Au Liban « le vivre-ensemble » est une plaie ouverte qui saigne. Elle doit être soignée avant que les remous qui « défaçonnent » tout le Moyen-Orient ne nous emportent vers un inconnu sans commune mesure avec notre histoire, notre culture, notre passé ou même notre présent chaotique ; bien loin de l’avenir que nous voulons pour nos enfants.
Pour ce faire, nous cherchons des solutions viables afin d’assurer et de sécuriser le vivre en commun, elles ne sont pas pléthore. Celles qui se présentent à nous sont parfois fallacieuses, trompeuses, car bien que partant d’un bon sentiment et d’une logique au développement imparable, elles le sont souvent à partir de définition inconnue, mal comprise ou même méconnue. Trois d’entre elles interpellent comme dans un syllogisme où les prémices n’aboutissent pas à la conclusion dont on se repaît.
Ainsi par exemple le recours au chapitre 7 de la Charte des Nations unies. En effet, le chapitre 7, « Action en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d’acte d’agression », s’applique à tous les États membres de l’ONU (à l’instar de l’ensemble de la Charte). Le Conseil de sécurité en constate l’existence et prend les mesures impliquant ou non l’emploi de la force qu’il juge adéquate pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales.
Le Liban étant un État membre, le chapitre 7 s’applique dans son cas : deux prémices justes. Donc le Liban en rupture de paix intérieure peut s’adresser au Conseil de Sécurité et le solliciter, sous l’égide du chapitre 7, pour faire face aux actions du Hezbollah par l’utilisation de la force si nécessaire.
Nonobstant les prémices justes, la conclusion du syllogisme est erronée : juridiquement, le Liban n’a pas la possibilité d’activer le chapitre 7 car le Hezbollah n’est pas un État, même s’il se comporte comme un État dans l’État et obéit souvent à des ordres venus d’autres États et dont certains comportements mettent en danger la paix interne et la sécurité des Libanais, sans atteintes à la paix ou à la sécurité internationales. Nécessitant un vote du Conseil de sécurité, celui-ci intervient pour s’interposer entre des « États belligérants »... (référence et restriction aux États, ce qui ressort clairement dans le chapitre 6 mais également et par extension dans le chapitre 7) « dans le cas d’actions ou de conflits menaçant la paix et, ou la sécurité internationales ». Malheureusement en fait de paix, nous subissons et un conflit interne et une guerre, et les décisions de paix et de guerre chez nous ou régionalement nous sont imposées au vu et au nom d’intérêts globaux.
Une action libanaise pour contrer localement et internationalement l’action du Hezbollah consisterait à solliciter tous les amis du Liban de par le monde à s’engager auprès de l’État libanais afin d’assurer des négociations avec le Hezb qui, tout en garantissant le droit à la sécurité d’Israël, assureraient la reconnaissance du droit à la résistance si le territoire national se trouvait occupé. Seule à la souveraineté nationale continuerait d’incomber le droit de la guerre et de la paix, ainsi que l’instauration du silence général des armes.
Ajouter des armes aux armes qui déjà mettent en péril la vie de centaines d’innocents et multiplient les destructions n’est pas une solution, mais solliciter plutôt tous les pays de la communauté internationale à prendre le chemin de la table de négociations avec les moyens de persuasion adéquats permettrait peut-être de sauver le modèle unique du vivre-ensemble du Liban.
Un autre paradoxe fréquent lors de nos recherches de solutions, le fédéralisme qui ouvre souvent la porte à un débat virulent et récurrent. Une proposition qui chauffe de plus en plus les esprits en ce moment de tension et de peurs, pour ne pas dire de frayeur, internes.
Le fédéralisme comme mode étatique permet aux États fédérés ainsi qu’aux différentes communautés les composant de se sentir chez soi et entre soi et d’assurer pour soi et les siens la gestion du quotidien, culture, éducation, police, mais surtout assure dans le cas du Liban la liberté de culte.
Mais le fédéralisme tel que vécu et juridiquement admis actuellement assure à l’État fédéral l’autorité suprême sur les États fédérés et la souveraineté nationale avec tous ses attributs régaliens : les finances publiques et la monnaie, les Affaires étrangères (conduite des négociations, signature des accords internationaux, participation aux organisations internationales, etc.).
