Trump relance sa guerre contre l’Iran. Le prix du pétrole remonte. Bénéfice pour les investisseurs, exaspération des consommateurs. Le petit jeu ne pourra pas durer trop longtemps, au regard de l’électeur américain moyen pour qui l’essence est essentielle et le prix du plein une condition de vote. Que sont les guerres, au final, sinon des cambriolages de pays à pays, à grande échelle, à visage découvert. Que reste-t-il, après le passage des fanfares, des uniformes, des médailles, des drones, des missiles, des réunions d’état-major ? Un vulgaire butin. Il n’y aura qu’à compter les territoires et les infrastructures qui auront changé de main : un détroit, un port, un barrage, une frontière repoussée de quelques kilomètres fertiles, des actions qui auront grimpé sous le levier de la demande et de la rareté, pétrole, or, céréales, du plus vital au plus trivial. Le pire est que la victoire exige d’être célébrée et applaudie.
Il faut que la guerre reste héroïque et désirable. On ne dira jamais aux enfants poussés vers une mort certaine qu’ils y vont pour servir l’intérêt de quelques tyrans. Ils resteront convaincus de sauver la patrie, honorer les aïeux et dans des cas, comme celui du Hezbollah, servir Dieu et la cause sacrée de leur religion qui n’a sans doute rien à y voir. Le décorum n’est là que pour ça : transformer le calcul d’un dirigeant en sacrifice, le partage du butin en communion nationale, l’intérêt de quelques-uns en destin de tous. Voilà pourquoi les notables iraniens n’économisent pas leurs larmes quand il s’agit de déplorer la mort, certes injuste, du guide suprême Ali Khamenei tué dans un bombardement ciblé israélo-américain, tandis que par ailleurs les familles des jeunes « martyrs » doivent transformer leur deuil en fête et se féliciter de la mort d’un fils comme d’une grâce divine. Pour ces victimes – appelons un chat un chat– qui n’auront connu de la vie que prières, rituels et discipline guerrière, il y aura des trophées, et sur des affiches en vinyle alignées sur les routes, de pauvres portraits flanqués du drapeau jaune du parti de Dieu avec son alef portant mitraillette. Quincaillerie suffisamment rutilante pour que nul ne se pose de question sur les vies gaspillées et les deuils impossibles. Tout cela, ce désir fou de la guerre, est entretenu par des récits de camaraderie, de courage et de gloire qui dévaluent la vie terrestre au profit d’un au-delà dont la propagande garantit l’existence et les récompenses.
Dans les pays riches, les armées sont renforcées par des migrants qui se voient, au péril de leur vie, attribuer un passeport et une appartenance. Ceux-là sont sans illusions. Ils ne font que leur travail. La défense est évidemment nécessaire pour repousser l’agresseur. Mais la frontière entre ces deux positions est constamment brouillée par la désinformation. Pour l’heure, alors que nous nous apprêtons à un nouveau round de violence, la lassitude est seule maîtresse du terrain. C’est l’été, saison hédoniste. Ceux qui ne sont pas directement sous les bombes préfèrent suivre le Mondial de foot plutôt que les aventures de Donald Trump en Iran et leurs conséquences, ou les mésaventures de Poutine en Ukraine. En l’absence d’arbitres et même de règlement, leurs jeux meurtriers intéressent moins que la canicule et comment s’en prémunir. Jusqu’au moment où les sources d’énergie s’épuisent, comme récemment en Russie. Au Liban, pays butin s’il en est, on aimerait surtout que le gouvernement s’indigne au moins des abus commis par l’armée israélienne contre les civils, en attendant de donner à Netanyahu un blanc-seing sur ses crimes de guerre. En attendant l’addition.

