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La hasardeuse revanche de l’oublié libanais


C’est dans la méfiance mutuelle, le doigt sur la gâchette et à l’ombre d’un cessez-le-feu des plus précaires, qu’Américains et Iraniens viennent d’entamer une négociation cruciale à Islamabad. Comme cela arrive souvent dans notre région du monde où la notion même de victoire se décline en cinquante nuances de gris, les deux camps ont beau jeu de crâner. Dans l’immédiat, l’Oncle Sam peut ainsi se vanter d’avoir décapité le régime de Téhéran et d’en avoir pulvérisé le gros des moyens. Sur le mode négatif et dans une perspective stratégique , ce régime peut très bien faire valoir qu’il est toujours là , qu’il a survécu à la tornade , qu’il reste en mesure d’embraser le proche et le Moyen-Orient.

Ce que nul n’avait prévu, c’est que la polémique autour du cas du Liban irait jusqu’à menacer la tenue même du quasi-sommet d’Islamabad. Exigeant à cor et à cri l’inclusion du front libanais dans la trêve de deux semaines convenue avec les Etats-Unis, Téhéran a ainsi prolongé jusqu’au bout le suspense entourant l’envoi sur place d’une délégation. Par la bouche de son président, le Liban lui-même avait pourtant repoussé les prétentions iraniennes, se déclarant seul en charge de son destin. En fait , et pour paraphraser Britannicus, les Libanais n’ont jamais escompté un tel excès d’honneur de la part de la République islamique : laquelle en effet ne leur a jamais réservé autre chose que les indignités de la tutelle. Car ce n’était pas en réaction au barbare mercredi noir perpétré par Israël à Beyrouth et en province que Téhéran menaçait de renverser la table avant même qu’elle fût dressée. Ce n’était pas non plus pour permettre à ses protégés du Hezbollah de souffler, ou aux chiites du sud et de la Békaa de regagner ce qui restait de leurs foyers. Pour l’Iran, intégrer le front libanais à l’accalmie visait seulement à rappeler à la cantonade sa capacité, demeurée intacte, d’y d’attiser le feu à volonté ou au contraire de l’étouffer. Et si le tandem Ghalibaf-Araghchi a fini par mettre provisoirement en sourdine ses préoccupations libanaises, c’était de toute évidence dans l’espoir d’un déblocage des avoirs iraniens gelés depuis des décennies aux USA ; il faut dire qu’il y en a là pour bien davantage qu’une poignée de dollars…

À menteur menteur et demi : au bluff iranien cousu de fil blanc l’Amérique, à l’insistance d’Israël, a d’abord répondu en niant l’existence, au menu d’Islamabad, d’une quelconque clause libanaise, pourtant certifiée par le médiateur pakistanais. Peu après, le vice-président J.D. Vance invoquait un probable malentendu : formule aussi désinvolte que ce scandaleux « accrochage isolé » par lequel Donald Trump avait réduit à peccadille l’épouvantable carnage de mercredi. Le président US finissait néanmoins par montrer que notre pays n’est pas pour autant un laissé-pour-compte. Il a sommé le récalcitrant Benjamin Netanyahu d’engager des négociations avec le Liban et de modérer ses ardeurs guerrières ; l’injonction a aussitôt pris effet mais seulement à moitié, comme l’illustre la poursuite du matraquage israélien.

Toujours est-il qu’en base de cette première moitié, le président Joseph Aoun voit enfin honorée son offre de négociations directes longtemps dédaignée par Tel-Aviv. De fait, et pour la première fois depuis l’accord mort-né de1983, les ambassadeurs du Liban et d’Israël à Washington se sont parlé au téléphone vendredi. Ils se retrouveront mardi prochain au département d’Etat en présence de leur homologue américain posté à Beyrouth. Mais ce fait accompli pourrait devenir humainement intenable si n’est pas instauré ce cessez-le-feu qu’Israël se refuse même à envisager.

Alors, n’aurait-on donc éconduit le trop empressé Persan que pour un hasardeux marchandage sous auspices US avec le redoutable Israélien ? Si le Liban n’a plus d’autre option, si la large ombrelle que fut le mécanisme international incluant également la France et l’ONU s’est repliée, le Hezbollah ne peut s’en prendre qu’à lui-même. Car en vengeant l’assassinat du Guide Khamenei d’un piteux tir de roquettes aux catastrophiques conséquences, en s’enferrant dans les directives de Téhéran et les délires belliqueux de Naïm Kassem, la milice n’a fait que hâter elle-même un processus devenu aussi acrobatique qu’irréversible.

Autant la négociation directe avec le vieil ennemi est désormais incontournable, autant requiert-elle cependant des mesures concrètes traduisant la bonne foi de l’Etat libanais. Significative à cet égard est la toute récente décision du gouvernement de déployer les forces légales dans la Capitale avec pour mission de sévir contre toute apparence armée. S’y ajoute le communiqué de l’armée mettant en garde contre tout rassemblement susceptible de mettre en péril la paix civile : avertissement on ne peut plus opportun à l’heure où le Hezbollah multiplie les manifestations contre le Premier ministre et où le conseiller du Guide iranien s’autorise à menacer publiquement Nawaf Salam.

La diplomatie reste l’unique voie rationnelle vers notre salut. Mais parce que que rien n’est jamais simple et rationnel au Liban, la négociation doit nécessairement, impérativement se doubler d’un degré exceptionnel de vigilance et de fermeté au plan intérieur. L’heure n’est plus aux faux-fuyants. Et l’Etat n’a plus cette fois d’excuses si par malheur il est pris au dépourvu.

C’est dans la méfiance mutuelle, le doigt sur la gâchette et à l’ombre d’un cessez-le-feu des plus précaires, qu’Américains et Iraniens viennent d’entamer une négociation cruciale à Islamabad. Comme cela arrive souvent dans notre région du monde où la notion même de victoire se décline en cinquante nuances de gris, les deux camps ont beau jeu de crâner. Dans l’immédiat, l’Oncle Sam peut ainsi se vanter d’avoir décapité le régime de Téhéran et d’en avoir pulvérisé le gros des moyens. Sur le mode négatif et dans une perspective stratégique , ce régime peut très bien faire valoir qu’il est toujours là , qu’il a survécu à la tornade , qu’il reste en mesure d’embraser le proche et le Moyen-Orient.Ce que nul n’avait prévu, c’est que la polémique autour du cas du Liban irait jusqu’à...