Essentiellement et surtout, la protection du territoire et de ses frontières – autrement dit la défense nationale – incombe uniquement et souverainement à l’État fédéral central duquel relèvent donc la guerre et la paix.
Partant, la paix rêvée par les communautés sécurisées, apaisées et tranquillisées par le « vivre entre nous » ne le serait que dans la mesure où la paix, de l’État et par l’État central, serait assurée.
En l’état actuel du droit de la fédération, celle-ci ne serait pour le Liban qu’un pas à marche forcée vers la dislocation de l’État ; tous les pouvoirs régaliens étant entre les mains du pouvoir central, tous les équilibres qui nous posent problème aujourd’hui seraient toujours irrésolus et même exacerbés du fait des pouvoirs réservés aux États fédérés.
Par ailleurs, un État fédéral ne semble pas être une panacée : ainsi au Canada, pays fédéral et apaisé, la province (fédérée) de l’Alberta cherche à faire scission... Des raisons de dissension, d’ambition ou d’amertume peuvent toujours être là et œuvrer comme l’eau qui s’infiltre et finit par emporter tout l’édifice.
Rendre l’État central plus juste, plus social, lui adjoindre des organismes de conseil, avec prévisions de réunions à la manière d’un syndicalisme des communautés pour œuvrer ensemble à l’amélioration du quotidien et surtout du ressenti d’appartenance à un même Liban, ou sinon c’est ouvrir la voie à l’éclatement du pays et à sa partition.
Comme sur tout ce qui relève du Liban, de son futur, de notre futur, nous butons sur une vision séduisante, celle de la neutralité du Liban. Une neutralité certes positive qui nous permette de faire corps avec notre environnement politique et le monde arabe auquel nous lient histoire, langue et destin, mais sans prendre fait et cause à aucun des conflits qui pourraient le parcourir et sans prendre part à aucune coalition militaire défensive ou pacifique.
La neutralité pour le Liban n’est pas un mirage, mais peut être une vision futuriste qui pourrait s’inscrire dans un Moyen-Orient apaisé, et non plus une réponse au chant des sirènes de l’ambition territoriale des uns, religieuses des autres. Or pour ce faire et avoir et donner du sens, la neutralité comme système juridique doit être réclamée et clamée par le pays qui veut en bénéficier. Celle-ci n’est aucunement octroyée, elle doit être reconnue par la communauté internationale et surtout par les parties avoisinantes en conflit ou qui risquent de l’être.
Ainsi, la Suisse a vu sa neutralité reconnue à la fois par les puissances de l’axe et les puissances libérales, ce qui lui a permis de jouer un rôle de médiateur, de refuge, de transit des biens et des personnes, et surtout de voir son territoire et ses citoyens épargnés par les affres de la guerre. Pour obtenir ce statut et le faire respecter, toutes les communautés composantes de la Suisse ont adhéré au statut protecteur de la neutralité. Cette adhésion de toute la communauté nationale à ce statut est un prérequis, un sine qua non pour un État afin de pouvoir se prévaloir de ce statut et réclamer sa reconnaissance et son respect par la communauté internationale et par les encombrants voisins et amis-ennemis qui nous veulent du bien au détriment du bien que nous voulons pour nous-mêmes.
La neutralité est une vision d’avenir nécessaire pour le Liban, quelle que soit la forme d’État qui va y prévaloir à la suite du chamboulement mondial et surtout régional auquel nous assistons ; c’est pour nous un devoir pour lequel nous devons œuvrer et trouver les voies pouvant sécuriser tout un chacun dans la grande famille libanaise, afin que la nécessaire neutralité soit l’objet de l’adhésion de tous ou pour le moins du plus grand nombre, sinon nul ne saurait l’imposer et aucun gouvernement ne pourrait s’y confronter.
Samira HANNA EL-DAHER
Ambassadrice
Professeure de géopolitique et de relations internationales
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Que le Liban declare la guerre a Israel, qu’il Negocie une treve, et qu’il demande le chapitre 7. Un peu d’imaginstion, que diable.! On ne fait que Parler lois et constitution au Liban, et on n’a fait que piétiner toutes les lois et toutes les constitutions.
16 h 57, le 29 mai 2026