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Aumône des fiertés


Il est curieux de voir comment en période de cessez-le-feu, même branlant, certains ministres confondent encore leurs fantasmes avec la réalité et planent dans les vapes éthérées de l’imaginaire. Ainsi en est-il du ministre du Travail et de sa collègue aux Affaires sociales, deux titres autrement plus ronflants que suppôt du Chômage et préposée aux Pauvres. Venus chacun de son côté en tournée au milieu des ruines du Liban-Sud, le premier a dressé un rapport exhaustif des dégâts qu’il se promet de soumettre à la mendicité internationale, la seconde a fait miroiter un chantier de reconstruction dès que l’aumône consentie sera assurée.

Certes, les deux ministres font leur boulot du mieux qu’ils peuvent, en dépit des moyens incalculables dont ils disposent : charité, bienfaisance, miséricorde, pitié, obole, assistance… Un concept original et tout en fierté, puisqu’aucune autre forme de financement n’est disponible tant que les barbus maintiennent le doigt sur la gâchette et que les réformes ronronnent dans les tiroirs du Parlement avec des députés chiites tapis en embuscade.

Si tout le pognon jadis reçu sur la base de promesses bidon avait été balancé d’un avion, il aurait eu plus de chances d’atteindre les Libanais du Sud. Mais les comptables du Hezbollah s’en étaient chargés à l’époque, à coups de 10 000 dollars par tête de narguilé. Et plus ils distribuaient du flouze, plus les barbes s’allongeaient. Normal : quand le poil va, tout va. Le bâtiment aussi… Le dur combat pour la dignité des Libanais prend parfois des formes surprenantes.

En attendant des jours meilleurs qui ne sont pas près d’arriver, le Parti des mille et une barbes s’accroche. Pour lui, c’est devenu pire qu’une habitude, une accoutumance confinant à l’addiction. Chaque séquence guerrière face aux Hébreux trimballe son lot de patibulaires, bien à l’abri dans leurs tunnels, venus secouer la béchamel acide sur les plaies purulentes des habitants dormant eux à la belle étoile.

Mais l’usine à fabriquer des victoires divines n’en a rien à braire de ces considérations terre à terre. Bien au contraire, elle tourne à plein régime et va même jusqu’à activer l’orgue de barbarie local en sommant l’État, à coups de menaces, de cracher au bassinet pour financer la reconstruction. Gonflés, les pileux ! Non seulement leur population se prend des coulées israéliennes de plomb fondu dans une guerre qu’ils ont eux-mêmes déclenchée, mais en plus elle devra patiemment attendre que le gouvernement lui retourne la gamelle. La vie est ainsi faite : les uns pressent des boutons, les autres pansent leurs moignons…

Comme pour nous prouver que se battre contre Israël est une affaire politiquement rentable, Istiz Nabeuh est entré à son tour dans la mêlée, en décidant de faire la gueule au Châtelain de Baabda. Résultat pratique : le climat se réchauffe partout sur la planète sauf entre Joseph Ier et l’Ancêtre législatif, qui s’asticotent à fleurets mouchetés. C’est clair : ces deux-là n’iront pas bronzer ensemble cet été sur nos plages polluées.

gabynasr@lorientlejour.com

Il est curieux de voir comment en période de cessez-le-feu, même branlant, certains ministres confondent encore leurs fantasmes avec la réalité et planent dans les vapes éthérées de l’imaginaire. Ainsi en est-il du ministre du Travail et de sa collègue aux Affaires sociales, deux titres autrement plus ronflants que suppôt du Chômage et préposée aux Pauvres. Venus chacun de son côté en tournée au milieu des ruines du Liban-Sud, le premier a dressé un rapport exhaustif des dégâts qu’il se promet de soumettre à la mendicité internationale, la seconde a fait miroiter un chantier de reconstruction dès que l’aumône consentie sera assurée. Certes, les deux ministres font leur boulot du mieux qu’ils peuvent, en dépit des moyens incalculables dont ils disposent : charité, bienfaisance, miséricorde, pitié,...
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