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On s’en foot !


Si la politique fait ressortir les âneries des leaders, le football, lui, exsude les instincts rustres de la foule. Du moins une certaine foule, puisque ceux qui n’en ont rien à cirer sont aussitôt regardés en martiens, en pestiférés, véritables moutons noirs au milieu de l’hystérie collective.

À peine commencée, la Coupe du monde est déjà pleine. Faut voir la furie. Un déversoir de vomissures sonores ! Les écrans branchés à tue-tête dans les pubs et autres lieux publics, les dégaines vautrées en maillot de corps en train de s’empiffrer de pistaches arrosées de bière, les émanations quasi radioactives des narguilés parfumés à l’essence chimique de fruits virtuels, les cris de gorge à chaque fois que le ballon rentre dans le filet, le hurlement malade du commentateur qui se croit obligé d’aboyer « goooaaaal ! » à chaque but, estimant sans doute que son public est trop taré pour comprendre…

Devant un match, l’homme le plus civilisé devient primitif, transformé en supporter basique, affalé dans son fauteuil, vociférant en se grattant les burnes. Faut le voir ensuite en train de se goinfrer : on dirait qu’il pense ! Et puis, cette orgie de drapeaux sur les bahuts roulant à tombeau ouvert et manquant d’écraser les anormaux qui ne regardent pas la télé. Quand la grossièreté est dans la rue, on est pratiquement sûr de la trouver dans les maisons.

Là aussi d’ailleurs, faut subir les reportages télé interminables sur les différentes équipes et leurs champions ! Des heures de direct pour admirer des façades d’hôtels anonymes aux États-Unis, puis des bus aux vitres fumées filant à toute allure avec des joueurs invisibles dedans. Sans oublier les scoops frémissants servis avec force tremolos dans la voix. Saviez-vous par exemple que les Allemands prennent un petit déjeuner tous les matins ? Incroyable ! Que Kylian Mbappé ne voyage jamais sans son smartphone ? Rien que des révélations !

Pas besoin d’une fête du foot pour noter en outre cette propension des Libanais à vouloir toujours s’exciter pour une idée, un pays, un personnage. À se jeter dans des extravagances bruyantes jusqu’à dépasser l’idole elle-même. Sans oublier aussi cette furieuse tendance à exploiter le Mondial pour faire de la récup politique par procuration, alors que nous n’avons aucune équipe sur place : on aime le Brésil à cause des pauvres dans les favelas, l’Iran parce qu’il a des missiles, ou encore l’Allemagne parce que le IIIe Reich a massacré les juifs… Qu’à cela ne tienne, à la fin du match faut toujours qu’il y ait des accablés qui tirent une mine flétrie comme si leur vie en dépendait, ou des tordus hilares qui vont incendier la ville à coups de feu d’artifice.

Pendant que les Koullouna sont scotchés à leurs écrans, les turlupins qui les gouvernent pourraient bien faire passer par grappes entières taxes, impôts et accords avec les Shlomos. Personne ne pipera mot, ni vu ni connu. Sans compter les jus de crâne diplomatiques selon lesquels les matches sont bidon et servent de prétexte à un rapprochement entre Washington et Téhéran. Le délire à l’état brut !

Bref, tout un festival. Le ballon a beau être rond, il est des têtes qui tournent moins rond que d’autres.

gabynasr@lorientlejour.com

Si la politique fait ressortir les âneries des leaders, le football, lui, exsude les instincts rustres de la foule. Du moins une certaine foule, puisque ceux qui n’en ont rien à cirer sont aussitôt regardés en martiens, en pestiférés, véritables moutons noirs au milieu de l’hystérie collective. À peine commencée, la Coupe du monde est déjà pleine. Faut voir la furie. Un déversoir de vomissures sonores ! Les écrans branchés à tue-tête dans les pubs et autres lieux publics, les dégaines vautrées en maillot de corps en train de s’empiffrer de pistaches arrosées de bière, les émanations quasi radioactives des narguilés parfumés à l’essence chimique de fruits virtuels, les cris de gorge à chaque fois que le ballon rentre dans le filet, le hurlement malade du commentateur qui se croit obligé d’aboyer ...
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