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Encadrer la paix


Que de tatillonnes formulations farouchement mises en opposition, que d’arguments contradictoires défendus pied à pied lors du marathon diplomatique de quatre jours qui vient de se jouer à Washington !

De cette négociation libano-israélienne parrainée par les États-Unis on n’attendait au départ qu’une déclaration d’intention : laquelle ne vaut en somme que ce que valent les intentions, avec leur inévitable lot d’arrière-pensées. Or c’est un accord-cadre, considérablement plus contraignant pour ses signataires qui finissait par décrocher le Liban. Car non seulement ce type de convention engage les parties à œuvrer conjointement en vue d’un règlement définitif, mais il énumère les divers points de leur contentieux. Ce n’est pas encore la paix bien sûr, la suite des discussions s’annonçant longue et complexe. À ce jeu excelle un interlocuteur israélien à tel point grisé par ses prouesses militaires qu’il en vient parfois à contredire ses propres diplomates. Preuve en est la volonté aussitôt réaffirmée par Netanyahu de n’évacuer le Liban qu’après le désarmement total du Hezbollah et d’interdire le retour à leurs foyers des habitants des régions occupées.

Cependant, et même armé de son seul bon droit, le Liban ne va pas au troc les poches vides. Ce que notre pays a à offrir en échange de son territoire occupé se résume, il est vrai, en un mot, la sécurité : vieille obsession que l’État hébreu n’est jamais parvenu à conjurer durablement en dépit de ses formidables moyens militaires et de ses extrêmes violences. Mais encore faut-il que le parrain américain de la négociation veille à ne jamais permettre à Israël de piéger, sciemment ou non, l’outil du miracle : à savoir une armée locale dont la mission dépasse largement le calme aux frontières, puisqu’elle est également tenue de s’affirmer comme l’unique force légale au Liban. Dès lors, c’est sur deux miracles que repose la paix promise à tous. D’où l’extrême importance des modalités régissant le choix des deux premières zones-pilotes qui vont être cédées à l’armée libanaise : question des plus épineuses en raison des risques de confrontation entre la troupe et la milice qu’elle comporte, et qui a d’ailleurs nécessité une journée supplémentaire de discussions.

Par-dessus tout, les pourparlers de Washington n’auront pas manqué d’ajouter un élément de poids à la controverse sur le niveau de corrélation entre les deux dossiers iranien et libanais. L’Iran, comme on sait, a réussi à faire du cessez-le-feu au Liban un des pivots majeurs de sa propre négociation avec les États-Unis ; il n’en fallait pas plus au Hezbollah pour récupérer tout à la fois son discours triomphaliste et son chantage à la guerre civile. En revanche et sur évidente impulsion du secrétaire d’État Marco Rubio qui a mené à bonne fin l’historique session, la position officielle US demeure visiblement favorable à une séparation des deux parcours. Parti rassurer les alliés arabes du Golfe inquiets des concessions faites à Téhéran, le chef de la diplomatie américaine nous aura par ailleurs rapporté un précieux cadeau de retour : le soutien massif de ces monarchies à l’intrépide vol en solo du Lindbergh libanais.

En fait de voyages extraordinaires, notre pays a spectaculairement montré vendredi qu’il n’était pas question pour lui d’un fourgon de queue dans le convoi persan. À l’État maintenant de garder le cap face aux prévisibles tempêtes qui marqueront la traversée. À lui de se conserver, par un savant mélange de fermeté et de sagesse, le respect du puissant médiateur américain. Et plus que tout, la confiance du peuple.

Que de tatillonnes formulations farouchement mises en opposition, que d’arguments contradictoires défendus pied à pied lors du marathon diplomatique de quatre jours qui vient de se jouer à Washington !De cette négociation libano-israélienne parrainée par les États-Unis on n’attendait au départ qu’une déclaration d’intention : laquelle ne vaut en somme que ce que valent les intentions, avec leur inévitable lot d’arrière-pensées. Or c’est un accord-cadre, considérablement plus contraignant pour ses signataires qui finissait par décrocher le Liban. Car non seulement ce type de convention engage les parties à œuvrer conjointement en vue d’un règlement définitif, mais il énumère les divers points de leur contentieux. Ce n’est pas encore la paix bien sûr, la suite des discussions s’annonçant longue et...