Rechercher
Rechercher

Islamabad-Washington, un marathon libanais


Mercredi, jeudi. On ne saurait tenir pour pure coïncidence cette quasi-simultanéité retenue pour le redémarrage, à des milliers de kilomètres d’écart entre Islamabad et Washington, des négociations irano-américaines et libano-israéliennes. Ni bras de fer psychologique ni coquetterie de divas cette fois, le rendez-vous dans la capitale pakistanaise a été décommandé au bout d’un long et palpitant suspense. Selon Donald Trump , la raison en serait les fractures apparues au sein de la direction iranienne. Bon prince, le chef de la Maison Blanche a néanmoins prolongé la trêve militaire avec l’Iran, venue à expiration ; le même répit est d’ailleurs attendu sur le front libanais.

En excluant tout lien entre les deux processus, le président Joseph Aoun a certes voulu réaffirmer la volonté irrévocable du Liban de négocier en toute indépendance avec l’ennemi pour obtenir la fin de l’occupation et un calme durable à sa frontière. Mais notre pays devra y mettre du sien pour que cette même détermination ne se réduise à un simple vœu pieux. Bien davantage que politico-religieux, le lien entre la République islamique et le Hezbollah est en effet organique, charnel, matériel. Promis, juré, on vouera une reconnaissance éternelle à l’Amérique de Donald Trump, aussi fantasque soit-elle, si seulement elle réussit à arracher à l’Iran l’engagement d’assagir ses filiales armées disséminées dans la région. À l’inverse, on pourrait craindre de voir le président US transiger sur ce point pourtant crucial, si impérieux est son désir d’enlever enfin le coûteux deal qui l’obsède. Toujours est-il que le ministre israélien de la Défense, un homme qui n’a cessé pourtant de menacer le Liban des pires calamités, évoque soudain pour la première fois une combinaison de moyens militaires et diplomatiques menant au désarmement du Hezbollah. C’est dire que l’on est forcément condamné à s’épuiser à loucher, un œil rivé sur Islamabad et l’autre sur Washington.

Toutes ces incertitudes n’émoussent évidemment en rien l’insigne mérite qu’ont le président Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam d’avoir remis notre lopin de terre sur la carte de la région. Pour célébrer bien avant l’heure la paix au Moyen-Orient, Trump rassemblait en 2025 à Charm el-Cheikh une trentaine de chefs d’État et de gouvernement. À cette truculente kermesse étaient conviés des pays aussi peu directement concernés que, par exemple le Paraguay : mais non le Liban, pourtant plongé dans les affres de la guerre. Or ce siège reconquis dans le concert des nations, l’État doit encore le défendre bec et ongles. Le cessez-le-feu de dix jours ne peut être indéfiniment renouvelé sans gages de sérieux, en l’occurrence l’élaboration d’une feuille de route aussi transparente que crédible.

Le Liban se trouve déjà dans l’obligation solennelle, consignée par écrit, d’empêcher activement tout tir de roquettes par-dessus la frontière ; il ne peut plus continuer de donner la pénible impression qu’il laisse cette tâche à l’occupant. Quitte à escorter les patrouilles des Casques bleus, il est tenu de sévir aussi contre les auteurs de toute agression contre la force intérimaire de l’ONU, telle celle qui vient de coûter la vie à un militaire français. De même est requis tout un arsenal de mesures administratives et judiciaires contre les auteurs d’insultes et de menaces. Comparer Joseph Aoun à Anouar Sadate comme le fait un Hezbollah suspecté de nombreux assassinats politiques équivaut à une annonce de contrat lancé sur le chef de l’État. Et c’est le même et mafieux message que recèle, à l’adresse de Nawaf Salam cette fois, l’impudente allusion iranienne à Rafic Hariri qui aura payé de sa vie son slogan Liban d’abord.

Mais n’est-ce pas précisément l’impudence, poussée au-delà de toute limite, qui caractérise la démarche du Hezbollah ? Car voilà un mouvement qui ne peut trouver de justification à son existence – et à son label de résistant – que s’il y a occupation. Aussi lui faut-il provoquer cette dernière à chaque fois que par quelque miracle diplomatique, elle a cessé d’être là. Fidèle à sa tradition, la milice a ignoré l’État pour aller combattre en Syrie. Elle a ignoré de surcroît les appréhensions des diverses communautés libanaises – y compris la chiite – en ouvrant un front de soutien à Gaza, et plus récemment en vengeant d’une piteuse salve l’assassinat du guide iranien. Cet insensé palmarès, le Hezbollah le couronne maintenant en exigeant un vaste consensus national en préalable à toute discussion avec Israël. Non content de s’être emparé de la décision de guerre, il en vient à disputer à l’État la décision de paix. Seul à pouvoir s’en réjouir est un ennemi brûlant d’avoir à nouveau les coudées franches pour élargir sa ligne jaune qui englobe déjà près d’une soixantaine de localités, méthodiquement rasées pour la plupart. Particulièrement saisissant est à cet égard le paysage lunaire qu’offre désormais la ville de Bint Jbeil…

Toujours est-il que c’est à un niveau inchangé que se poursuivront les discussions préliminaires de Washington. Il est vrai qu’en la personne de sa représentante dans la capitale fédérale US, Nada Hamadé Moawad, le Liban s’est fait l’économie d’une relance de la querelle sur une participation chiite à la négociation. Il faudra cependant y revenir une fois que prendra le relais une délégation plus large, conduite par l’ancien ambassadeur Simon Karam.

Incroyable pays décidément que le nôtre, où un patient lavage de cerveau est parvenu, chez d’aucuns, à faire passer pour vaillance le suicide collectif perpétré à la seule gloire de l’étranger. Où même les instances politiques modérées ont du mal à assumer avec courage, et sans plus de détours tactiques, les aspirations des populations en détresse dont elles ont la charge.

Incroyable n’était écrit, on l’aura sans doute noté, que par élémentaire souci de pudeur …

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

Mercredi, jeudi. On ne saurait tenir pour pure coïncidence cette quasi-simultanéité retenue pour le redémarrage, à des milliers de kilomètres d’écart entre Islamabad et Washington, des négociations irano-américaines et libano-israéliennes. Ni bras de fer psychologique ni coquetterie de divas cette fois, le rendez-vous dans la capitale pakistanaise a été décommandé au bout d’un long et palpitant suspense. Selon Donald Trump , la raison en serait les fractures apparues au sein de la direction iranienne. Bon prince, le chef de la Maison Blanche a néanmoins prolongé la trêve militaire avec l’Iran, venue à expiration ; le même répit est d’ailleurs attendu sur le front libanais.En excluant tout lien entre les deux processus, le président Joseph Aoun a certes voulu réaffirmer la volonté irrévocable du Liban de...