brûler pas mal de monde.
Un de mes collègues préconisait un Kim Jong-un qui élimine systématiquement tous ceux suspectés de corruption. Je me demande qui resterait aux commandes du Liban alors ?
Gros problème !
Je vous laisse méditer ces dernières paroles.
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