Le président Joseph Aoun. Photo d'archives Ani
Le président libanais Joseph Aoun, qui se prépare à une rencontre avec le président américain Donald Trump d'ici fin juillet, a révélé avoir eu un « bon » entretien avec ce dernier, lors d'un appel téléphonique de 17 minutes le 28 juin durant lequel les deux responsables se sont entendus sur plusieurs points à approfondir à la Maison-Blanche. Dans un entretien accordé au quotidien arabophone an-Nahar, M. Aoun a révélé que sa visite à Washington permettra de consolider l'accord-cadre avec Israël et de préparer le lancement d'un « chantier militaire » au Liban-Sud sous supervision et avec le soutien direct des États-Unis.
Cette visite officielle aura lieu après la réunion entre Donald Trump et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, également attendu à Washington dans les prochains jours. Concernant des informations sur une rencontre potentielle entre M. Aoun et M. Netanyahu, le président assure qu'il « ne l'envisage pas » et ne l'acceptera pas tant que les attaques israéliennes contre les citoyens libanais et les violations israéliennes se poursuivront. Il explique qu'il quitterait immédiatement les lieux, s'il venait à se retrouver dans la même pièce que Benjamin Netanyahu.
Le président Trump a fait part de sa compréhension et a exprimé des intentions positives, tout en manifestant de l'empathie envers le Liban, apprend-on.
Conclu fin juin à Washigton entre le Liban et Israël, l'accord-cadre entend mettre un terme au conflit entre le Hezbollah et l'Etat hébreu et prévoit notamment le retrait des forces israéliennes de deux « zones pilotes » du Liban-Sud occupé et leur transfert à l'armée libanaise. Il ne fixe toutefois aucun calendrier pour ce retrait et le conditionne au désarmement vérifié du Hezbollah. Le parti chiite, lui, a rejeté cet accord.
Accord-cadre « pas idéal »
Dans son entretien, Joseph Aoun reconnaît, une fois de plus, que l'accord-cadre n'est « pas idéal », mais il justifie son acceptation par un certain nombre de réalités sur le terrain et par le rapport de forces dans le sud, qui penche actuellement en faveur d'Israël, ce qui ne devrait pas empêcher le Liban de défendre ses droits et de récupérer les territoires occupés. « Quelle alternative à cet accord y a-t-il ? », se demande le président.
Le chef de l'Etat révèle par ailleurs que les communications militaires ont fait des progrès significatifs et seront mises en œuvre sur le terrain, en commençant par la première zone pilote dans les villages de Zaoutar el-Gharbiyé et Zaoutar el-Charkiyé, dans le caza de Nabatiyé. Joseph Aoun confie cependant ses craintes quant à une attaque israélienne sur la colline stratégique de Ali el-Taher (Nabatiyé), ce qui modifierait radicalement la situation. Des membres de la délégation libanaise à Washington ont contacté le secrétaire d'État américain Marco Rubio à ce propos, proposant qu'elle soit placée sous le contrôle de l'armée libanaise. Si Netanyahu a accepté la proposition, le Hezbollah, lui, l'a rejetée, révèle an-Nahar.
Le quotidien assure par ailleurs que le comité du « Mécanisme », chargé de surveiller l'application du cessez-le-feu de novembre 2024, n'existe plus sous sa forme précédente, mais qu'il a été transformé en un comité tripartite (américano-libano-israélien) opérant sous le nom de MCG4L. Ce comité sera dirigé par le général américain Joseph Clearfield, qui entretient de bonnes relations avec le commandant de l'armée libanaise, et qui gérera le comité depuis l'ambassade des Etats-Unis à Aoukar. Aucune coordination directe entre les officiers libanais et israéliens n'aura lieu, poursuit an-Nahar. La France, elle, ne participera pas à ce comité, bien qu'elle poursuive la préparation d'une conférence de soutien à l'armée, en coopération avec l'Arabie saoudite.
Pleine confiance dans l'armée libanaise
Parallèlement, Joseph Aoun insiste sur le fait que toute discussion concernant la création d'une force ou d'une brigade spéciale au sein de l'armée libanaise pour mener à bien sa mission au Liban-Sud, ou concernant la vérification des antécédents de ses officiers par les États-Unis, est infondée. Il affirme que cette force sera composée d'officiers issus de n'importe quelle brigade opérant dans le sud ou ailleurs, sans distinction. « Nous avons pleinement confiance en nos officiers et soldats qui servent sous les ordres de l'institution et de son commandement et qui consentent à de grands sacrifices », déclare-t-il.
Le Liban sera-t-il représenté par ailleurs au sein des discussions entre l'Iran et les Etats-Unis à Genève ? Le chef de l'Etat dit avoir reçu deux appels à ce sujet, l'un du Premier ministre qatari, le cheikh Mohammad ben Abdelrahmane ben Jassim al-Thani, et l'autre de Marco Rubio, qui a proposé de représenter le Liban au sein de la cellule. Selon lui, ce dernier a indiqué qu'il ne s'opposait pas à la participation du Liban à cette cellule, encore en phase de formation, chargée de surveiller le cessez-le-feu, aux côtés de représentants des États-Unis, de l'Iran, du Qatar et du Pakistan. L'armée devrait y être représentée par un officier en poste dans le sud du Liban, sans que cela ne soit considéré comme une contradiction avec la mise en œuvre de l'accord-cadre de Washington, assure le chef de l'Etat.
Le président indique par ailleurs avoir eu plusieurs rencontres auparavant avec le député du Hezbollah Mohammad Raad avec lequel il avait abordé les conséquences potentielles de tout front de soutien ouvert dans le pays, comme cela avait été le cas le 8 octobre 2023, lorsque le Hezbollah avait lancé des opérations au Liban-Sud en soutien au Hamas à Gaza.
A propos de ses relations avec le chef du Parlement, Nabih Berry, Joseph Aoun affirme qu'il « n'y a aucune mésentente ». « Nous sommes unis dans notre engagement à consolider et reconstruire le Sud et à faciliter le retour de ses habitants dans leurs villes occupées », a-t-il dit.


Il préfère prendre les ordres au téléphone
16 h 32, le 07 juillet 2026