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Nos lecteurs ont la parole

Le discours idéologique ou l’anti-pensée !


En écoutant ce qu’on appelle une conférence et débat dans une salle d’hôtel en plein Beyrouth, avec une nombreuse assistance et sur un sujet qui porte sur l’avenir de ma patrie, je me trouve confrontée à la nature même du discours idéologique, tout discours idéologique. 1. Hypernormativité de l’idéologie. Son ordre, ses règles suscitent l’admiration et envoûtent ! Dans une sorte de divination, on vous dessine avec une incroyable précision les jours futurs. On vous impose les lois les plus développées qui, par une sorte d’intelligence suprême, font dissoudre le problème qui a tant tracassé philosophes et juristes. Or, selon une analyse qui remonte à Platon, tout surpoids normatif est le signe d’un mal éthique. 2. Surcharge d’affects. L’idéologie, surchargée d’affects (rancune, colère, désespoir…) se dissocie progressivement du monde qui l’a nourrie pour fonder son empire parallèle. Elle croira être toujours fidèle à ses origines, proclamera son caractère filial, mais elle est devenue un enfant méconnaissable ! Elle est doublement éloignée de la vérité. Elle se superpose au monde sensible pour devenir une mauvaise copie, une excroissance inutile. L’idéologie promet sans réflexion, sans arguments. C’est l’ultime solution. Elle ressemble tout à fait à un enfant qui désire et qui cherche sans avoir aucun moyen. 3. Manichéisme.Toute l’histoire du Liban est résumée en une sorte de manichéisme. Les héros de l’un sont les ennemis des autres. Les victoires de ceux-ci sont les défaites de ceux-là. Des oppositions à n’en plus finir. Or pour convaincre, il faut être un peu vérace. Peut-on faire vraiment abstraction de tous les moments d’entente, de collaboration ? Peut-on faire abstraction de mes amitiés à l’université, de mes amis chrétiens, de mes amis de toutes les communautés ? Quel Libanais d’aujourd’hui n’attend pas une certaine guerre, civile, internationale ou mondiale ? Je l’admets, mais je ne crois pas que des palabres sur le système politique soient une solution.

Pascal définissait ainsi la tyrannie : « La tyrannie est de vouloir avoir par une voie ce qu’on ne peut avoir que par une autre. » On ne peut pas plaquer le modèle des autres nations sur la nôtre. Que signifie penser, essayer de le faire ?

Il s’agit de mieux enseigner la philosophie, qui n’est pas pure spéculation, mais dont le but est, selon Descartes, de « régler nos mœurs et nous conduire en cette vie ». Retrouver l’humanisme à l’encontre de toute programmation mentale. 4. Malaise actuel et psychanalyse. L’idéologie naît toujours d’un malaise actuel qui, même s’il épargne quelques privilégiés, fait la souffrance de la majorité. Si ce n’était pas le cas, il aurait fait partie de ces idées éphémères, de ces utopies que l’on fuit par ennui. Mais cela encore témoigne d’une certaine défaillance. C’est cela qui fonde sa dangerosité et les masses qui y adhéreront. On ne peut donc jamais condamner aveuglement les idéologies et se réfugier dans des anthropologies négatives. L’homme est mauvais, nous n’échapperons jamais à ses lubies maladives et toute idéologie en promet une autre. L’idéologie est un symptôme, c’est-à-dire un sujet de fouille archéologique, un sujet de psychanalyse, de médecine. Avant de l’ausculter, on ne dira jamais à un patient très malade qu’il est un cas perdu. Il s’agit de comprendre l’idéologie, ses réclamations et ses justificatifs pour lui proposer une solution alternative.

Étudiante en philosophie et psychologie, USJ

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

En écoutant ce qu’on appelle une conférence et débat dans une salle d’hôtel en plein Beyrouth, avec une nombreuse assistance et sur un sujet qui porte sur l’avenir de ma patrie, je me trouve confrontée à la nature même du discours idéologique, tout discours idéologique. 1. Hypernormativité de l’idéologie. Son ordre, ses règles suscitent l’admiration et envoûtent ! Dans une sorte de divination, on vous dessine avec une incroyable précision les jours futurs. On vous impose les lois les plus développées qui, par une sorte d’intelligence suprême, font dissoudre le problème qui a tant tracassé philosophes et juristes. Or, selon une analyse qui remonte à Platon, tout surpoids normatif est le signe d’un mal éthique. 2. Surcharge d’affects. L’idéologie, surchargée d’affects (rancune, colère,...
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